Le nom actuel de la flûte basque est « txistu » ou « txirola ». Ce sont les plus courants. N'oublions pas que ce même mot signifie également sifflement et salive. Txistua bota = cracher ; txistueta = gazouillis ; txistuki = branche servant à fabriquer des sifflets ; txistu-belar = avoine sauvage ; txiru-liru = tête légère et onomatopée du chant des oiseaux ; etc. Le P. Donostia cite dans une chanson populaire le mot flaiola (flabiol), qui n’est pas connu dans le langage courant et n’apparaît pas dans les dictionnaires d’Azkue et du P. Lhande. Il est surprenant que le mot txistulari, aujourd’hui si couramment utilisé pour désigner le tambourinaire, n’ait pas été employé dans des documents relativement anciens, des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Le terme utilisé est toujours jular, juglar, tamborilero, tamboritero... Iztueta utilise le mot chilibitua pour désigner le txistu, et danboliñ pour le tambourinier, le tamboril. Notons qu’à Burgos, on appelle chirola le joueur de flûte qui accompagne les géants. [F. Olmeda, Cancionero popular de Burgos, 1903, p. 157].
Pour désigner la flûte basque, on trouve récemment la forme « tibia vasca ». Elle est mentionnée dans le Diccionario Geográfico-Histórico de España (p. 326), chez Iztueta (1842:2) et chez certains auteurs modernes. Nous pensons qu’il y a une erreur dans cette dénomination, l’adjectif latin « vasca » étant appliqué comme s’il désignait un peuple, alors que son sens est « léger, vide ». A. Oihenart, dans sa Notitia utriusque Vasconiae (1638, 34-35), parle de la flûte basque et dit :
« Il semble que le mot Vafcae tibiae ait signifié le son propre à ces flûtes (car c’est à partir de ce que les indigènes appellent Vafco que se forme correctement le latin Vafcus, comme nous le dirons plus loin). Ce terme apparaît chez Jules Solinus, au chapitre 5 de Seruius, dans le livre XI de l’Énéide, ainsi que chez l’auteur d’un ancien glossaire latino-grec, qui le traduit par « aulon mélodique », peut-être parce que son apprentissage repose moins sur l’art que sur une pratique assidue : (bien qu’il ne manque pas de ceux qui y voient une écriture mélodique) car il ne possède que trois trous, par lesquels quiconque connaît son art peut rendre distinctement et harmonieusement n’importe quel son ou type de mélodie. Quant à la raison pour laquelle Servius appelle ce même instrument « plagiaulon », je ne peux en donner d’autre explication que le fait qu’il ne se tient ni à la verticale ni à l’horizontale, comme les autres flûtes, mais qu’il repose obliquement dans la main du flûtiste qui en joue, ce que confirme encore l’usage actuel de la flûte, qui est particulièrement répandu chez les Vascones, car ils n’utilisent pratiquement aucun autre instrument dans leurs chœurs et leurs danses ; Salmasius, le très savant, a toutefois une autre opinion quant à l’explication de la flûte basque, qu’il expose dans ses notes sur Flavius Vopiscus et chez Pline, au chapitre 5 de Solinus, et je n’oserais pas contredire l’autorité d’un homme d’un tel calibre. »
Bien que Silio Itálico utilise déjà le mot vascus pour désigner l’habitant ou le natif de la Vasconie, ce mot signifie toutefois : « vide, inoccupé (au sens de creux), qui ne pèse pas, léger ». Forcellini dit : « Vascus, Vascus est vacuus, inanis, levis » (Totius Latinitatis Lexicon, 1875). À propos du sujet que nous traitons, il dit :
« Vasca tibia, si l’on en croit Salmasium dans les notes à Vopisc. Carin. 19, c’est celle dont il est question dans Gloss. Philo dicitur ; c’est-à-dire une certaine sorte de tibiae courbées et obliques, au son plus léger et plus aigu, que les tibicines avaient coutume d’apprendre et de méditer l’art de souffler : du son vasco qu’elles produisaient. Solin, 5 a med. : une île riche en roseaux, qui se prêtent parfaitement à tous les sons des tibiae, que ce soit pour fabriquer des flûtes de chœur, dont la place est près des pupitres de chant, ou des vascas, qui précèdent les flûtes de chœur par le nombre de leurs trous ; c'est-à-dire des flûtes traversières, courbées. D'où Serv. à ce passage de Virg. II Énéide 737 : « Bacchi autem ideo, quia apud Veteres ludi theatrales non erant, nisi in honorem Liberi Patris. » Les Grecs appellent cette flûte plagiaulon, les Latins vascam tibiam, et elle est surtout utilisée lors des Dionysies : les Satyres s'en servent. V. Plagiaulus. Note. Il convient de se référer aux explications des anciens glossaires. Glossa apud Mai., loc. cit., t. 7, p. 585. Vascum, vain ou futile. Et t. 8, p. 623. Vascus, vain. Et p. 621. Vascus, futile, futile, futile, bavard, bavard. Dans le Glossaire de Saint-Génovès, on lit ucavum, ou wascum. » (Pages 252-253.)
Nous voyons ici une citation de Solinus. Son texte est celui que nous transcrivons ci-dessous :
« Car de là se détachent des signes sur les visages des hommes ou des dieux. Dans les lieux thermaux, l’île est fertile en roseaux, qui conviennent parfaitement à la fabrication de toutes sortes de flûtes, qu’il s’agisse de flûtes de chant, dont la place est près des pupitres de chant, ou de vascas, qui, par le nombre de leurs trous, précèdent les flûtes de chant, ou encore de puellatorias, auxquelles on donne un son plus clair… ».
Sur la même page, le commentaire de Camercio :
« Vascas. Sipontinus lit : Vastas, sans doute en raison de leur grandeur ou de la multitude de leurs orifices, les désignant ainsi. Il convient de noter que les tibias sont parfois nommées d’après leur usage, comme les precentorias, parfois d’après le son qu’elles produisent, comme les puellarias, parfois d’après leur forme, comme les Vastas, souvent d’après la matière dont elles sont faites, comme les Gingrias et les miluinas, parfois d’après leur origine, comme les Lydias, et fréquemment d’après leur fonction, comme les Thura rias... ».
Dans l'ouvrage d'A. Ernout et A. Meillet, à l'entrée « tibia », on peut lire :
« 1. flûte ; 2. tibia, os de la jambe et la jambe elle-même ».
La langue basque en garde une trace, puisqu'il existe les mots belhain = genou et balkhain = txülüla, tibia (flûte du genou) [Dictionnaire étymologique / de la / Langue Latine / Histoire des mots par..., 1939, et P. Lhande, Dictionnaire basque-français, Paris, 1926]. Ces témoignages semblent indiquer, comme nous l’avons dit plus haut, que le terme basque tibia ne doit pas s’appliquer à la flûte populaire du Pays basque comme s’il s’agissait d’une appellation qui lui était propre. C'est là une interprétation erronée d'Oihenart, que ceux qui ont répété cette idée plus récemment ont probablement suivie.
Le terme populaire basque qui désigne actuellement l'instrument est txistu, qui signifie « flûte » et « salive », « cracher ». Tous les mots faisant référence au sifflement en découlent. Txistuki = branche servant à fabriquer des sifflets ; xulubita, txulubita = sifflet, flûte ; xilibitu = sifflement, flûte aux sons aigus ; xistu = crachat, sifflement ; xistu-belhar = herbe à tige haute dont se servent les enfants pour émettre un son semblable à celui de la flûte ; xit = sorte de sifflement pour attirer l'attention de quelqu'un ; ziztu = grand sifflement ; ziztubelhar = avoine sauvage ; lekaxistu = sifflement produit en mettant les doigts dans la bouche ; Txuztu = sifflement que les enfants produisent avec des végétaux, etc. Variantes dialectales : uxtü egin = siffler ; uxtü, hustü = sifflement ; siffler ; xuxtu = sifflement, siffler. En Iparralde, on utilise les mots txirola, txürüla, txulula pour désigner l'instrument, et la racine txi, txu = tchi, tchu est toujours présente. Ce mot apparaît chez S. Pouvreau : txirola = chirola = fluste, fluteau. Bien que plutôt issu de la région basco-française, le mot chirola apparaît dans des vers de Noël de Biscaye (1826), désignant par chirola la flûte ou le txistu. Cette racine apparaît également comme indicatrice de son dans le mot xirularru = flûte à peau, signifiant musette, cornemuse (galicienne ?) ; xirulika = roulade, trille, ornement vocal ; txiru-liru = tête légère et onomatopée du chant des oiseaux ; xuxurla = murmure ; xirulikan, xirulikatuz = lancer un bâton en le faisant tourner (à cause du sifflement). Il existe cependant d'autres mots qui ne proviennent pas de cette racine et qui signifient, par exemple, le sifflet = ziburrun (sifflement que les enfants produisent avec des végétaux) ; kopetxa = sifflement. La flûte que l'on joue de côté s'appelle zeiar-xirola. Cette racine (txiru) entre également dans l'onomatopée utilisée dans les chansons populaires pour désigner le chant des oiseaux : txiruliruli... Les dérivés de cette racine désignent le musicien populaire : txistulari, xirolari, txulubitari, txilibitulari, txilibistari, txilibistero, etc., selon les variétés dialectales ou celles de chaque village. Il existe un autre nom également utilisé dans le langage populaire pour désigner le ménestrel : danbolindari, qui signifie tambourinaire.
