Concept

Religion

Étymologiquement, le mot « protestant », utilisé pour la première fois en 1529 lors de la Diète de Spire, tire son origine de « protestatio » (du latin pro testare, témoigner en faveur de) qui, dans le vocabulaire juridique du XVIᵉ siècle, signifiait effectuer une déclaration publique et impérative par laquelle, en invoquant un droit antérieur, le plaignant s’élevait contre une nouvelle législation.

C’est dans ce sens que fut interprétée l’attitude des premiers protestants qui, rejetant la relâche des mœurs, la corruption hiérarchique et les traditions dénaturées de l’Église de Rome, faisaient valoir le droit des fidèles à revenir à une religion plus intériorisée et individuelle.

À partir de 1600 et jusqu’à nos jours, le mot « protestant » a pris un sens légèrement différent et a été utilisé pour désigner une attitude de protestation, plus ou moins belliciste, contre le catholicisme romain.

Beaucoup d’encre a coulé pour tenter d’expliquer quelles auraient été les causes possibles qui, au XVIᵉ siècle, provoquèrent la rupture entre une partie de la chrétienté et la Papauté.

Pendant plusieurs siècles, on a soutenu la thèse qui imputait le schisme aux abus et à la corruption de l’Église. Plus tard, la théorie marxiste mit en avant des motivations économiques parmi les causes principales de la Réforme. Aujourd’hui, il apparaît que la réalité était beaucoup plus complexe et que la fracture de la chrétienté se préparait depuis longtemps.

Il s’agissait de la réponse d’une société plus urbanisée et plus laïque, émergeant d’une époque d’adversités au cours de laquelle il sembla que le monde touchait à sa fin. À partir du transfert de la papauté à Avignon en 1309, une mentalité apocalyptique s’empara de la chrétienté. La guerre de Cent Ans, combinée de manière sinistre avec la Peste noire, avait anéanti près des deux tiers de la population européenne, tandis que la menace turque devenait de plus en plus pressante en Méditerranée et que les infidèles attaquaient la frontière orientale du Saint-Empire romain germanique.

Dans cette atmosphère de panique, l’homme se sentit accablé par le poids de ses péchés. Tant de calamités ne pouvaient provenir que d’un châtiment divin. Pour obtenir la miséricorde de Dieu et atteindre le salut éternel, deux voies s’offraient à lui : acquérir des mérites par ses actes — prières, bonnes œuvres et indulgences — ou recourir à la doctrine de la justification par la foi, selon laquelle, malgré le péché originel, Dieu est Père avant d’être Juge et, par le sacrifice de son Fils, a promis le salut à l’humanité.

Pour les masses chrétiennes, terrorisées par l’idée que leur propre perversité pouvait les jeter dans le feu éternel, la thèse théologique de la justification par la foi et non par les œuvres se révélait plus rassurante. Les nouveaux fidèles de la fin du XVe siècle, grâce au recul de l’analphabétisme et à l’invention de l’imprimerie, pouvaient lire les Évangiles. Cela les libérait de la médiation cléricale et leur permettait de vivre moins attachés à la pratique sacramentelle, puisque la Parole de Dieu se manifestait en eux de manière individuelle, par l’interprétation personnelle des Écritures. Cette évolution inquiétait profondément l’Église de Rome, qui voyait menacé son monopole.

Le déclencheur de la rupture se produisit en Allemagne, qui, selon des avis autorisés, était alors le pays le plus chrétien d’Occident. Chaque année, le pape envoyait des équipes de prédicateurs parcourir l’Europe pour vendre aux fidèles des bulles d’indulgences. En échange d’argent, le Souverain Pontife concédait des parts des mérites accumulés par Jésus-Christ, la Vierge et les saints, afin que les chrétiens puissent en bénéficier dans leur difficile chemin vers le salut.

Le commerce des indulgences était devenu une entreprise de proportions gigantesques. Rome avait un besoin croissant d’argent, surtout depuis que les papes avaient entrepris la construction de la majestueuse — et fort coûteuse — basilique Saint-Pierre. De nombreux chrétiens en étaient scandalisés.

Le 31 octobre 1517, Martin Luther, moine augustin de trente-deux ans, animé depuis sa jeunesse d’une fascination singulière pour la Bible, adressa à l’archevêque de Mayence, plus haute autorité religieuse d’Allemagne, 95 thèses contre les indulgences. L’imprimerie diffusa rapidement le texte dans tout le pays, et son succès fut total. Luther fut convoqué à Rome par le pape, mais il refusa de s’y rendre. De nouveaux écrits, constituant déjà un véritable projet de Réforme, sortirent de sa plume inlassable.

Alarmé par l’évolution imprévue des événements, l’empereur Charles Quint ordonna de brûler les œuvres de Luther. Peu après, celui-ci rassembla les bulles pontificales et les livres de théologie pour les jeter au feu et les réduire en cendres. Par ce geste, la rupture de la chrétienté prit forme. Charles Quint convoqua alors la Diète impériale de Worms durant l’hiver 1520, dans une tentative désespérée de freiner l’élan réformateur. Mais il était trop tard : le mouvement protestant se diffusa à une vitesse inédite dans toute l’Europe.

L’Allemagne — à l’exception des régions méridionales —, la Suisse, la Hongrie, les Pays-Bas, la Scandinavie, l’Angleterre, l’Écosse, ainsi que le sud-ouest et le centre de la France furent les territoires où la Réforme triompha. L’Europe méridionale (Portugal, Espagne, Italie), le nord de la France, la Belgique, l’Autriche, la Tchécoslovaquie et la Pologne demeurèrent fidèles au pape.

Des chefs réformateurs apparurent partout. La plupart s’accordaient sur l’essentiel : l’Église avait besoin d’une réforme profonde, bien qu’ils divergent sur les moyens d’y parvenir. Il exista toutefois un protestantisme radical qui ne se contentait pas de réformer l’Église, mais prêchait sa destruction afin de la reconstruire depuis ses fondations. Ces sectes, de caractère millénariste et communautaire, s’affrontèrent entre elles et avec les autres confessions. Les guerres de religion, avec leur cortège inévitable de morts et de destructions, secouèrent l’Europe et mirent en évidence l’échec d’une Réforme unitaire de la chrétienté.

Au cours d’une première période, la Réforme s’organisa en France autour de deux axes : l’évangélisme du groupe de Meaux et le luthéranisme. Plus tard apparut le calvinisme, qui, en absorbant les autres courants, s’étendit à l’ensemble du royaume.

Les protestants français furent appelés huguenots, terme qui, selon certains auteurs, dériverait de l’allemand Eidgenossen, signifiant « confédérés », tandis que d’autres estiment qu’il provient du nom Hugo, car les premiers réformés de Paris se réunissaient près de la statue d’Hugues Capet.

Lorsque les idées de Luther commencèrent à parvenir en France, le cercle de Meaux était déjà constitué, ainsi nommé parce qu’il avait son siège dans cette ville proche de Paris. Ce mouvement poursuivait également la réforme de l’Église et gravitait autour de deux personnalités engagées : l’évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet, également abbé de Saint-Germain-des-Prés, et son vicaire général Jacques Lefèvre d’Étaples, éminent philologue et spécialiste des langues anciennes. Par leur action, le groupe de Meaux cherchait à faire connaître les Saintes Écritures tant aux clercs qu’aux laïcs, afin d’améliorer leur connaissance des vérités de la foi. À cette fin, ils avaient entrepris la traduction de l’Ancien Testament en français.

En 1521, une femme exceptionnelle, Marguerite d’Angoulême, sœur du roi de France François Iᵉʳ, se rendit à Meaux afin de se rapprocher de son époux, le duc d’Alençon, qui combattait les Impériaux à Mézières. Elle entra alors en contact avec l’évêque Briçonnet et son cercle. C’est là qu’elle s’initia à l’étude du symbolisme néoplatonicien à partir d’une relecture des Saintes Écritures. Une amitié durable se noua entre Briçonnet et Marguerite.

Le duc d’Alençon mourut en avril 1515 des suites des blessures reçues à la bataille de Pavie, et deux ans plus tard Marguerite se remaria avec Henri II d’Albret, comte de Béarn et roi légitime de Navarre, surnommé « le Sanguinaire ». Par ce mariage avec la sœur du roi de France, Henri II espérait récupérer son royaume.

Le départ de Marguerite pour Nérac, siège de la cour de ses nouveaux États, eut des conséquences désastreuses non seulement pour le cercle de Meaux, mais pour l’ensemble des courants réformateurs. Privé de l’influence bénéfique de sa sœur, François Iᵉʳ abandonna progressivement sa politique de tolérance. Une série de mesures royales autorisèrent les parlements régionaux à réprimer le délit d’hérésie. En 1525, le parlement de Bordeaux, s’appuyant sur un rapport de la toute-puissante Sorbonne, engagea une procédure contre Briçonnet ; l’année suivante, toutes les traductions de la Bible en français furent interdites. Le fanatisme antiréformateur s’intensifia.

La violence déclenchée en Allemagne par les guerres des Paysans, d’une cruauté inouïe, convainquit François Iᵉʳ de la nécessité d’une politique de fermeté à l’égard des huguenots. Un peu partout en France, les bûchers commencèrent à s’allumer. Les États de Marguerite devinrent le refuge de tous les « mal-pensants de la foi ». Briçonnet, Lefèvre d’Étaples, Clément Marot et d’autres réformateurs s’installèrent à Nérac.

En 1530, la Sorbonne voulut condamner comme luthérienne l’œuvre littéraire de Marguerite, Le Miroir de l’âme pécheresse. François Iᵉʳ intervint et la procédure fut abandonnée, mais la petite cour de Navarre commença à être considérée comme le noyau le plus méridional de la Réforme. En 1534, Calvin, qui correspondait déjà avec Marguerite, se rendit à Nérac pour la rencontrer. Ils défendaient deux positions différentes face à la Réforme : la reine était partisane d’une conciliation entre les courants réformateurs et le catholicisme romain, tandis que Calvin optait pour la rupture. À son retour de Nérac, il renonça à ses bénéfices ecclésiastiques et se sépara de Rome.

À ce moment-là, le futur grand réformateur organisait des communautés évangéliques dans toute la France, et les États de Navarre constituaient un tremplin idéal pour tenter l’idéologisation protestante de l’Espagne catholique. Calvin souhaitait maintenir sa relation avec Marguerite, dont les sympathies pro-réformatrices étaient tolérées par son frère, de plus en plus radicalisé contre les huguenots. Toutefois, avec le temps, leurs relations se refroidirent, peut-être, comme le suggère l’historien Jon Oria, en raison de la protection que Marguerite accorda à Nérac aux dirigeants d’une secte mystique, les libertins spirituels, expulsés de Genève par Calvin pour leurs désordres sexuels.

La tolérance de Marguerite l’empêchait d’établir des distinctions, et tous les proscrits pour des raisons de foi trouvaient refuge dans son petit royaume. Si Le Miroir de l’âme pécheresse, œuvre d’interprétation particulièrement difficile, fut jugé hérétique par la Sorbonne, sa création littéraire la plus célèbre, L’Heptaméron, symbolise mieux son attitude face à l’existence. Des pluies torrentielles isolent un groupe de voyageurs revenant de thermes pyrénéens ; dans leur refuge, ils se racontent des histoires pour adoucir leur isolement. De même, au cœur d’une Europe ensanglantée par les guerres de religion, les États pyrénéens de Marguerite pouvaient être comparés à une petite oasis, au point que certains proscrits y trouvant refuge s’exclamèrent : « Cet exil est plus doux que le miel. »

Bien que le confesseur de la reine de Navarre, Gérard Roussel, évêque d’Oloron, ait été considéré comme l’un des premiers apôtres de la foi réformée en Iparralde, Marguerite ne rompit jamais officiellement avec le catholicisme. Sa position face à la Réforme est comparable à celle d’Érasme de Rotterdam, avec lequel elle entretenait une correspondance. Il est toutefois indéniable que, durant son règne, les groupes évangéliques réfugiés à Nérac exercèrent un prosélytisme actif dans les territoires d’Iparralde, notamment en Labourd, débordant parfois les limites de la frontière avec la monarchie espagnole.

Six ans après la mort de Marguerite, en 1555, mourut son mari, Henri II « le Sanguinaire ». L’héritière de ses États était Jeanne, leur fille unique, née en 1529.

Sous la pression de son oncle, François Iᵉʳ, Jeanne avait été mariée au duc de Clèves en 1540. N’ayant que 12 ans et confrontée à l’ensemble de cette situation, elle demanda et obtint l’annulation papale de ce mariage forcé, puis épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. Bien que l’on lui ait attribué des sympathies réformatrices précoces, dues à l’éducation reçue de précepteurs inclinés vers la foi protestante, la réalité fut qu’à peine quatre jours après son couronnement en 1555, Jeanne d’Albret, à la demande de ses États, promulgua une série de normes visant à « extirper et chasser de ses Pays, Terres et Seigneurie toute secte hérétique afin de préserver la foi catholique ».

Mais peu après, Jeanne allait peu à peu se laisser gagner par la foi réformée. Entre 1555 et 1557, des clercs de tendance clairement protestante prêchaient librement dans les églises de ses États. Pierre David, à Agen, diffusait l’Évangile depuis la chaire, mais fut excommunié par l’évêque de Bordeaux. En quittant le diocèse, il se réfugia en Béarn, où Antoine de Bourbon le protégea et le nomma prédicateur officiel de la maison de Navarre. Il s’agissait du premier acte « officiel » d’adhésion à la Réforme des souverains navarrais, qui pendant plusieurs années oscillèrent entre mesures répressives contre les huguenots et actes symboliques de tolérance envers la foi réformée. De plus, dès 1558, tous les diocèses de leurs États étaient occupés par des prélats tolérants, voire favorables aux protestants.

En janvier 1558, en transit à La Rochelle vers Paris pour assister au mariage du Dauphin avec Marie Stuart, les souverains navarrais assistèrent à un acte évangélique dirigé par leur prédicateur Pierre David. Cela scandalisa le roi de France, Henri II, qui menaça d’envoyer une armée sous le commandement du duc de Guise et de passer leurs États au fil et au feu pour cause d’hérésie. Craignant une réaction française, Jeanne d’Albret reprit des mesures contre les protestants. Cependant, Antoine de Bourbon se rapprochait de plus en plus des réformés et, conseillé par le pasteur Simon Brossier et soutenu par Calvin, participa le 23 mars 1559, jour de Pâques, à un acte évangélique, confirmant ainsi son adhésion à la Réforme.

Deux ans plus tard, sur les conseils de son chancelier Amaury Bouchard et du prince de Condé, alors à Nérac, elle fit venir de Genève le théologien huguenot Théodore de Bèze. La reine se laissa influencer par Bèze, et ses résistances spirituelles à quitter le catholicisme cédèrent progressivement. Enfin, dans la nuit de Noël 1560, lors d’un acte évangélique à Pau, Jeanne d’Albret abjura la religion catholique et adhéra officiellement à la Réforme.

Antoine de Bourbon, poussé par ses ambitions personnelles, entreprit alors des manœuvres pour, avec le soutien de Philippe II, priver son épouse du royaume pour cause d’hérésie et passer de roi consort à roi légitime de Navarre. Bien entendu, il devait d’abord revenir dans le giron de l’Église catholique, ce qui ne semblait pas constituer un obstacle sérieux, mais il mourut en 1562 pendant le siège de Rouen.

Pendant ce temps, la foi réformée s’étendait dans les terres du Béarn et de la Basse-Navarre. En janvier 1563, la reine Jeanne écrivit au Consistoire de Genève pour demander « d’excellentes personnes, intègres dans la religion, pieuses et de bonnes mœurs, douées également de savoir, d’expérience et de capacité pour le Conseil, l’administration de la justice et la police des Églises ». La lettre fut remise en main propre à Calvin par Enecot d’Esponda, secrétaire de Jeanne III.

Un groupe de Navarrais et de Béarnais déjà en formation à Genève – Carrière, Clavel, Gaillard, Martel et Rostolon – fut envoyé par Calvin pour répondre à la demande de la reine. Sur cette base, le 14 mars 1563, le Premier Synode de Pau fut convoqué, marquant l’origine de la réorganisation ecclésiastique protestante dans les États de Jeanne d’Albret.

Consciente de l’importance des Saintes Écritures, puisque, selon les idéologues de la Réforme, elles contenaient la « Vérité Révélée », Jeanne d’Albret percevait la nécessité de les traduire en basque, langue parlée par une grande partie de ses sujets, afin que ceux-ci puissent avoir accès à la « Parole de Dieu ». Lors du second synode de Pau, en septembre 1563, Joannes de Leizarraga ou Liçarrague fut chargé de traduire le Nouveau Testament en basque.

Leizarraga était né vers 1506 dans le petit village de Briscous (Berascoitze) en Labourd. On sait peu de choses sur sa vie. Il était déjà prêtre, bien que l’on ignore le lieu exact de son ordination, et en raison de ses idées favorables à la Réforme, il dut fuir le Labourd et se réfugier dans les États de Jeanne d’Albret. Remarquable philologue, Leizarraga connaissait, en plus du basque, le français, le castillan, le latin et le grec. En 1567, il se vit confier l’église de Labastide, où il exerça en tant que pasteur jusqu’à sa mort, probablement survenue en 1601.

Leizarraga réussit à surmonter les innombrables obstacles posés par la langue basque, avec ses innombrables variantes dialectales, et à la fixer, tout comme Luther l’avait fait pour l’allemand, qui souffrait du même problème. Le dialecte labourdin constitue la base linguistique utilisée, mais le texte comprend également des formes idiomatiques d’autres régions, ainsi que des emprunts latins et grecs inévitables selon les critères de l’époque pour toute œuvre savante.

Pour mener à bien sa tâche, Leizarraga ne fut pas seul ; il eut à ses côtés une équipe de quatre collaborateurs, experts dans différents dialectes du basque. Leurs noms nous sont connus : Sanz de Tartas, Joan de Etcheverry, Pierres de Landetcheverry et Tardets.

Le Nouveau Testament en basque de Leizarraga fut publié en 1571, à l’imprimerie de Pierre Hutin à La Rochelle. Dans cette même imprimerie furent édités d’autres ouvrages importants de la Réforme, dont beaucoup disparurent durant les guerres de religion. Leizarraga dédia son œuvre à Jeanne d’Albret, ce qui a amené certains auteurs à affirmer que la reine en aurait financé la publication sur ses fonds propres. Cependant, selon les actes du synode de Pau de 1567, il apparaît que le travail fut subventionné par le Conseil Ecclésiastique administrant ses États, bien qu’il soit indéniable que Jeanne d’Albret manifesta un intérêt personnel pour rendre les Écritures accessibles à tous ses sujets. Grâce à son intervention, Arnaud de la Salette fut chargé de traduire les Psaumes, ainsi que le catéchisme de Calvin en béarnais.

À l’instigation de Jean Calvin, et sur ordre de Jeanne d’Albret, Jean Raymond Marlin, l’un de ses collaborateurs les plus fidèles, fut envoyé à Pau. La reine lui confia la tâche de réorganiser l’Église de ses États afin d’y introduire le culte réformé.

Marlin, professeur d’hébreu, avait une personnalité violente et impulsive, animée par un profond zèle religieux teinté de fanatisme. Il voulait des résultats rapides et entraîna Jeanne d’Albret dans sa dynamique furieuse. En juin 1563, sous l’impulsion de Marlin, la reine prit une série de mesures très impopulaires, parmi lesquelles la suppression des processions du Corpus Christi. Un mois plus tard, conformément aux canons de la liturgie protestante, elle ordonna le retrait de toutes les statues et images de saints de la cathédrale de Lascar.

En septembre, un nouveau synode fut convoqué à Pau, présidé par Marlin. Outre divers aspects de la discipline ecclésiastique, il fut de nouveau insisté sur le fait que toute idolâtrie devait être abolue dans le pays.

Face à l’indignation de la population, le processus d’iconoclasme se poursuivit. Le même mois, un bref du pape Pie IV accorda à la reine six mois pour se présenter à Rome devant le Saint-Office, faute de quoi elle serait déclarée inapte à conserver le royaume de Navarre et le principat de tout État ou domaine. Cela aurait pu permettre à un autre prince catholique (et Philippe II était dans les parages) de s’emparer des États de Jeanne pour cause d’hérésie. La reine ignora cette menace.

En 1565, un Conseil ecclésiastique fut mis en place, composé de douze membres se réunissant périodiquement, sous la présidence de la reine ou de son délégué au château de Pau. Sa mission était d’administrer les biens de l’Église et de s’occuper des questions matérielles des congrégations. Avec le temps, il devint l’organe tout-puissant du clergé réformé.

Jeanne d’Albret passa longtemps à la cour de France, s’occupant des mariages de ses enfants et de la politique familiale. À son retour, son zèle pour la Réforme se renforça et elle dicta une nouvelle série d’ordonnances sévères, limitant dramatiquement la liberté religieuse des catholiques et insatisfaisant la majorité des protestants.

Par ordre de la reine :

  • Vente de jeux de cartes et dés interdite
  • Danses publiques réglementées
  • Expulsion des femmes publiques et des mendiants
  • Interdiction des processions publiques, du port de croix, d’étendards et d’habits religieux en dehors des couvents
  • Retrait immédiat des images et autres « signes d’idolâtrie » des églises
  • Salaires des ministres fixés à 300 dineros ou liberak pour les mariés, 200 pour les célibataires, avec logement gratuit

Le premier soulèvement populaire eut lieu en février 1567 à Nérac, où la population tenta d’empêcher la destruction des images. Les insurgés cherchèrent le soutien de la France et ourdirent un complot pour renverser la reine, mais une dénonciation fit échouer le projet.

En 1568, l’application des Ordonnances Ecclésiastiques en Basse-Navarre et en Soule provoqua un nouveau soulèvement. Le duc de Luxe, gouverneur de Mauléon, prit la tête de l’insurrection, rejoint par certains nobles. La deuxième des huit terribles guerres de religion en France battait alors son plein, et les rebelles demandèrent de l’aide au roi français Charles IX, qui venait de signer l’Édit de Saint-Maur, ne reconnaissant que le catholicisme. Le roi, pris dans d’autres conflits, ne put intervenir.

Jeanne se rendit imprudemment à La Rochelle avec son fils Henri pour assister à un acte protestant. Cela servit de prétexte à Charles IX pour confisquer les biens de la reine en France. Le 15 octobre, le parlement de Toulouse déclara que les États de Bigorre, Béarn et Basse-Navarre passaient sous protection royale.

En janvier 1569, un soulèvement anti-protestant éclata dans le comté de Foix. La situation s’aggrava avec l’assassinat en mars du prince de Condé, chef du parti hugenot. Avec l’accord du roi, un armée commandée par le duc de Luxe occupa le Béarn et la Basse-Navarre.

La guerre se répandit dans tous les États de la reine. La population, exaspérée par la sévérité des mesures, s’allia à la noblesse insurgée. Les tentatives de retirer les images des saints, perçues comme une attaque contre des croyances profondément enracinées, provoquèrent de violents affrontements.

Pour restaurer son autorité, Jeanne fit appel à Gabriel de Lorges, comte de Montgómery, mercenaire de la garde écossaise d’Henri II. Le 10 juillet 1569, il fut nommé commandant en chef et Jeanne vendit ses bijoux pour financer l’expédition. En quinze jours, Montgómery rétablit la souveraineté de la reine, pillant et détruisant tout sur son passage, ouvrant les tombes des rois de Navarre à Lescar et brûlant les reliques des saints. Les massacres de catholiques se multiplièrent.

Le 28 janvier 1570, un ordre royal de 19 articles interdit officiellement le culte catholique. De nombreux prêtres se réfugièrent en Aragon et en Haute-Navarre ou furent contraints d’apostater. En avril 1571, Jeanne se rendit à nouveau à La Rochelle avec son fils Henri pour assister au Synode Général des Églises Réformées de France, présidé par Théodore de Bèze. De retour à Pau, elle convoqua un nouveau synode en octobre 1571, supervisant personnellement les conclusions.

La régente de France, Catherine de Médicis, projeta, avec son fils Charles IX et les puissants Guise, de marier sa fille Marguerite avec le futur roi de Navarre, Henri. Jeanne d’Albret accepta l’idée. Le mariage fut signé le 11 avril 1572 à Blois, et célébré le 18 août à Notre-Dame de Paris, la bénédiction se faisant sur un estrade devant le portail. Le peuple de Paris désapprouva, et les prédicateurs incitèrent à la haine contre les protestants.

Quatre jours plus tard, l’amiral Coligny, modérément favorable aux protestants, fut assassiné par les Guise. La reine-mère, Catherine, décida alors d’éradiquer la minorité hugenote. Le 23 août, jour de la Saint-Barthélemy, les portes de Paris furent fermées et la tuerie commença, durent trois jours, faisant près de 3 000 victimes hugenotes. La tuerie s’étendit ensuite à d’autres régions. À Bayonne, le gouverneur Adrian de Aspremont refusa d’exécuter l’ordre, déclarant qu’il n’avait trouvé aucun bourreau parmi ses citoyens.

Depuis son mariage avec Marguerite de Valois, Henri III de Navarre vivait en qualité de semi-otage à la Cour de France. Effrayé par les événements de la Nuit de la Saint-Barthélemy, il n’eut pas tardé à abjurer sa foi et à promulguer un édit rétablissant la religion catholique romaine dans ses États.

Face à cette situation, le Conseil du Royaume de Navarre prit le pouvoir, s’opposant aux ordres venus de Paris. Le roi convoqua les États Généraux de Navarre et Béarn le 21 décembre 1572, et chargea le seigneur de Bidache, comte de Gramont, d’exécuter l’ordre, sanctionné par l’Édit de rétablissement du culte et de restitution des biens au clergé catholique. Le Conseil du Royaume refusa de publier l’ordonnance royale.

Le seigneur de Bidache organisa plusieurs compagnies, sous le commandement de nobles catholiques qui, sous prétexte de rétablir la messe et d’autres célébrations du culte romain, se livrèrent au pillages de villages et hameaux. Face à eux se plaça le capitaine Santiago de Arros avec deux cents chevaliers hugenots. La violence religieuse éclata de nouveau.

Le 22 novembre 1573, un nouvel édit d’Henri III, depuis Paris, ordonna à nouveau le rétablissement du culte catholique. Dans ce climat d’instabilité, un nouveau synode se tint à Pau, rassemblant 81 pasteurs, basques et béarnais, ce qui montre que la Réforme comptait encore de nombreux adeptes dans ces territoires. Malgré cela, la persécution des hugenots navarrais, pilotée depuis Paris par le roi, se poursuivit, malgré les protestations envoyées à Henri III par le Conseil du Royaume de Navarre.

Le 4 novembre 1577, Henri III retourna dans ses États accompagné de sa sœur Catherine de Bourbon, qui, sous pression de la famille royale française, avait également abjuré le protestantisme. Trois jours plus tard, lors d’un acte solennel, les deux frères et sœurs se réaffirmèrent dans la foi hugenote, et Henri III, sachant qu’il retournerait bientôt à Paris, nomma Catherine régente de ses États.

La violence régnait dans le Béarn et la Basse-Navarre, et malgré la prudence du gouvernement de Catherine, la paix semblait toujours plus lointaine. Le 10 juin 1584, à la mort de François d’Alençon, duc d’Anjou et héritier du trône de France, Henri III de Navarre devint le nouveau Dauphin.

Un an plus tard, le pape Sixte V excommunia, par une bulle, le futur souverain français et sa sœur Catherine, leur retirant les droits sur leurs possessions pour hérésie. Cette bulle raviva la violence religieuse dans le Béarn et la Basse-Navarre. Catherine, fidèle à l’Église réformée, devait faire face aux factions catholiques insurgées qui commettaient des incursions contre la population protestante.

Le 2 août 1589, Henri III, roi de France, fut assassiné, et Henri III de Navarre devint Henri IV de France. Il est célèbre pour la phrase « Paris vaut bien une messe ». Pour consolider son trône, Henri IV de France et III de Navarre abjura le protestantisme pour la deuxième fois, le 25 juillet 1593, lors d’un acte solennel dans l’église de Saint-Denis à Paris.

Le pape Clément VIII lui accorda l’absolution à condition de supprimer les édits de tolérance et de persécuter les hugenots. Un accord fut finalement trouvé et l’excommunication contre Henri IV fut levée. Sa première mesure après la levée de l’interdit papal fut de faire sortir Catherine, régente, de ses États et de la transférer à Paris. Une fois de plus, le catholicisme romain fut rétabli de force, et la violence entre les clans rivaux reprit de plus belle.

La fatigue engendrée par les guerres de religion interminables a suscité, au sein d’une élite responsable composée de catholiques et de protestants, la nécessité de trouver des solutions pour mettre fin à la violence.

S’inspirant de la théorie exposée par Bodin dans La République, ils estiment que le roi doit se placer au-dessus des convictions religieuses et tolérer leur diversité. Henri IV partage la même opinion. De plus, le problème des croyances pouvait provoquer un morcellement du royaume, car les Huguenots menaçaient de rompre leur fidélité envers leur souverain et de chercher un nouveau prince en la personne de Guillaume d’Orange, stathouder des Provinces-Unies.

La minorité huguenote était suffisamment importante pour être prise en compte, et un acte législatif émanant du roi devait sanctionner le statut juridique et les droits des protestants en France. Dans ce contexte, fut rédigé l’Édit de Nantes, publié en quatre livraisons sur vingt jours, et devenu loi le 2 mai 1598.

L’édit comprenait une proclamation solennelle, un annexe de 56 articles secrets sur les aspects du culte (les plus restrictifs), un titre relatif aux ministres réformés, et un second groupe d’articles secrets sur les places de refuge pour les protestants. Grâce à l’Édit de Nantes, la France devenait un royaume à confessionalité dualiste, catholique et protestante à la fois, bien que les réformés restassent en situation défavorable à cause de leur infériorité numérique.

Pendant quelques années, un climat de paix relative s’installa en France, et les communautés huguenotes connurent une période de prospérité et de développement. Fruit de cet environnement favorable fut la création d’un nouveau centre de culte à Saint-André, à deux lieues de Bayonne, en 1599.

La réalisation culturelle la plus importante des souverains huguenots navarrais fut l’université protestante d’Orthez.

L’embryon de cette institution fut le collège de Lescar, réorganisé plus que fondé par Henri II et Marguerite de Navarre. Pendant le règne suivant, Jeanne III chargea le pasteur Marlin de transformer le collège, en s’inspirant de celui que Calvin avait créé quelques années auparavant à Genève. Ainsi, l’ancien collège de Lescar devint une Académie, où les professeurs et catedráticos appartenaient au crédo réformé.

En 1564, pour des raisons d’espace, l’Académie de Lescar fut transférée à l’ancien couvent des frères prêcheurs d’Orthez. Les religieux furent expulsés sans trop de ménagements d’un bâtiment qui appartenait à leur ordre depuis trois cents ans, et en deux ans l’espace fut aménagé pour en faire un centre d’enseignement important.

En 1568, Jeanne III promulgua un ordre royal créant des chaire de médecine, de droit et de théologie. Les étudiants et les professeurs devaient se conformer à un règlement très strict, et les étudiants de "théologie pour ministres" devaient prêter serment d’adhésion à la Confession de foi de l’Église réformée.

Les guerres de religion et la peste firent revenir l’académie à Lescar en 1570, mais en 1579 elle s’installa de nouveau à Orthez, et le 1er septembre 1581, un édit d’Henri III de Navarre et IV de France lui conféra le rang d’Université.

Dix ans plus tard, par décision de la régente Catherine, elle retourna à Lescar. Ces allers-retours reflètent l’instabilité de l’époque. Néanmoins, l’Université eut un impact important sur la société, formant des médecins et juristes de renom, ainsi que de nombreuses promotions de pasteurs réformés. En 1617, elle perdit son statut universitaire et fonctionna comme Académie pendant deux ans de plus, jusqu’à ce qu’en 1620, les pressions du clergé catholique, en particulier des jésuites, obligent à sa fermeture définitive.

Dans la péninsule Ibérique, le fracas des guerres qui saignaient la chrétienté arrivait à voix basse, car les rois d’Espagne et du Portugal avaient inauguré une politique qui séduirait de nombreux successeurs pendant quatre cents ans : avec l’aide de l’Inquisition, ils avaient isolé leurs sujets du reste de l’Europe pour les protéger du danger de l’hérésie.

L’échec de la Diète de Worms, qui n’avait pas réussi à neutraliser Luther, et la rapide diffusion du protestantisme convainquirent l’empereur Charles Quint de la nécessité de préserver l’Espagne d’une infection qui mettait en péril ses autres territoires européens.

Il se trouvait encore à Worms lorsque, en avril 1521, l’Inquisiteur général Adrien d’Utrecht, qui deviendrait pape deux ans plus tard, lui envoya une lettre signée par lui et par d’autres membres de la noblesse, dont le tout-puissant amiral de Castille, Diego Enríquez, l’incitant à utiliser tous les moyens possibles, diplomatiques ou militaires, pour empêcher que les livres luthériens n’atteignent l’Espagne. Ainsi commençait une politique d’isolement de l’Europe qui aurait de graves répercussions sur la société espagnole, de plus en plus intolérante et xénophobe.

Parmi tous les territoires métropolitains de la Couronne d’Espagne, le Pays Basque posait le plus de difficultés pour l’isoler du danger luthérien. Il avait deux frontières ouvertes à l’hérésie : à l’ouest, la mer, moyen de communication par excellence, car les ports du Cantabrique entretenaient des relations commerciales millénaires avec les pays désormais dans l’orbite protestante ; à l’est, le massif pyrénéen ne constituait pas non plus un rempart infranchissable. De multiples vallées et gorges transversales mettaient en contact les populations des deux versants, leur conférant des caractéristiques ethniques et culturelles communes, maintenues obstinément au-dessus des frontières politiques.

Au milieu du XVIᵉ siècle, l’hérésie s’était installée en Basse-Navarre. La monarchie espagnole possédait un instrument efficace pour lutter contre les déviances politiques et religieuses : le Saint-Office de l’Inquisition, fondé en 1478 par les Roís Catholiques. En 1523, le tribunal inquisitorial de Calahorra, alors compétent sur le Pays Basque (en 1570, son siège fut transféré à Logroño), reçoit un avis du commissaire du Saint-Office à Pasajes, signalant qu’un navire français transportait une armoire pleine de livres luthériens. Cette saisie inquiète gravement le Conseil de l’Inquisition, qui intervient auprès de l’empereur Charles Quint pour lui demander d’envoyer une Cédula royale au Corregidor de Guipuzcoa, afin qu’il assiste l’Inquisition.

Après quelques années de silence, en 1539, le "danger luthérien" se manifeste de nouveau au tribunal de Calahorra. Plusieurs luthériens anglais sont arrêtés à San Sebastián, Rentería et Bilbao. La position du Saint-Office se radicalise en raison de petits foyers de protestantisme autochtone, et l’un des Anglais, Jean Tac, jeune de 25 ans, accusé de contumace dans l’hérésie, est brûlé le 20 mai à Bilbao.

À partir de 1546, l’inquiétude anti-luthérienne augmente, et avec elle les mesures de répression. L’inquisiteur Valdeolivas effectue un tour de la côte cantabrique pour connaître "in situ" l’état spirituel des ports ouverts à l’hérésie. Mais avec l’avènement de Philippe II et l’apparition de foyers hérétiques importants à Valladolid et Séville, le danger luthérien devient encore plus manifeste. Selon Iñaki Reguera, le tribunal de Calahorra, en raison de sa situation géographique, devient le plus actif contre le protestantisme en Espagne, et si la majorité des accusés étaient étrangers, plusieurs Espagnols, notamment des clercs, sont également concernés.

En 1563, un clerc français, Jean de Rojas, est arrêté à Logroño par le Saint-Office. Son interrogatoire révèle qu’il avait été envoyé par l’évêque de Lescar, Louis d’Albret, et le maître Enrico, célèbres huguenots, pour prêcher l’hérésie en Espagne. Après deux ans de prosélytisme, il tombe aux mains de l’Inquisition et, grâce à ses déclarations, de petits foyers de luthéranisme naissant sont découverts dans le district de Calahorra.

Les inquisiteurs s’intéressaient particulièrement aux communautés luthériennes ou huguenotes situées près de la frontière ou dans des ports commerçant avec les villes du Cantabrique. Les navires en provenance de La Rochelle, important foyer protestant, étaient particulièrement fouillés, et leurs équipages interrogés, notamment sur les Espagnols qui y vivaient et leur possible adhésion au luthéranisme.

Il en allait de même pour les navires venant d’Angleterre, des Pays-Bas et d’autres pays ouvertement protestants. Cette activité inquisitoriale entravait notablement les échanges commerciaux, d’où les plaintes fréquentes des confréries et consulats auprès des corregidores et des autorités centrales.

Au dernier tiers du XVIᵉ siècle, l’activité anti-luthérienne du tribunal de Calahorra-Logroño diminue sensiblement. Iñaki Reguera situe la période de plus grande activité entre 1540 et 1565. En 25 ans, le tribunal condamne 946 personnes pour "luthéranisme et propositions hérétiques", mais seulement 62 peuvent être considérées comme réellement luthériennes, la majorité étant étrangères, et seulement 3 subirent la peine de mort sur le bûcher. À partir de 1575, l’Inquisition peut être considérée comme ayant atteint son objectif, et le protestantisme était pratiquement inexistant dans la métropole espagnole et ses territoires d’outre-mer. La dureté de la répression contre les principaux foyers luthériens, Valladolid et Séville, porta le coup de grâce au réformisme espagnol. Jusqu’aux dernières années du XVIIIᵉ siècle, le Saint-Office ne poursuivit que sporadiquement quelques protestants, presque toujours étrangers.

La pacification provoquée par l’Édit de Nantes fut éphémère ; la violence religieuse reprit en 1610, après l’assassinat de Henri IV de France et III de Navarre par un catholique fanatique, et l’accession au trône de son fils, Louis XIII de France et II de Navarre.

Comme le jeune roi n’avait que 9 ans, la régence fut confiée à sa mère, Marie de Médicis, femme obstinée et peu intelligente, entourée de conseillers italiens, dont sa nourrice Eleanora Galigai, adepte de la magie noire et de la sorcellerie.

Le 31 décembre 1617, le Conseil du Royaume décréta à Paris l’union de la Navarre et du Béarn à la France. En février 1618, ces États, jusqu’alors souverains malgré leur partage de monarque avec la France, décidèrent de s’opposer à l’annexion. Le roi se présenta avec une armée et, en procédant à l’incorporation du Béarn et de la Navarre à la France, rétablit le catholicisme par la force et ordonna la restitution de tous les biens confisqués aux catholiques depuis 1569.

En 1620, un Parlement fut créé à Pau, qui sanctionna définitivement l’intégration des anciens États des rois de Navarre dans l’organisation politique de la monarchie française. Le Parlement devint rapidement un instrument efficace de répression anti-protestante.

Face à cette situation, et pour unifier leurs forces, le 10 octobre 1637, à l’occasion d’un Synode tenu à Alençon, les Églises réformées de Navarre et du Béarn virent leur demande d’incorporation à l’Église réformée de France acceptée. Après la chute, en 1628, de l’importante enclave protestante de La Rochelle, la situation des réformés se détériora considérablement. Théoriquement, l’Édit de Grâce d’Alès permettait aux protestants de conserver les libertés religieuses accordées par l’Édit de Nantes, mais il ordonnait aussi la destruction de toutes les forteresses huguenotes et interdisait les assemblées politiques protestantes.

Dans toute la France, le culte réformé reculait ; il ne restait actif qu’en Languedoc, Poitou, Pays Basque et Béarn. Selon Juan María Olaizola, en 1665, il restait dans le Pays Basque 6 414 familles protestantes (environ 35 000 membres), avec 39 pasteurs, 46 églises reconnues et 86 temples provisoires.

À partir de 1654, un nouveau roi monta sur le trône de France : Louis XIV. Bien que les protestants français soient restés soumis à la Couronne, même pendant la Guerre de la Fronde (1649), le futur « Roi Soleil » souhaitait mettre fin à la dualité religieuse. Certains imputent ce durcissement à sa favorite puis épouse, Madame de Maintenon, fille de huguenots convertis, d’autres au confesseur jésuite du roi, le père La Chaize. Quoi qu’il en soit, à partir de 1665, les mesures contre les protestants se durcirent.

Un Édit Royal « perpétuel et irrévocable » d’avril 1668 réduisait à 20 le nombre des 86 temples réformés en Navarre et Béarn. En 1670, le Conseil de Navarre limita à deux le nombre de pasteurs autorisés et leur supprima l’allocation officielle. Dorénavant, ils devaient être entretenus par leur propre communauté.

La paix de Nimègue (1678) aggravait encore la politique anti-protestante. Les huguenots étaient exclus de tous les emplois royaux, des maisons du roi, de la reine et des princes du sang, ainsi que de la fonction publique. Ils ne pouvaient exercer comme avocats, médecins, sages-femmes, apothicaires, commerçants, imprimeurs et libraires. Les écoles réformées furent reléguées à la périphérie des villes. Les enfants, dès sept ans, étaient jugés capables de raisonner et choisir en matière religieuse, et pouvaient abjurer contre la volonté de leurs parents. Ces mesures et bien d’autres se concentraient sur les protestants, qui les subissaient avec une admirable docilité ; on disait même dans le langage populaire : « il est patient comme un huguenot ».

À partir de 1680, les « dragonnades » furent mises en place comme moyen le plus efficace pour éradiquer le protestantisme. Elles consistaient à obliger les réformés à loger dans leurs maisons des compagnies de dragons, soldats les plus indisciplinés de l’armée royale, qu’ils devaient entretenir. Cette soldatesque, composée des éléments les plus misérables de la société, commettait de graves excès dans les foyers des malheureux huguenots. Sous prétexte d’opérations militaires contre l’Espagne, dix mille dragons, commandés par l’intendant Foucault, furent envoyés en Basse-Navarre et Béarn, où, en plus de toutes sortes d’atrocités, ils détruisirent tous les temples protestants encore existants depuis avant 1598, sur ordre du propre Foucault.

Conséquence logique de cette situation fut la révocation de l’Édit de Nantes. Le 15 octobre 1685, Louis XIV signa l’Édit de Fontainebleau, par lequel les décrets approuvés à Nantes en 1598 étaient abrogés, considérant que « la plus grande et meilleure partie de nos sujets avait embrassé le catholicisme ».

L’acte de révocation prévoyait la destruction de tous les temples protestants, sauf en Alsace, l’interdiction du culte réformé partout et l’interdiction de toute assemblée protestante. Les pasteurs n’ayant pas adopté le catholicisme romain avaient quinze jours pour quitter le royaume, tandis que les laïcs réformés devaient rester sur le territoire. Ceux se trouvant à l’extérieur avaient quatre mois pour revenir en France, sous peine de confiscation de leurs biens et de perte de tous leurs droits en tant que sujets.

Les écoles réformées furent supprimées, et les enfants protestants furent rebaptisés selon le rituel romain et éduqués dans la religion catholique. Dans les régions qui n’étaient pas encore converties, les dragonnades furent intensifiées et 400 missionnaires furent envoyés pour mener un apostolat coercitif parmi les habitants.

Comme on pouvait s’y attendre, ces mesures radicales provoquèrent une émigration massive. Avec le soutien des ambassades et légations des pays protestants, se créèrent des réseaux de solidarité qui aidaient les réformés à quitter la France. On estime que plus de 200 000 personnes partirent, malgré les lourdes sanctions prévues pour ceux qui étaient surpris en train de fuir : galères ou prison à perpétuité pour les hommes et réclusion dans des couvents pour les femmes.

L’application de l’Édit de Fontainebleau dans les régions de l’Iparralde, en particulier dans la Basse-Navarre, qui comptait le plus fort pourcentage de protestants parmi sa population, se déroula avec un particulier rigorisme.

En peu de temps, tous les lieux de culte réformés disparurent. La démolition des temples, amorcée avant même la signature de l’Édit, s’acheva en 1688, bien que dans de nombreux cas les fidèles protestants continuassent à pratiquer leur foi clandestinement. L’exercice de certaines professions fut également interdit, notamment aux avocats diplômés de l’Université protestante d’Orthez. Sur les 200 avocats que comptait alors l’ensemble de l’Iparralde, 150 avaient été formés à Orthez.

La pression sur les réformés devint insupportable, et ils durent finalement choisir entre l’abjuration, réelle ou simulée, et l’exil.

Les dragonnades, de plus en plus fréquentes et nombreuses, terrorisaient la population, qui parfois renonçait en masse à sa foi à l’annonce de l’arrivée des troupes. Conformément à l’article 4 de l’Édit de Fontainebleau, obligeant les pasteurs à quitter le royaume de France, de nombreux ministres basques durent se réfugier dans les pays protestants prêts à les accueillir. Suivant leurs pasteurs, de nombreux fidèles optèrent pour l’exil. L’Angleterre, la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark et les colonies protestantes d’Amérique constituèrent les principales destinations des réformés basques.

Le vice-roi de Navarre accorda quelques laissez-passer à des familles protestantes de Soule et de Basse-Navarre pour qu’elles puissent partir par les ports de Pasajes et Saint-Sébastien. Mais parfois, ces laissez-passer n’étaient pas respectés par les autorités locales guipuzcoanes, et les réformés se retrouvaient dépouillés de tous leurs biens ou entre les mains de l’Inquisition.

Comme c’est souvent le cas, l’Édit de Fontainebleau servit à régler des querelles personnelles et locales. L’arbitraire de son application ruina des familles et des communautés entières et contribua à décimer la population, surtout en Basse-Navarre, mais aussi dans les territoires de Soule et du Labourd.

La pratique de la foi réformée se réfugia dans les forêts ou lieux inaccessibles, toujours sous le risque d’une dénonciation. Rien qu’en Basse-Navarre, durant les premières années d’application de l’édit, plus de vingt pasteurs furent exécutés pour avoir exercé le culte clandestinement. Cette situation se prolongea jusqu’en 1715, à la mort de Louis XIV, remplacé par son petit-fils de cinq ans, Louis XV, sous la régence de Philippe d’Orléans.

Durant son règne, qui s’étendit jusqu’en 1723, le Régent, dépourvu de fanatisme religieux et critiqué par la hiérarchie catholique pour son « inclination aux plaisirs », contribua à la mise en place de mesures locales visant à adoucir la situation des protestants, qui, dans un climat de permissivité croissante, sortirent progressivement de la clandestinité. Parallèlement, un changement majeur se préparait dans la société occidentale.

Pour le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804), le mot « Lumières » (ou « Aufklärung » en allemand), qui donna son nom à toute une époque, signifiait « le réveil de l’homme hors de sa minorité » et pouvait se résumer en deux mots : Sapere aude ! « Ose savoir ! »

Cette phrase résumait les convictions intellectuelles des philosophes et des scientifiques du XVIIIᵉ siècle. Pour la première fois, laissant de côté l’héritage ancien de la pensée médiévale et chrétienne, l’homme était capable de se débarrasser du joug de l’autorité politique et religieuse et osait spéculer par lui-même.

Un des moyens les plus efficaces pour diffuser les idées des Lumières fut l’Encyclopédie, dont le premier volume fut publié à Paris en 1751. Cette œuvre monumentale de la culture universelle, qui présentait la raison comme seule guide des actes de l’homme dans des milliers d’articles, fut presque immédiatement interdite par l’Inquisition espagnole. Un édit de mars 1759 en interdisait la lecture à tous les sujets de la monarchie espagnole, y compris dans son immense empire ultramarin, sauf dans quelques cas considérés comme utiles à la société.

Malgré la substitution dynastique qui, au début du XVIIIᵉ siècle, permit aux Bourbons d’accéder au trône d’Espagne, l’ancienne alliance entre l’Inquisition et la Cour, inaugurée sous le règne des Roís Catholiques, resta encore en vigueur et se prolongea jusqu’aux premières décennies du XIXᵉ siècle.

Certes, certains changements idéologiques modifièrent peu à peu les attitudes de la minorité éclairée espagnole face à la dissidence religieuse, mais ils ne suffisaient pas à provoquer le changement institutionnel nécessaire pour garantir la liberté de conscience, c’est-à-dire l’abolition du Saint-Office.

C’est précisément dans les territoires basques sous administration politique de la Couronne espagnole que les idées des Lumières furent accueillies avec le plus d’enthousiasme. Guipuscoa comptait le plus grand nombre d’abonnés à l’Encyclopédie dans toute la monarchie hispanique, et cet engouement pour les Lumières se concrétisa dans des institutions telles que le Real Seminario Patriótico de Nobles de Vergara ou la Real Sociedad Bascongada de Amigos del País.

Cependant, dans les nombreux mémoriaux présentés au Roi par cette élite éclairée, préoccupée par le progrès de l’humanité, il n’apparaît aucune mention de la nécessité d’une plus grande tolérance religieuse. Le Plan d’une société économique ou académique d’agriculture, sciences et arts utiles, et commerce, adapté aux circonstances et à l’économie particulière de la Très Noble et Très Loyale Province de Guipuscoa, présenté aux Juntas Generales de Gipuzkoa en 1763 et base de la future Real Sociedad Bascongada de Amigos del País, mentionne constamment la nécessité d’importer des maîtres étrangers pour enseigner aux habitants locaux différents arts et métiers, mais sans tenir compte des obstacles imposés par l’Inquisition à tous les étrangers, surtout s’ils venaient de pays protestants.

Dans les archives de l’Inquisition apparaissent, à partir de la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, de nombreux procès contre des sujets anglais, hollandais, allemands et d’autres nations, établis à San Sebastián ou Bilbao. D’après les résumés des dossiers, tous étaient venus pour se livrer à des activités commerciales ou industrielles : « créer une société consignataire », « monter une fabrique de bas », « organiser une industrie de fabrication de métiers à tisser à l’anglaise ».

Les dénonciations de voisins ou de domestiques, qui les accusaient d’appartenir à « la secte des protestants » et parfois de faire du prosélytisme auprès de proches ou d’amis, les faisaient tomber entre les mains du Saint-Office. Dans le meilleur des cas, ils devaient quitter le pays, abandonnant ainsi leur entreprise, et dans le pire, finir en prison à Logroño.

Ces procès, qui constituent les seules données sur l’implantation très limitée du protestantisme dans le Pays Basque espagnol à la fin du XVIIIᵉ siècle, permettent de mesurer l’énorme préjudice que l’intolérance religieuse causa à la Révolution industrielle naissante. L’indifférence d’institutions telles que la Real Sociedad Bascongada de Amigos del País face à cet obstacle majeur montre l’absence d’une véritable conscience progressiste au sein de l’oligarchie éclairée de Hegoalde.

Bien que l’esprit des Lumières ait commencé à pénétrer la classe dirigeante, au XVIIIᵉ siècle, il y eut encore quelques épisodes de violence contre les protestants.

En 1745, le Parlement du Dauphiné envoya 21 protestants aux galères, et l’année suivante eurent lieu des dragonades en Guyenne et dans l’Ariège. Dans le Béarn et le Languedoc, les réformés se révoltèrent pour empêcher l’application de lois discriminatoires. En 1761, le dernier huguenot, Jean Calas, commerçant de Toulouse, fut exécuté, accusé à tort d’avoir tué son fils pour l’empêcher de devenir catholique. Il mourut sur la roue et fut réhabilité trois ans plus tard. Voltaire s’employa à fustiger les responsables de ce crime odieux.

À partir de 1770, un peu partout, de nouveaux temples huguenots commencèrent à être édifiés en France, et à partir de cette date, plus personne ne fut condamné aux galères en raison de sa foi protestante. Le 2 mai 1787, aux prolégomènes de la Révolution française, le chef de file de la noblesse libérale, Lafayette, depuis son siège à l’Assemblée des Notables, demanda à Louis XVI de convoquer les États Généraux pour modifier le code pénal de 1670.

Le roi, conseillé par la faction conservatrice, dissout l’Assemblée le 25 mai, mais Lafayette parvint à faire parvenir au Bureau de Monsieur, sorte de commission permanente, la demande de deux réformes : la restitution des droits civils aux protestants et la révision du code pénal. Tous les intellectuels de premier plan, parmi lesquels se distinguait le brillant Condorcet, défenseur des marginaux, soutinrent sans réserve la demande de Lafayette.

En août de cette année-là, le nouveau ministre d’État, le progressiste Lomenie de Brienne, confia à une commission législative présidée par le grand juriste Farget la révision des lois civiles et criminelles. L’une des premières décisions de la commission fut la restauration de l’Édit de Nantes. Il fallut cependant attendre encore deux ans pour que, le 24 septembre 1789, l’Assemblée constituante reconnaisse pleinement aux protestants la qualité de citoyens avec tous leurs droits. Les juifs, en revanche, ne connurent pas le même sort, leur égalité devant la loi ayant été rejetée par cinq voix.

Renaissance protestante au XIXᵉ siècle.

Au sein des Églises issues de la Réforme, il y a périodiquement eu des évolutions ou « réveils », dont le but principal était de rechercher ou de restaurer un christianisme plus pur et plus conforme au message évangélique. Le catholicisme romain a également connu de telles courants spirituels, visant à une foi plus sincère et plus proche de la doctrine primitive. Cependant, les réveils catholiques ont presque toujours été intégrés à l’Église mère, tandis que ces mouvements au sein du protestantisme, de par leur dynamique, ont souvent engendré des sectes séparées du corps confessionnel.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, un processus général de réveil s’est amorcé au sein des Églises protestantes. Le principal moteur de ce mouvement expansif a été constitué par les Sociétés Bibliques, qui, poussées par un zèle missionnaire extraordinaire, ont envoyé leurs membres diffuser les Évangiles dans les lieux les plus reculés et improbables.

Antécédents du réveil espagnol.

Ces colporteurs ou missionnaires ont commencé à apparaître régulièrement sur la Péninsule vers 1820, probablement en profitant d’une période relativement favorable pendant le désastreux règne de Fernando VII, le Trienio Liberal.

Le plus célèbre d’entre eux fut Jorge Borrow, populairement connu sous le nom de « Don Jorgito l’Anglais ». Ses périples en tant que vendeur de Bibles à travers la péninsule sont relatés dans son célèbre livre La Biblia en España, qui a connu de multiples éditions et constitue un document extraordinaire sur la société espagnole de l’époque.

Dans La Biblia en España, Borrow mentionne l’existence d’une traduction de l’Évangile selon Saint Luc en basque. Ce travail fut réalisé par un médecin guipuzcoan, du nom de famille Oteiza, en 1836, et imprimé à Madrid en 1838. Borrow le décrit ainsi :

"L’année 1838 commençait lorsque j’envoyai à l’imprimerie deux ouvrages qui avaient été en préparation depuis un certain temps. Il s’agissait de l’Évangile selon Saint Luc, en langue gitane espagnole et en langue euskara."

Ces ouvrages furent saisis par la police et transférés dans un dépôt du commissariat de Madrid. Bien que le Saint-Office n’existât plus depuis cinq ans, la tolérance religieuse dans l’État espagnol restait encore une pure entéléchie. Seuls deux exemplaires de chaque œuvre furent sauvés de la destruction et, « pour leurs mérites en tant que travaux philologiques », selon l’Ordre Royal de prohibition du 21 juillet 1839, furent intégrés à la partie réservée des fonds de la Bibliothèque Nationale.

Luis Usoz del Río

Né à Madrid en 1805, d’ascendance navarraise, Luis Usoz del Río est un personnage intéressant, bien que certains auteurs le considèrent comme natif de Charcas (Potosí). Il étudia les Humanités et le Droit, et apprit l’hébreu avec Orchell aux Estudios Reales de San Isidro, prenant très jeune la chaire de cette langue à l’Université de Valladolid.

Il partit ensuite à Bologne, où il demeura cinq ans au Collège Espagnol de San Clemente, et y obtint son doctorat. De retour en Espagne, il épousa une riche héritière et se consacra à l’étude comparée des religions.

Un livre acheté chez un colporteur, qui s’avéra être Apología de la Verdadera Theología cristiana de Robert Barclay, éveilla son intérêt pour la Société des Amis (quakers), dont les doctrines étaient exposées dans l’ouvrage. Il se rendit à Londres, et accompagné de Jorge Borrow, visita la Bible Society et assista à la réunion annuelle de la Society of Friends. À partir de ce moment, Usoz devint un défenseur inconditionnel de la foi réformée.

Avec le soutien de la Spanish Evangelization Society, en 1855, il forma un comité pour encourager la lecture de la Bible en Espagne. Mais le travail qui lui a valu une place d’honneur parmi les protestants fut la constitution de la bibliothèque des « Reformistas Antiguos Españoles », contenant des œuvres d’une valeur inestimable, telles que les écrits des frères Valdés ou Historia Anónima de Juan Díaz, pour n’en citer que quelques-unes.

La restauration de l’Édit de Nantes (1787) et la concession de la plénitude des droits civils aux protestants constituèrent un répit pour les communautés réformées d’Iparralde, bien que les autorités aient parfois continué à imposer des obstacles administratifs à l’exercice de la foi protestante.

En 1818, le Comité des Anciens d’Osés et de Bayonne demanda l’autorisation de créer deux nouveaux temples, mais n’obtint le feu vert du Ministre des Cultes qu’en 1820. La même année, le pasteur suisse Henri Pyt prit en charge l’église de Bayonne. Rapidement, le prosélytisme du pasteur Pyt et de sa famille se fit sentir, et en 1822, dix jeunes furent admis comme membres de l’église réformée de Bayonne.

À partir de 1823, la municipalité de Bayonne accorda aux protestants une subvention de 600 francs pour les activités cultuelles. Avec l’aide de Gaidor, Pyt traduisit le Nouveau Testament en basque, diffusant de nombreux exemplaires en Hegoalde, principalement au Guipuzcoa et en Haute-Navarre. On peut dire qu’il fut le premier missionnaire à reprendre l’activité évangélisatrice dans ces régions depuis le XVIᵉ siècle.

Parmi ses successeurs, le pasteur Nogaret se distingua par son activité inlassable, qui s’étendit également aux petites colonies protestantes du Guipuzcoa. Nogaret, qui officiait aussi dans la région de Biarritz, parvint brièvement à un accord avec l’Église anglicane (très bien dotée grâce à la nombreuse colonie anglaise de Biarritz) pour célébrer le culte évangélique dans le temple de cette dernière, mais des problèmes administratifs mirent rapidement fin à cette collaboration.

En 1882, la comtesse de Nadaillac céda un terrain pour construire une église réformée, inaugurée en 1884. Les premières ordinations pastorales à Bayonne eurent lieu le 20 mai 1890, avec l’investiture de deux pasteurs : Henri Guex et Jorge Boissonas, Henri Guex étant nommé pasteur de Bayonne.

Avec la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905, une Association des Églises Réformées fut créée, tenant sa première assemblée générale à Bayonne en 1906.

Au cours de la première décennie du XXᵉ siècle, le pasteur Louis Bertrand mena une importante activité évangélisatrice dans tout Lapurdi, notamment parmi les ouvriers des industries sidérurgiques du Boucau. En 1914, il fut mobilisé en raison de la guerre européenne.

Ses successeurs durèrent peu, en raison du conflit, et en 1919, le pasteur Bertrand reprit temporairement la charge de sa paroisse, qu’il abandonna deux ans plus tard. En 1923, un nouveau centre de culte réformé fut installé provisoirement à Saint-Jean-de-Luz, fonctionnant pendant dix ans avant d’être fermé. Dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale, le protestantisme montra des signes de stagnation, le nombre d’adhérents diminuant légèrement mais sans chute alarmante.

On a appelé « Deuxième Réforme Protestante » la période où, grâce à la tolérance religieuse découlant de la Révolution de 1868, dite « La Glorieuse », les protestants ont enfin joui de la pleine liberté pour pratiquer leur culte et le diffuser à travers l’Espagne.

On connaît la phrase adressée par le général Prim à un groupe de pasteurs protestants à Algésiras :
"Vous pouvez désormais parcourir l’Espagne avec la Bible sous le bras."

Mais introduire l’esprit du protestantisme dans un pays fermé et immobiliste n’était pas tâche facile. Alors que la Première Réforme fut étouffée à la racine, avec la collaboration du Santo Oficio, la Deuxième Réforme rencontra un paravent idéologique quasi infranchissable qui limita son expansion.

De plus, par le glaive du général Pavía, la Restauration monarchique arriva très rapidement sous la forme d’Alphonse XII (1874), et la situation se détériora à nouveau, la Loi de Liberté des Cultes, prévue par la Constitution de 1869, étant supprimée.

En raison de sa situation frontalière et de son rôle traditionnel comme lieu d’établissement d’étrangers se consacrant aux activités industrielles ou commerciales en Gipuzkoa, et plus particulièrement dans la région de Saint-Sébastien, il a toujours existé de petits noyaux protestants, même durant les périodes de plus grande intolérance religieuse, qui se rendaient souvent aux temples de Bayonne ou Biarritz pour pratiquer leur culte.

Le pasteur Pyt, entre 1828 et 1830, a mené une activité évangélisatrice dans les régions frontalières, notamment à Hondarribia, où il introduisit des exemplaires du Nouveau Testament traduit en basque par Gaidor.

La Deuxième Réforme commença à Gipuzkoa en 1853, avant le reste de l’Espagne, lorsque l’infatigable pasteur Nogaret débuta son ministère. Conscient des difficultés des protestants basques, Nogaret, qui visitait régulièrement les petites colonies protestantes de Gipuzkoa, ouvrit en 1864 à Bayonne un pensionnat protestant destiné aux jeunes venant de l’autre côté de la frontière.

Mais la réalisation la plus intéressante fut l’Institut International de Jeunes Filles, fondé à Saint-Sébastien par le couple américain Alicia et William Gulik en 1881. La plupart des étudiantes de ce centre étaient boursières, soutenues par le Woman's Board of Missions.

En 1887, une garderie publique et gratuite fut installée. L’Institut International, populairement appelé Collège Nord-Américain, mena une activité intense et acquit un grand prestige. Parmi ses plus grands succès figure la préparation de certaines des premières femmes universitaires d’Espagne, diplômées en Philosophie et Lettres, Esther Alonso et Juliana Campo, en 1897.

La déclaration de guerre entre l’Espagne et les États-Unis en 1898 obligea à fermer l’Institut et à le transférer à Biarritz. Néanmoins, la Société Biblique poursuivit son activité malgré les entraves administratives et le fanatisme religieux.

En 1925, une petite chapelle réformée fut établie sur la place du Centenaire à Saint-Sébastien, mais trois ans plus tard, le propriétaire força les fidèles à quitter les lieux. Ils s’installèrent alors dans une villa face à la baie, où, sous la direction du pasteur Elías Marqués, l’œuvre évangélique continua jusqu’en 1936. La Guerre Civile et la prise de Saint-Sébastien par les tercios requetés obligèrent le pasteur Marqués à fuir avec sa famille. À la fin de la guerre, le comité américain vendit le bâtiment de l’œuvre évangélique.

À Bizkaia, comme à Gipuzkoa, il y eut toujours de petits noyaux protestants, généralement composés d’étrangers, qui pratiquaient leur foi de manière privée et semi-clandestine.

En 1876, le pasteur José Marqués réussit à installer une chapelle protestante dans un ancien fronton de pelote, mais l’intolérance catholique l’obligea à en partir. Pendant 15 ans, il fut expulsé de plus de dix lieux, jusqu’à ce qu’en 1890, avec l’aide financière du pasteur Gulick de Saint-Sébastien, il acquière un terrain dans la rue San Francisco et construise un bâtiment de cinq étages servant de temple, d’écoles et de logements pour les familles du pasteur et des enseignants.

Le pasteur Marqués étendit son activité évangélisatrice à la vallée minière de Somorrostro et à la vallée de Mena. Cependant, pour les catholiques intransigeants, la présence de « hérétiques » sur le sol de Biscaye était intolérable. En 1915, un groupe de jeunes provenant d’une association paroissiale lança de l’acide sulfurique sur un kiosque de distribution de Bibles installé au Campo de Volantín, provoquant de graves brûlures au colporteur des Sociétés Bibliques, Manuel Arbiza.

Plus tard, en 1926, lorsque l’ex-capucin devenu pasteur évangélique José María Gorria arriva à Bilbao pour prêcher, des bandes de jeunes appartenant aux Congrégations marianistes des Luises Obreros et aux organisations des Tertiaires Franciscains tentèrent de l’empêcher par la force. Des affrontements eurent lieu avec des groupes libéraux et socialistes, et le pasteur put finalement prêcher, mais en quittant Bilbao son wagon fut caillassé.

Faute de moyens financiers, la mission américaine dut vendre le bâtiment de la rue San Francisco, et le temple protestant fut transféré à la rue Particular de Alzola. La Guerre de 1936 et l’occupation de Bilbao provoquèrent la fuite des pasteurs et de nombreuses familles protestantes.

La situation géographique d’Álava, sans aucune frontière avec l’extérieur et éloignée de la côte, a grandement compliqué la tâche des évangélistes réformés. De plus, conséquence logique de cette situation, la société alavaise a toujours été particulièrement traditionaliste et intolérante en matière de religion.

En 1910, un colporteur de Bibles qui avait installé un petit stand de vente de Saintes Écritures et de livres protestants fut tabassé, volé, et tout son matériel détruit. Un autre incident de barbarie similaire se produisit en 1915.

Le fanatisme empêcha pendant des décennies tout prosélytisme protestant, et la présence réformée en Álava resta quasi inexistante jusqu’aux années 1960.

L’activité frénétique de l’Inquisition, combinée à des causes sociologiques et politiques complexes, a fait basculer l’ancien royaume vers des positions de totale intolérance religieuse.

De petites communautés protestantes, dans ce cas d’origine hugenote, ont pu survivre clandestinement et atteindre le XIXᵉ siècle, principalement dans la comarque de la Ribera et à Pampelune.

En 1828, le pasteur Pyt commença un travail d’évangélisation dans la vallée de Baztán, mais avec des résultats très limités. Comme en Álava, le protestantisme en Navarre se heurta au bastion d’un catholicisme radical et ne put à peine se développer avant la seconde moitié du XXᵉ siècle.

À Hegoalde

Après deux décennies d’intolérance religieuse, la dictature franquiste fut obligée de s’ouvrir à l’extérieur. Cette situation, ainsi que le fait d’être totalement lié au pays leader de l’empire, les États-Unis, dirigé par une classe politique majoritairement protestante, força le gouvernement espagnol à assouplir sa position et à initier une stratégie de respect envers les minorités religieuses.

Le 10 janvier 1967, après de nombreuses discussions, avec le veto d’une partie de la hiérarchie catholique et l’opposition des secteurs les plus conservateurs de la société, le général Franco modifia prudemment certains préceptes fondamentaux du régime, promulguant une timide Loi sur la Liberté Religieuse.

À partir de ce moment, les communautés réformées purent exercer leurs activités avec une plus grande tranquillité. À Gipuzkoa, le temple évangélique, depuis 1946, date à laquelle le culte avait repris après le traumatisme de la guerre, a changé plusieurs locaux avant de s’établir définitivement en 1968 dans la rue Secundino Esnaola à Saint-Sébastien, dans un immeuble comprenant également une école du dimanche, une salle des fêtes et le logement du pasteur.

La présence protestante s’est développée à Gipuzkoa et, dans les années 1980, il existait des lieux de culte à Saint-Sébastien, Irun, Rentería, Hernani, Ordizia et Eibar.

À Bizkaia, depuis les années 1960, le culte réformé a connu un accroissement notable, notamment sur la rive gauche et dans l’ensemble de la région du Grand Bilbao. En 1980, il existait 16 lieux de culte protestants, dont 10 à Bilbao, 2 à Baracaldo, 1 à Algorta, 1 à Basauri, 1 à Portugalete et 1 à Santurce.

À Álava, territoire traditionnellement ancré dans le catholicisme intégriste, l’Église réformée a toujours rencontré de grandes difficultés pour fonctionner, malgré la Loi sur la Liberté Religieuse de 1967. En 1980, il y avait cinq lieux de culte, tous à Vitoria.

En Navarre, l’évolution du protestantisme a été similaire : il a dû surmonter les mêmes problèmes d’intransigeance sociale. En 1980, trois lieux de culte existaient officiellement à Pampelune, bien qu’il y ait de petits noyaux réformés à Tudela et Tafalla.

Le 22 février 1990, le donostiarra Luis María Zavala, Sous-directeur général des Relations Religieuses au ministère espagnol de la Justice, signa une Loi Organique sur la Liberté Religieuse qui sanctionnait l’article 14 de la Constitution garantissant l’égalité de tous les Espagnols devant la loi. Ainsi prirent fin, au moins juridiquement, 500 ans d’intolérance et reprirent officiellement les relations avec musulmans, juifs et protestants. À cette date, l’Église Réformée comptait environ 300 000 membres dans l’ensemble de l’Espagne.

À Iparralde

Au Lapurdi, il existe des temples de l’Église Réformée de France à Baiona, Biarritz et Saint-Jean-de-Luz, en Basse-Navarre à Saint-Palais et Donibane Garatzi, et en Soule (Zuberoa) à Mauleon.

L’Église anglicane est également présente à Lapurdi avec un temple à Biarritz et un autre à Saint-Jean-de-Luz durant les mois d’été.

Les relations entre l’Église protestante et l’État français, qui maintient son laïcisme depuis 1905, sont correctes. Contrairement à ce qui se passe en Espagne, depuis la Révolution française, les protestants ont eu une présence minoritaire mais effective dans le gouvernement et les postes élevés de l’administration. Cette tendance se maintient aujourd’hui.