Sortie du territoire musulman et sauvetage d'Ibn al-Arab. La remise des otages était une chose, mais la capture de Soliman Ibn al-Arabi, que Charles emmenait avec lui en route pour la France, en était une autre. Les fils de ce dernier décidèrent d'agir et agirent rapidement et de manière inattendue. La traduction la plus fiable d'Ibn al-Athir, celle de Millas, adoptée par l'historien Abadal, dit : alors que Charles quittait le territoire musulman et se croyait en sécurité, Matruh et Aishun, les fils de Soliman, se jetèrent sur lui avec leurs troupes et libérèrent leur père. Ils retournèrent ensemble à Saragosse, conclurent des accords avec al-Hussein et poursuivirent le soulèvement contre Abderraman. Cet événement a été sorti de son contexte par certains historiens et d'autres, émettant des conjectures audacieuses qu'ils prennent ensuite pour des certitudes. Les traductions diffèrent précisément quant à l'heure et au lieu du coup de main. À quelques légères différences conceptuelles près dans le verbe utilisé, selon chaque traducteur, plus de deux cents kilomètres et un temps considérable ont été parcourus. Français Voici les versions : 1. Miles : lorsqu'il quittait le territoire musulman et se croyait en sécurité... 2. Codera : lorsqu'il avait déjà quitté le territoire des musulmans... 3. Basset : lorsqu'il était hors du pays des musulmans... 4. García Gómez : lorsqu'il s'éloigna du territoire musulman... Fidèle à sa manière d'écrire l'histoire, Méndez Pidal dit qu'il suit la traduction de Codera (quand il était déjà parti) mais en transcrivant « quand il s'était éloigné », ce qui n'est pas exactement la même chose. On peut s'éloigner sans avoir besoin de s'éloigner. (La Chanson de Roland et le néo-traditionalisme, p. 192). Abadal distingue le coup de main, ressuscitant Suleiman Ibn al-Arabi, de la célèbre bataille de Roncevaux : deux actions distinctes contre l'armée franque : l'une dans le sud de la Navarre avec des protagonistes musulmans ; l'autre, au franchissement des Pyrénées, menée par les Basques. Il est clair que la première fut une attaque surprise, aussi vite entreprise qu'abandonnée une fois la proie capturée (Coloquios, p. 51). Seule la traduction de García Gómez est au prétérit absolu, lorsqu'il s'éloigna.
