• Retour de la Soule à la France
El 14 de enero de 1480, Guy de Arpajon reçut de Louis XI la châtellenie de Mauléon et le gouvernement de la Soule, cargos que se conservan desde 1498, bajo el reinado de Carlos VIII. Bernard de Naveilles lui succéda dans ces fonctions (Jaurgain et Ritter, loc. cit.). Malgré tous les serments, toutes les promesses faites sur l'Évangile, les incidents éclatèrent de nouveau entre les factions, et le 12 juin 1497, nous voyons « Roger, seigneur de Gramont, de Haux et d'Olhaïby, et François de Gramont, son fils aîné, d'une part, et Jean, seigneur d'Espès en Soule, allié du seigneur de Luxe, d'autre part, considérant tous les meurtres, excès et pillages qui avaient lieu entre eux, leurs compagnons et leurs lignages », firmante untreatment de paix (loc. cit.). Mais la Soule allait encore connaître un nouveau maître (Courteault, op. cit.). Luis XII, que avait succédé sur le trône de France à Charles VIII, ofrecido en 1506 Mauléon et la vicomté de Soule à son neveu Gaston de Foix, qu'il avait élevé et pour lequel il avait une grande afecto. Celui-ci revendiquait le trône de Navarre; la Soule pouvait constituer une bonne étape pour son entreprise. Par ailleurs, on trouve à esta époque, comme capitaine-châtelain de Mauléon, Roger de Béarn, qui avait auparavant été teniente dans la compagnie de Gaston de Foix et qui participa avec lui à la bataille de Ravenne (Jaurgain, 1885). Mais Gaston de Foix mourut, les armes à la main, au cours de cette même bataille, el 11 de abril de 1512, a la edad de 23 años. La Soule revint alors définitivement à la France (Courteault, 1926). Sin embargo, la fecha de esta unión no es segura. En efecto, Menjoulet la situe en 1510. D'otre part, il semble que dès 1509 la Soule dépendait déjà du roi de France puisque, le 26 juin de este année-là, Bernard de Bordenave, teniente de Soule du sénéchal de Lannes, reçut des lettres du roi parientes à la procédure (Jaurgain, 1908).
• François Ier; la guerre franco-espagnole
La même année 1512, au cours de laquelle la Soule fut définitivement rattachée à la France, fut aussi celle de l'usurpation de la Navarre par Ferdinand d'Aragon, époux d'Isabelle la Catholique. Voir Navarra. La invasión de Navarra inicia un período de agitación y ilidades en todo el País Vasco. En 1513, une trêve laissait au roi Jean d'Albret la Basse-Navarre, à l'exception de Saint-Jean-Pied-de-Port. Peu après, deux nouveaux acteurs, appelés à devenir de farouches adversaires, entraient en scène: François Ier succéda à Louis XII en 1515, et Charles Quint à Ferdinand d'Aragon en 1516.
• La trahison de Luxe
Les ilités entre Français et Navarrais, d'une part, et Espagnols ou Impériaux, d'autre part, comenzada en 1521. Después de ocupar Saint-Jean-Pied-de-Port et conquis toute la Haute-Navarre, les Français furent finalement repoussés par les Espagnols, entraînant la Perte de la Navarra. En 1523, un ejército español comandado por el príncipe de Orange envahit le Labourd et la Soule, qu'elle mit à sac. El señor de Luxe, que no pudo recibir en el ejército navarro un cargo a la medida de su ambición, pasó al servicio de los españoles y participó avec eux, el 3 de diciembre, en el premio del castillo de Mauléon, no le capitane-châtelain était alors Menaud de Béarn. En recompensa de sa trahison, il obtint la garde et le gouvernement de la Soule au nom du roi Catholique, et les troupes du prince d'Orange se retirèrent (Jaurgain, 1908). Jean de Luxe abandonó el castillo de Mauléon vers Noël en 1524, dejando la guardia en Johannot d'Eliceiry. Celui-ci, sachant que les Français se préparaient à l'assiéger, abandonna la place. Henri d'Albret, rey de Navarra, fit raser le château de Luxe et confisqua ses biens. Finalement, Jean de Luxe obtint en 1527 de François Ier l'abrogation de cette mesure (Jaurgain, loc. cit.). Es una época en la que Pierre de Ruthie sucedió a Menaud de Béarn en el cargo de castillo de Mauléon y del gobernador de la Soule.
• Les Ruthie
Pierre de Ruthie fue originario de Aussurucq, où il possédait le château qui portait son nom (alias Urrutia). Il se distingua à tel point en France, au service de Louis XII et de François Ier, qu's avoir été admis en 1507 dans le corps des cent gentilshommes de la maison du roi et avoir reçu en 1527 les charge de capitaine du château neuf de Bayonne ainsi que de capitaine-châtelain de Mauléon et gobernador de la Soule, il fut nommé premier écuyer de la petite écurie du roi, teniente de la vénerie et capitaine de Saint-Germain-en-Laye (Jaurgain, loc. cit.). Además, François Ier lui recibió un acuerdo de unas 20.000 libras para compensarle por sus servicios.
Peyrot absolvió a la señoría de Cheverny, près de Blois, que était alors en quelque sorte la seconde capitale de la France. N'ayant pas de descendencia, Peyrot de Ruthie donna le 18 juin 1542 la señoría de Cheverny à son neveu Bernard de Ruthie, capillain du roi, en exprimant le souhait qu'après la mort de Bernard elle revint à son autre neveu, Jean de Tardets, à condition que son fils aîné adoptât le nom et les armes des Ruthie. Peyrot mourut peu après.
Cette même année 1542, Jean de Tardets succéda à son oncle dans les charge de capitaine-châtelain de Mauléon et de gouverneur de la Soule, fonctions qu'il exerça jusqu'à sa mort, à la fin de 1549 (Jaurgain, 1884). Il laissa pour héritier un fils encore mieur, Tristan, qui, conformément aux vœux de Peyrot, avait adopté le nom de Ruthie. Ses tuteurs vendirent en 1551 la señoría de Cheverny à Diane de Poitiers, duquesa de Valentinois y favorita de Enrique II. En contraparte, Tristán reçut la posesión du Domec de Chéraute, la señoría de Gestas, la maison noble de Casamayor de Troisvilles, así como les feudos, moulins et dîmes de Berteréche de Menditte. Tristan de Ruthie devint ainsi l'un des plus puissants seigneurs de la Soule.
Leyenda souletine relativa al señor de Ruthie, recueillie par F. Michel
(traducción libre)
La dama de Hauze marchait,
Le corps couvert d'or;
Là était sa tête,
Mais son cœur était dehors.
—Qui est donc ton bien-aimé?
J'aimerais le savoir.
Si Dieu le voulait,
Il en mourrait peut-être.
— Nuestro señor Urrutia,
Tu étais toujours à la maison ;
Dis-moi pourquoi
Tu ne restes plus à l'intérieur.
— Éloigne-toi de moi,
Je n'ai plus besoin de toi.
Va-t'en dehors,
Chercher une autre Branche.
— Seigneur, de tels travaux,
Les dames de Hauze
Ne les ont point appris;
Il vaut mieux s'enfuir.
À peine ces paroles
Sortaient-elles de sa bouche
Qu'Urrutia, le cœur troublé,
Errait, bouleversé.
- ¡Mon Dieu, quelle vie!
Ô señor Urrutia,
Dans la maison de Hauze
Je vivais pourtant en paix.
Je devais venir aquí,
Tel était mon destin,
Pour souffrir au cœur
Et être chassée par toi.
Sans faute de ta part,
Tu m'as toujours parlé durement.
Je t'en prie, que tes yeux
Laissent tomber leur colère.
S'étant levée à l'aube,
Ayant préparé les premiers Pains,
La dame de Hauze,
Qui avait grand empresement,
Un panier sur la tête,
Sortit dehors;
Monsieur d'Urrutia
S'arrêta alors sur le chemin.
— Où vas-tu si tôt,
Laissant le palais désert ?
Demanda Urrutia,
Le respect sévère.
— Señor, tu le vois bien,
Si tu veux bien respecter,
Où je me rends à présent
Avec ce panier sur la tête.
Pour venir en aide
Aux pauvres gens,
Car monsieur d'Urrutia
Avait pris leur chemin.
Como le panier était plein
De Pains pour les indigents,
Urrutia y posa
La main pour mendier.
Los dolores, à este instante,
llegan como milagro.
Urrutia comprit alors
Qu'il s'était trompé.
— Vas-tu à la maison du tisserand
Pour filer la laine ?
— Señor, tu le vois bien…
À présent tu le sais…
— Pardonne-moi donc,
Je ne serai plus jamais fâché:
Puisque tu es une si bonne épouse,
J'en ai désormais la preuve.
Canción souletine relativa al señor de Ruthie, recueillie por F. Michel
Monsieur Urrutia à la fenêtre, moi dehors;
Mon coeur se fendit à un seul respect doux:
Il me sembla que ses yeux étaient des étoiles du ciel.
— Ma charmante, l'église est là-bas:
Souvent tu viendras y entender la messe;
Par le respect nous nous parlerons,
Puisque les mots nous sont rehusés.
La route d'Espagne, hélas, quelle longue route !
Je me retourne sans cesse, sopairant souvent,
Pensant à ma bien-aimée, les larmes aux yeux.
Les dents blanches, les yeux noirs,
Ô ma bien-aimée, pourquoi donc ?
Todo el mundo dice que j'ai été traître;
Dis-moi à présent si cela est vrai ou non.
— Le soleil de l'aube n'éclaire qu'à moitié ;
Notre amour a fait parler le monde,
Mais l'on doit aimer en quiet,
À l'écart de tous.
Chanson souletine relative au seigneur de Ruthie, recueillie par F. Michel.
Rédaction du Fuero
Dans les premières années du règne de François Ier, la Zuberoa ne connut que des guerres. Le 5 mars 1520, le roi de France ordonna la rédaction des Codes régissant le droit dans toutes les parties de son royaume. Le 7 octobre de la même année, les États de Zuberoa, ou Cour d’Ordre, commencèrent à délibérer, et au bout de deux semaines, la rédaction du Fuero fut terminée. Dans la section « Organisation forale », nous avons présenté la vision que fournit le Fuero de Zuberoa. Il s’agit d’une société essentiellement pastorale et rurale, attachée à la terre qu’elle cultive, divisée en groupes bien constitués. L’unité de base est la famille, au sens large du terme, et l’élément clé en est la maison.
La Réforme
Au XVIᵉ siècle, toute la chrétienté ressentit le besoin d’une réforme morale et spirituelle de l’Église. En France, aux Pays-Bas et en Italie, des humanistes tels que Lefèvre d’Étaples et Érasme se tournèrent vers la philosophie antique. L’étude du grec et de l’hébreu ayant apporté une nouvelle lumière sur les textes bibliques, les humanistes chrétiens proclamèrent la nécessité de revenir aux Écritures. En Allemagne, Luther se leva contre la Sainte-Siège en 1517. Au sein de l’Église, plusieurs esprits éclairés tentèrent de la réformer, comme l’évêque de Meaux, assisté de ses disciples, parmi lesquels Gérard Roussel, futur évêque d’Oloron (Bailly, 1960). François Ier, d’abord sympathisant, se montra sévère après la condamnation de la Réforme par la Sorbonne et le Parlement de Paris, et les chefs protestants durent fuir. Ils trouvèrent refuge autour de la sœur de François Ier, Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre par son mariage avec Henri en 1527. Elle les recevait à Nérac ou à Pau, où résidait la Cour de Navarre. Nérac devint ainsi un refuge pour l’humanisme chrétien avant de devenir un centre réformiste et l’un des lieux majeurs du protestantisme (Laffargue, 1979). C’est là que Lefèvre d’Étaples rencontra Calvin en 1534 et où il mourut deux ans plus tard.
Gérard Roussel
La Zuberoa ne resta pas en marge de ce grand mouvement de Réforme religieuse qui agitait toute la France et qui devait malheureusement aboutir aux guerres de religion. Elle fut même la partie de la Vasconie la plus pénétrée par les nouvelles idées, sans doute en raison de sa situation entre le Béarn et la Basse-Navarre, dont les souverains les adoptèrent, mais surtout par son appartenance au diocèse d’Oloron. Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre, dont les qualités de cœur et d’âme étaient universellement reconnues, sut apprécier celles de Gérard Roussel. Celui-ci alliait un désir sincère de réforme à une volonté certaine de ne pas se séparer de l’Église de Rome, chose que Calvin, par ailleurs, ne lui pardonnerait pas. « Il faut nettoyer la maison de Dieu sans la détruire », avait-il coutume de dire (Arotçarena, 1965). Même ses ennemis reconnurent que ses mœurs étaient irréprochables, et certains allèrent jusqu’à le lui reprocher. Menjoulet (Loc. cit.) écrit de lui : « Il prêchait souvent, assistait pieusement aux offices de son chapitre et faisait de grandes aumônes aux pauvres. Austère dans ses habitudes, il possédait une gravité d’antan et savait inspirer autant la confiance que le respect, d’autant plus que dans ses discours publics il ne cessait de condamner Zwingli et Calvin, les deux chefs de la Réforme. »
L’affaire Maytie
On reproche également à G. Roussel d’exercer une certaine influence sur ses diocésains. En Zuberoa, certains contestèrent son autorité, allant jusqu’à rompre avec l’Église pour pousser sa réforme, tandis que d’autres, plus conservateurs, l’accusaient de favoriser les idées nouvelles. Un incident, illustrant la chaleur des esprits à Mauléon à cette époque, est relaté dans le journal de Pierris de Casalivetery (Jaurgain, 1908), notaire royal de la ville et témoin des faits. En 1546, alors qu’un franciscain d’Orthez venait prêcher le Carême à l’église paroissiale Saint-Jean de Berraute à Mauléon contre la volonté de l’évêque, celui-ci lui interdit, sous peine d’excommunication, de continuer à prêcher sans son autorisation. Certains paroissiens rustiques, manifestant leur mauvaise humeur, retirèrent la chaire de l’église et l’abandonnèrent au cimetière. Les responsables – Arnaud de Gentiu, Bernard de Balester, Jean de Lissabe et Pierre Arnaud de Maytie, ainsi que le religieux lui-même – furent poursuivis sur ordre du procureur général du roi à Bordeaux. Malheureusement, le témoin ne précise ni le contenu du sermon ni l’objet de la colère des Mauléonais. Le religieux prêchait-il des idées protestantes ? Dans ce cas, l’interdit prononcé par G. Roussel montre qu’il ne partageait pas ces idées. Ou dénonçait-il l’évêque, et dans ce cas, la mauvaise humeur des Mauléonais était-elle dirigée contre le religieux ou contre l’évêque ? Quoi qu’il en soit, les ennemis de Roussel inventèrent plus tard une légende selon laquelle l’un des protagonistes, Pierre Arnaud de Maytie, aurait abattu à coups de hache la chaire sur laquelle se trouvait… l’évêque lui-même, causant sa mort peu après des blessures subies.
La répression
En France, les nouvelles idées gagnaient du terrain sans cesse, et la répression fut la seule réponse du pouvoir politique. Dans son ordonnance du 6 juin 1560, François Ier se déclara déterminé à « extirper les mauvais erreurs » et commença la chasse aux « luthériens » (ainsi nommait-on les innovateurs) (Bailly, 1960). Il ne s’agissait pas seulement de punir les manifestations hérétiques : l’hérésie devait être expulsée pour être détruite. François Ier, qui avait souvent donné l’impression de partager les nouvelles idées, ordonna une guerre d’extermination. Il se sentait menacé dans son pouvoir ; ceux qui s’élevaient contre l’Église pouvaient également se lever contre la Monarchie. Aux châtiments individuels s’ajoutèrent des exécutions collectives. En 1546, à Meaux, l’un des premiers centres de l’humanisme, 60 hérétiques furent arrêtés et 14 d’entre eux brûlés vifs sur la place du Marché (Bailly, Loc. cit.).
Les débuts de la Réforme en Zuberoa
La même année, 1546, plusieurs enquêtes furent menées sur des Mauleonais soupçonnés d’hérésie et, au mois de juin, un ecclésiastique, Pierris de Rospide, prébendaire, fut arrêté par Jehan de Casalar, lieutenant particulier de la sénéchaussée de Dax (Jaurgain, 1908). On voit donc que la Réforme était entrée précocement en Zuberoa, avant même que Jeanne d’Albret ne professât la foi calviniste en Béarn. Cependant, nous disposons de peu d’informations sur les premières manifestations protestantes en Zuberoa. Pour ce qui concerne le Béarn, l’historien Pierre de Salefranche les date de 1545 et les situe à Oloron. Le 14 avril 1547, François Ier avait écrit au premier président du Parlement de Bordeaux pour se plaindre du peu de diligence dont il faisait preuve dans l’extirpation des erreurs et le châtiment des coupables. Avec l’avènement d’Henri II la même année, la lutte contre la Réforme allait s’amplifier, tandis qu’un courant réformiste se propageait dans tout le royaume et atteignait le Béarn et la Zuberoa.
Troubles à Saint-Palais et à Mauléon
La même année 1567, à la veille de la Pentecôte, Guillaume d’Abbadie, curé de Barcus déjà mentionné, rassembla à Zuberoa un groupe d’hommes armés et se dirigea vers le Béarn pour rejoindre les sujets de la reine de Navarre qui s’étaient soulevés (Jaurgain, 1884-5). De leur côté, les ligueurs navarrais se rassemblèrent en fin d’année à Saint-Palais et firent arrêter les ministres protestants (Menjoulet, Loc. cit.). Jeanne d’Albret envoya le procureur général Jean de Etchart pour tenter d’apaiser les esprits et confia la garde de Garris, qui était alors le siège de la justice souveraine, au capitaine La Lanne, un autre beau-frère de Belsunce.
Le 18 janvier 1568, les Souletins se révoltèrent au son de la cloche d’alarme et marchèrent, armés, vers la Basse-Navarre, malgré l’interdiction du gouverneur du vicomté, pour rejoindre les ligueurs catholiques insurgés contre leur reine. À Garris, La Lanne se rendit après deux jours de siège et fut emmené prisonnier à Tardets (Jaurgain, 1884-5). Jeanne d’Albret réagit immédiatement en envoyant un corps de troupe, avec le prince Henri, âgé de 14 ans, et Antoine de Gramont à sa tête. Les rebelles navarrais s’enfuirent et se réfugièrent dans les montagnes de Valcarlos (Menjoulet, Loc. cit.). Les Souletins furent expulsés de la Basse-Navarre le 26 janvier et, pour se venger de leur échec, se rendirent à Montory, appartenant aux Gramont, pillèrent et volèrent le village en emportant les troupeaux.
L’anarchie persista pendant un mois en Zuberoa, où la reine ne pouvait intervenir sans provoquer le mécontentement du roi de France. Les habitants de Montory ayant trouvé refuge en Béarn, les pillards en profitèrent pour y voler du bétail qu’ils transportèrent à Tardets, où ils le partagèrent. En chemin, ils tuèrent un « jurat » de Montory qui refusa de changer de religion (Jaurgain, 1884-5). Catherine de Médicis envoya alors à Zuberoa un émissaire, M. de la Mothe, pour mettre fin à l’agitation. À son arrivée à Mauléon, l’envoyé de la reine mère convoqua les gentilshommes du pays et les officiers de la reine et, le 7 mars, de 500 à 600 hommes armés se rassemblèrent à Mauléon et demandèrent que le gouverneur se joigne à eux. Comme celui-ci refusa, plusieurs coups de mousquet furent tirés vers le château et des menaces de mort furent proférées contre le gouverneur et les lieutenants de robe courte et de robe longue. La foule monta dans la ville où elle pilla plusieurs maisons, dont celle de Johanne. La Mothe demanda aux insurgés de cesser les violences, ce à quoi les gentilshommes se conformèrent (Jaurgain, Loc. cit.).
Arbitrage de La Ferrière
En France, un traité mit fin à la guerre civile et, le 23 mars, la paix fut signée entre catholiques et protestants à Longjumeau. Le 23 avril suivant, Jean de Belsunce fit publier à Mauléon l’édit de pacification, mais le sergent royal chargé de le faire reçut des menaces : on lui dit que des catholiques bien armés étaient venus au marché décidés à tuer quiconque oserait le publier (Jaurgain, Loc. cit.).
En mai, Louis de La Ferrière arriva à Mauléon, envoyé par M. de La Mothe pour faire respecter l’édit, et, le 2 juin, lors des États de Zuberoa, il écouta les griefs des uns et des autres. Les protestants évoquèrent les faits déjà relatés, et les catholiques se plaignirent des officiers de justice appartenant à la religion réformée : Belsunce, gouverneur du territoire, Louis de Tardets, lieutenant de robe courte, Jean de Johanne, lieutenant de robe longue (qui présidait la Cour de Licharre en l’absence du gouverneur), Enecot de Sponde, procureur général du roi, et Pierre de Majoraly, son suppléant.
Louis de La Ferrière, afin d’apaiser les esprits, remplaça Johanne par Sanz d’Arraing, bailli de Mauléon, et Majoraly par Me Jean du Domec, ce qui satisfit les catholiques, sans que les huguenots obtiennent réparation des dommages subis ni que les instigateurs de la révolte soient punis (Jaurgain, 1884-5). Malheureusement, la paix ne devait pas durer longtemps et la Zuberoa allait encore souffrir cruellement de la folle guerre de religion qui ne tarderait pas à renaître.
Voir Protestantisme.
Prélude à la guerre
Bien que la paix de Longjumeau ait été signée entre catholiques et protestants, les troubles ne cessaient de croître dans les deux régions. Par crainte d’être arrêtés, Condé et Coligny furent emprisonnés le 23 août 1568 dans la forteresse protestante d’Arros. Jeanne d’Albret, ne se sentant pas en sécurité en Béarn, rejoignit ses enfants en septembre et quitta la baronnie d’Arros pour le représentant général. Le 18 octobre, Charles IX, prétextant que sa cousine Jeanne d’Albret était entre les mains des huguenots, ordonna la confiscation de ses biens en France et donna ordre à Charles de Luxe, en son nom, de prendre possession du Béarn inférieur et de la Soule et de préparer l’invasion du Béarn. Par ailleurs, d’Arros s’attendait à une grande attaque (Laborde, 1941 ; Menjoulet, loc. cit.).
Luxe s’empare de Maule
Dès octobre 1568, après avoir pris possession du Béarn inférieur, Charles de Luxe s’empara du château de Maule, « sans tenir compte de son beau-frère Belsunce qui en était gouverneur » (Bordenave, 1873), qui se trouvait alors à La Rochelle dans la suite du prince Henri. Le seigneur de Soule établit un poste avancé à Ossera, à la frontière du Béarn inférieur et du Béarn, et Gramont, bras droit d’Arros, se rendit à ce poste en janvier 1569. Cette année-là, 1569, fut catastrophique pour la Soule. Le 4 mars, Henri III, duc d’Anjou, donna l’ordre au vicomte de Terride de conquérir le Béarn. Par ailleurs, Luxe et ses troupes catholiques navarraises et souletines envahirent la région, commettant toutes sortes de violences et de pillages. Les catholiques béarnais s’emparèrent d’Oloron, Luxe de Nay, tandis que Domezaïn prenait Sauveterre. Devant l’invasion de son pays, d’Arros dut se retrancher à Navarrenx. Terride occupa rapidement tout le Béarn, rétablit le culte catholique, interdit la réforme et, avec l’aide des troupes de Luxe, commença le siège de Navarrenx, le 24 mai (Laborde, op. cit.).
L’attaque de Montgomméry
Alors Jeanne d’Albret réagit et confia au comte de Montgomméry, le 10 juillet 1569, la mission de repousser les envahisseurs et d’aider d’Arros. À la tête d’une armée, Montgomméry partit de Castres le 27 juillet, entra dans le comté de Foix, y donna des soldats fidèles à la reine, et, avançant par étapes, entra en Béarn le 6 août. Le 8, il se dirigea vers Navarrenx, que Terride abandonnait après un siège de trois mois (Laborde, op. cit.). Terride ordonna de transporter son artillerie à Orthez, Oloron et Maule (Bordenave, op. cit.), mais Montgomméry ne lui laissa aucun répit et, le 15 août, força le château Moncade d’Orthez à se rendre. Enfin, le 23 août, Montgomméry entra à Pau, la capitale du Béarn (Menjoulet, loc. cit.). Luxe et Domezain se réfugièrent en Soule, où les soldats de Montgomméry les poursuivirent, détruisirent le pays et brûlèrent de nombreuses églises. Charles de Luxe fut chassé de Maule, pillé et incendié. La garde du château fut confiée au capitaine huguenot Pierre d’Aramits.
Les nouvelles entreprises de Luxe
Retiré au château de Tardets, Luxe ne renonça pas au combat et prépara sa revanche. Il lança d’abord une attaque contre Saint-Jean-Pied-de-Port, fidèle à la reine de Navarre, mais dut se replier en Soule. Il rassembla ensuite ses troupes à Barcus pour attaquer le Béarn et prit Sainte-Marie, d’où d’Arros fut expulsé. Encore une fois, Luxe se retira dans le Béarn inférieur, tentant en passant de s’emparer de Mauléon, défendu avec courage par le capitaine d’Aramits. Dans ces combats, les Béarnais mirent de nouveau le feu à la ville. Dans une lettre envoyée à la reine de Navarre, Enecot de Sponde écrivait :
« Pourquoi ont-ils brûlé le château et la ville de Maule, au lieu d’y établir une garnison, comme convenu au conseil… » (Communay, 1885).
La cathédrale de Maule
En 1570, les Souletins s’attendaient encore à de nouveaux malheurs. Le 6 janvier, Charles IX nomma Luxe représentant principal du roi de Soule, et les combats reprirent. Le nouveau gouverneur s’empara du château de Maule et en chassa Aramits et ses soldats (Jaurgain, 1884-5). Le 28 janvier, Bernard d’Arros promulgua une ordonnance interdisant la pratique du culte catholique en Béarn. Claude Regin, évêque d’Oloron, et les chanoines de son chapitre se réfugièrent alors dans le diocèse, en Soule. Ainsi, pendant une trentaine d’années, le chapitre célébra ses offices dans la chapelle de Notre-Dame de la Haute-Ville, élevée au rang de cathédrale pour les circonstances (Laborde, loc. cit.). En juillet, les Béarnais firent un raid en Soule. Cherchant à s’emparer de Uztak, ils pénétrèrent jusqu’à Domezain, mais les paysans armés les tuèrent en nombre et les forcèrent à se retirer (Menjoulet, op. cit.). Enfin, le 8 août 1570, la paix de Saint-Germain mit fin à la troisième guerre civile. Jeanne d’Albret retourna en Béarn à l’automne 1571 et accorda l’amnistie aux chefs catholiques, sauf à Charles de Luxe. En novembre, elle quitta son royaume pour Paris afin de formaliser le mariage entre son fils Henri et Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, où elle mourut le 9 juin 1572.
Après la mort de Jeanne d’Albret
La Soule connut enfin quelques années de calme, ce qui ne fut pas le cas pour toute la France. Le 24 août 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy éclata à Paris. Henri de Navarre, cousin du roi, ne dut son salut qu’au regard protecteur de la jeunesse et du sang français qu’il portait en lui et fit le serment de se convertir au catholicisme, mais beaucoup de nobles béarnais qui l’accompagnaient furent tués. Il est certain que la province ne fut pas épargnée, mais les protestants de Soule ne furent pas bouleversés. Charles IX mourut le 31 mai 1574 et son frère, duc d’Anjou, lui succéda sous le nom d’Henri III. Ces années de paix furent toutefois troublées en 1583 par un raid sur Maule en Béarn. Les troupes envahirent la ville la nuit, s’emparèrent de la maison de l’évêque Claude Regin, pillèrent ses chambres et repartirent pour le Béarn. Claude Regin, ayant pu s’échapper, ne se sentant pas en sécurité à Maule, se retira à Vendôme, appartenant au roi de Navarre. Là, il demanda à être appelé non pas « évêque d’Oloron » mais « episcopus dolorum » (évêque des douleurs). Plus tard, il retourna à Maule (Menjoulet, op. cit.) et en 1590, Arnaud de Maytieri reçut la charge de prieur à Ordiarp. Il mourut en 1592 et laissa son cœur dans la chapelle Notre-Dame de Maule, qui fut cathédrale pendant trente ans.
Les Huguenots expulsés du pays
Sous la pression de la Ligue et des Guise, Henri III abrogea en 1585 tous les édits de pacification précédents et décréta l’anéantissement de la religion réformée. Les protestants étaient sommés de se convertir ou de quitter le royaume dans un délai de six mois. Gérard de Béla, à qui Henri III avait attribué la charge de bailli royal de Soule en 1577, refusa d’abjurer, fut contraint de quitter sa charge et, comme les autres protestants de Soule, de s’exiler en Béarn (Clément-Simon, 1894-5). Mais le roi de Navarre, en tant que lieutenant général de Guyenne, ordonna à Jean de Belsunce et à Gérard de Béla, tous deux dépossédés, l’un en tant que gouverneur et l’autre en tant que bailli, de reprendre l’exercice de leurs fonctions, même par la force. Ainsi, ils levèrent des troupes et, le 2 février 1587, attaquèrent la ville de Mauléon avec l’aide de Jean de La Lanne, expulsant Charles de Luxe, qui se retira à Ochagabia (Haute-Navarre). Menaud d’Arraing, alors lieutenant de robe longue à la Cour de Licharre et ami de Luxe, partagea son exil et son malheur.
Le Gouvernement de Jean de Belsunce
Jean IV de Belsunce reprit donc son gouvernement et nomma Gérard de Béla, alors bailli de Mauléon, lieutenant général de robe longue en Soule. Il dut décréter des impôts pour réparer le château et les fortifications de Mauléon, détruits lors des guerres précédentes, et pour entretenir une forte garnison. Cela ne lui attira pas la sympathie des Souletins, et certains l’accusèrent de se comporter comme dans un pays conquis, d’autant plus qu’il était protestant dans un territoire à majorité catholique. Il ne faisait cependant que suivre les ordres d’Henri de Navarre, gouverneur de Guyenne et bientôt roi de France. En effet, après l’assassinat d’Henri III en 1589 par un moine armé par la Ligue, Henri de Navarre lui succéda sous le nom d’Henri IV. L’Espagne de Philippe II représentait un danger pour la France et il fallait surveiller les frontières. Mais l’entretien des garnisons était à la charge du pays, ce qui contrevenait aux Fiefs de Soule, "Pays exempt de toute imposition depuis toujours." Malheureusement, les finances d’Henri IV ne lui permettaient pas de respecter ces droits, ce qui ne l’empêcha pas de les confirmer par lettres patentes du 22 décembre 1593. D’où les difficultés de la charge de gouverneur et les conflits qui opposèrent Belsunce et les Souletins jusqu’à sa mort en 1594 (Etcheverry, 1941).
Les Derniers Soubresauts
En 1593, Henri IV abjura la religion réformée et se convertit au catholicisme, ce qui n’atténua pas les passions religieuses. À Mauléon, Belsunce et son lieutenant Béla expulsèrent les chanoines de la petite cathédrale de Notre-Dame, y installant des ministres protestants. Arnaud de Maytie, nommé chanoine l’année précédente, porta le gouverneur devant les tribunaux. Condamné par la Cour de Licharre, il fit appel au Parlement de Bordeaux, qui restitua l’église de la Ville Haute au chapitre (Menjoulet, op. cit.). De leur côté, les ligueurs ne désarmèrent pas. En 1594, le capitaine Du Lau se lança sur la Basse-Navarre à la tête de 500 à 600 cavaliers. Saint-Palais, siège de la chancellerie, fut saccagée, et dans ces circonstances, Enecot de Sponde, ancien conseiller de Jeanne d’Albret, fut décapité.
Les Sponde
Deux autres Mauleonais de la famille Sponde, fils d’Enecot, se distinguèrent à cette époque. Jean de Sponde, né à Mauléon en 1557 (Etcheverry, 1938), fit ses études à l’Université d’Orthez puis à Bâle (Suisse). Il fut nommé lieutenant général de la sénéchaussée de La Rochelle par Henri IV et plus tard rapporteur du roi de Navarre. Après sa conversion en 1593, il écrivit de nombreux ouvrages consacrés à la défense de l’Église catholique. Il mourut à Bordeaux le 18 mars 1595, à l’âge de 38 ans (Boase, 1977). Son frère, Henry de Sponde, né à Mauléon le 6 janvier 1568, fut baptisé à Saint-Palais avec Henri de Navarre comme parrain. Comme son frère, il fit ses études à Orthez puis à Genève (Suisse). Rapporteur du roi de Navarre après la mort de son père, il abjura le protestantisme, fut ordonné prêtre et, en 1626, nommé évêque de Pamiers. Il démissionna en 1639 en faveur de son neveu Jean de Sponde et mourut le 18 juin 1643. La maison où naquirent les deux célèbres frères avait été construite à Licharre au XVe siècle par Guicharnaud de Sponde (Lamant et Régnier, 1984), « voisin de la tête du pont de Mauléon ». Selon le Censier de 1516, elle jouxte la rue et le chemin menant à Viodos et, sur la façade, la rue menant à Saint-Jean de Licharre (Jaurgain, 1910).
L’Édit de Nantes et la Mort d’Henri IV
Par lettres patentes du 5 juin 1595, Henri IV avait nommé Jean de Belsunce, V du nom, successeur de son père à la charge de gouverneur de Soule et capitaine-châtelain de Mauléon. Plus diplomate que son père, le nouveau gouverneur fit reconnaître les fiefs de Soule, désormais exempt de toute imposition. Jean V de Belsunce conserva sa charge jusqu’au 13 novembre 1610, date à laquelle il démissionna en faveur de son fils, Armand de Belsunce, vicomte de Méharin et de Macaye. La tâche de pacification religieuse entreprise par Henri IV commença à porter ses fruits, et la paix civile s’imposait enfin dans le royaume de France. L’Édit de Nantes, garantissant la liberté de conscience pour tous et partout, avait été promulgué par le roi le 13 avril 1598. Après avoir reconnu les droits des protestants de France, Henri IV signa, un an plus tard, le 15 avril 1599, l’Édit de Fontainebleau, rétablissant la liberté du culte catholique en Béarn. Le nouveau évêque d’Oloron, nommé en 1599, était un Mauléonais, Arnaud de Maytie. Le chapitre quitta alors Sainte-Marie et la petite cathédrale redevint la modeste chapelle de la Ville Haute. Quelques années plus tard, le 14 mai 1610, un fanatique illuminé, Ravaillac, assassina le roi, qui après tant de terribles luttes fratricides avait enfin réussi à réconcilier les Français. Arnaud de Maytie, principal artisan de la Contre-Réforme dans le diocèse d’Oloron, était né à Mauléon en 1550, ordonné prêtre en 1585 et obtint le prieuré d’Ordiarp cinq ans plus tard. Cette nomination donna lieu à de nombreux procès avec le monastère de Roncevaux, auquel appartenait le prieuré, alors que la bénéfice lui avait été accordé par l’évêque d’Oloron (Dubarat, 1887). Chanoine, puis vicaire capitulaire, il succéda à Claude Régin en 1590 au siège épiscopal d’Oloron, par présentation de Charles de Luxe, gouverneur de Soule à l’époque. Il soustrait la cathédrale Sainte-Marie des mains des réformés, restitua le chapitre à Oloron et mena une guerre incessante contre les protestants. Il est même signalé que ces derniers tentèrent de l’assassiner, heureusement sans succès, puisqu’il mourut de manière naturelle en 1622, à l’âge de 72 ans.
La Contre-Réforme
Avec l’évêque de Lescar, Maytie obtint de Louis XIII l’édit du 25 juin 1617, qui rétablissait complètement le culte catholique en Béarn, ainsi que la levée de tous les anciens biens ecclésiastiques sous embargo. Le Conseil souverain de Béarn refusa dès le départ d’enregistrer l’édit. Louis XIII organisa alors une expédition militaire et entra à Pau le 15 octobre 1620. Le lendemain, l’édit de levée de l’embargo fut enregistré et, le 20, un édit royal promulgua l’union de la Basse-Navarre et du Béarn à la France. Selon Jaurgain (1908), c’est Arnaud de Maytie qui ordonna la construction à Licharre du magnifique monument Renaissance, le palais Maytie, qui fut anobli en 1778. Selon M. Arnaud d’Andurain de Maytie, le petit palais fut construit par Pierre de Maytie, le père de l’évêque (D’Andurain de Maytie, 1973). Par la suite, cette splendide demeure passa, par voie héréditaire, aux familles Brosser, Hégoburu, Méharon et Andurain. L’évêque d’Oloron eut pour coadjuteur son neveu, Arnaud II de Maytie, qui lui succéda en 1623 au siège épiscopal.
Entre les Parlements de Bordeaux et de Navarre
En 1620, Louis XIII réunit le Béarn et la Basse-Navarre à la Couronne de France. L’édit d’Union transforma le Conseil souverain de Béarn en Parlement auquel fut rattachée la justice de Mauléon. Dès lors, les Parlements de Pau et de Bordeaux se disputèrent la Soule, qui dépendit, du point de vue judiciaire, tant de l’un que de l’autre. Jacques de Béla, bailli de Mauléon, rédigea une mémoire en faveur de l’état antérieur et obtint, le 30 juin 1622, un jugement faisant dépendre, comme par le passé, la Soule du Parlement de Bordeaux. Cependant, le Parlement de Pau ne se rendit pas et les Souletins subirent de grandes vexations de la part des Béarnais. En 1626, le Parlement de Navarre (Pau) alla jusqu’à décréter divers ordres d’arrestation contre plusieurs Souletins, parmi lesquels Arnaud d’Oihenart, syndic général du pays de Soule, et Gabriel d’Etchart, procureur du roi (Etcheverry, 1934). Finalement, en 1628, le Parlement de Pau accepta la séparation et mit fin aux mauvais procédés.
Jacques de Béla
Cette petite guerre entre Parlements nous permet d’évoquer les noms de deux Souletins qui se distinguèrent au XVIIe siècle dans la défense de leur patrie : Jacques de Béla et Arnaud d’Oihenart. Jacques de Béla, seigneur de la maison noble d’Othegain de Moncayolle, juridiction de Soule, né à Mauléon le 15 février 1586, fils de Gérard de Béla, bailli royal de Mauléon et lieutenant de robe longue, huguenot fervent et fidèle partisan d’Henri IV, était par sa mère le petit-fils de Jean de Johanne, également lieutenant de robe longue de Soule et secrétaire d’État de Jeanne d’Albret (Régnier, 1985). Il étudia le droit et obtint à vingt ans le doctorat à l’Université de Toulouse. Il entra comme avocat à la Cour de Licharre (1614), consacra sa vie aux affaires publiques et à l’étude, et fut désigné bailli royal de Mauléon à la mort de son père en 1633. Passionné d’écriture, il composa un dictionnaire et une grammaire basques aujourd’hui perdus. Il est l’auteur des Tablettes, sorte d’encyclopédie alphabétique des connaissances de son époque : questions théologiques, morales, médicales et scientifiques, et du Commentaire de la Coutume de Soule. Fidèle, comme son père, à la religion réformée, il installa le temple de Mauléon dans la maison de Motines, qu’il avait héritée, et soutint le pasteur toute sa vie. Il mourut à Mauléon le 18 mai 1667.
Arnaud d’Oihénart
Comme son contemporain Gérard de Béla, Oihenart, né à Mauléon, étudia le droit, fut avocat et se consacra aux études et aux affaires publiques. Né le 7 août 1592 dans la maison de Pay-Adam, il était le deuxième fils d’Arnaud d’Oihenart, procureur du roi en Soule, et de Jeanne d’Etchart (Jaurgain, 1885). Il étudia le droit à Bordeaux et obtint sa licence en 1612. En avril 1623, il fut élu syndic du Tiers État de Soule à l’assemblée du Sylviet.
"Mandataire élu par les États, le syndic de Soule était chargé de veiller au maintien et à l’observation des coutumes du pays, à la bonne gestion des finances publiques et à la direction de toutes les affaires d’intérêt général. Il devait soumettre au Conseil d’État les pétitions et plaintes des Souletins"
(Jaurgain, Op. cit.)
Arnaud d’Oihenart exerça sa charge avec la plus grande minutie et énergie. Il défendit les Souletins contre le Parlement de Navarre et ses vexations, ce qui lui valut d’être arrêté à Saint-Palais en 1627, bien qu’il fût rapidement libéré. Oihenart épousa Jeanne d’Erdoy, fille du noble Arnaud, seigneur de la Salle d’Erdoy de Saint-Palais, veuve de Me Jean de Lostal Maucor. Ce mariage lui donna droit à la noblesse, seigneur des salles d’Erdoy, Gainçury et de Cibits, et le privilège d’entrer aux États de Navarre. Il s’établit alors à Saint-Palais et fut intendant du comte de Gramont, souverain de Bidache. Oihenart put ainsi utiliser le cartulaire de Bidache pour satisfaire son goût pour les recherches historiques. Il correspondit avec tous les historiens de Vasconie de son époque, écrivant en latin, en français, en basque et en espagnol. Il publia en 1637 l’œuvre qui le rendit célèbre sous le titre Notitia utriusque Vasconiae, histoire du Pays Basque, particulièrement de Navarre. À cette époque, il était également auteur de poésies et proverbes en langue basque. Le 13 octobre 1641, les États de Soule l’envoyèrent à Paris pour obtenir du Conseil du roi la révocation de la vente du domaine royal effectuée au seigneur de Troisvilles. Sa mission dura trois ans et se termina par un échec qu’il dut ressentir comme une terrible humiliation. Il fit son testament le 8 avril 1667 et mourut la même année.
M. de Troisvilles
Un autre personnage marqua fortement la Soule à l’époque de Louis XIII : Arnaud, comte de Troisvilles. Immortalisé par A. Dumas dans Les Trois Mousquetaires, le premier comte de Troisvilles (à Paris, prononcé Tréville) se nommait, à sa naissance en 1598, Arnaud de Peyrer et était le fils d’un marchand d’Oloron. Ce dernier, Jean de Peyrer, enrichi par l’activité de receveur de dîmes du chapitre d’Oloron en Soule, acquit le 18 septembre 1607, pour la somme de 15 000 livres, le domaine de Troisvilles comprenant les maisons nobles d’Elissabé et de Casamayor et leurs dépendances. Selon les usages de Soule, le nouveau propriétaire pouvait jouir des privilèges inhérents à la noblesse, notamment celui de rendre justice à la Cour de Licharre et d’assister, avec les autres gentilshommes, aux États de Soule (Jaurgain, 1910). Arnaud de Troisvilles, entré dans le régiment des gardes à 17 ans, se distingua dans de nombreux combats et obtint en 1629 le poste de lieutenant de la compagnie des mousquetaires créée en 1622. Enfin, en mars 1633, Louis XIII lui accorda la justice haute et basse de la paroisse de Troisvilles et, l’année suivante, le nomma capitaine-lieutenant des mousquetaires de sa garde. Devenu personnage prééminent de la Cour, il voulut l’être aussi dans son pays. Le 30 novembre 1638, il acquit d’Antoine de Gramont, souverain de Bidache, la baronnie de Montory, Haux, Laguinge, Restoue et Athérey en Soule.
Premières révoltes
Sous Louis XIII, la pression fiscale sur le peuple devint intolérable et les révoltes populaires furent nombreuses en France. La Soule ne fit pas exception et l’on voit souvent des prêtres à la tête de ces soulèvements. Sans mentionner le curé de Moncayolle qui, en 1661, rassemblera des milliers d’hommes, trente ans plus tôt, on voit le curé de Gotein, Arnaud d’Arbide, vicaire général d’Oloron pour la Soule, adresser des paroles révolutionnaires à son frère, curé de Chéraute :
"Voici, mon frère, prenez les armes et faites rassembler les paroissiens de mon village. Des commissaires viendront pour les décimer. Il faut se défendre contre eux."
"À l’entrée du village de Gotein, sortirent d’une maison à droite entrant dans le village, quantité d’hommes en grand nombre avec arquebuses... bâtons à deux manches, fourches de fer... conduits et commandés par le recteur de ladite Chéraute"
(Dîmes..., 1902)
Ces dernières paroles sont de l’agent percepteur Passart, venu lever la dîme et qui ne put accomplir sa tâche. Ces dîmes étaient des impositions prélevées sur le clergé, déguisées sous le nom de "don gratuit". Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, appelés aussi Rhodiens, dont dépendait Saint-Jean de Berraute, église paroissiale de Mauléon, et son annexe Notre-Dame dans la Ville Haute, contribuaient séparément et payaient une contribution forfaitaire sur tous leurs biens. Jusqu’à l’annexion du Béarn en 1620, les évêques de Lescar et d’Oloron n’eurent rien à payer au roi de France et le clergé de Soule fit la sourde oreille à toute demande jusqu’en 1631. Cette année-là, le receveur chargé de la collecte se trouva donc confronté à la résistance des curés souletins (Batcave, 1903). En 1646, le clergé de Soule n’avait rien payé et en 1670, lors de l’assemblée du clergé à Paris, les rapporteurs soulignèrent que la Soule, comme la Basse-Navarre, n’avait jamais rien payé et refusait totalement de participer à cette imposition. La Soule resta au XVIIe siècle décidément étrangère aux ingérences provenant de Paris ou de Versailles.
Vente du domaine royal souletin
Face aux besoins du trésor, on commença à vendre des charges et offices dont les titulaires n’étaient pas choisis selon leurs compétences mais selon leurs ressources financières. Enfin, par un édit de mars 1639, le roi mit aux enchères les domaines situés sous l’instance des Parlements de Bordeaux et de Toulouse, sorte de "privatisation" de l’époque des biens publics. Cet édit allait être à l’origine de grandes malheurs pour la Soule. Afin de sauvegarder leurs libertés, les Souletins se présentèrent comme adjudicataires de leur vicomté. Un jugement du 8 mars 1640 du présidial de Dax fixa la somme due par la noblesse comme contribution aux dépenses de députation liées à l’achat du domaine de Soule (Etcheverry, 1939). La noblesse souletine, peu riche, dut emprunter le montant de sa part au vicomte de Macaye, Jacques de Castenoles, gendre d’Armand de Belsunce, le gouverneur.
Achat de la vicomté par M. de Troisvilles
Pour sa part, le capitaine des mousquetaires, désirant être le premier de tous dans ce pays qui lui avait conféré la noblesse, demanda lui aussi l’adjudication de la vicomté de Soule, le 30 mai 1641, avec sa justice haute et basse, son château, ses moulins, ses fiefs, ses droits de nomination des offices et bénéfices, droits restants et dépendances, moyennant le paiement de 70 000 livres. Il ne fait aucun doute que la somme offerte par les Souletins était inférieure à celle proposée par Troisvilles, qui obtint l’adjudication. Cette aliénation du domaine public provoqua de vives protestations des Souletins, marquant le début d’une lutte acharnée des États contre le seigneur de Troisvilles qui dura jusqu’en 1669. Ainsi, les États de Soule, réunis le 3 juillet 1641, résolurent d’envoyer des députés à Paris pour obtenir la révocation de la vente de la vicomté. Parmi eux se trouvait, comme nous l’avons vu, Arnaud d’Oihenart. Mais le 31 octobre de la même année, Troisvilles prit possession de la vicomté. Pour afficher son pouvoir, il rattacha au bailliage de Mauléon, dont le siège était établi à la maison de Mounès, les autres justices et paroisses de Soule, à l’exception de Licharre et de celles relevant de la justice de Troisvilles, son "domaine réservé". Enfin, il nomma bailli de Mauléon Me Pierre d’Irigaray.
Démolition du château de Mauléon
Mais les États de Soule ne furent pas les seuls à manifester leur ilité au capitaine de Troisvilles et à la vente du domaine royal. Le gouverneur, capitaine-châtelain de Mauléon, Armand de Belsunce, vicomte de Méharin, refusa catégoriquement de livrer ledit château. Louis XIII, par une lettre du 27 septembre 1642, ordonna à Belsunce de le faire mais celui-ci n’obéit pas. Alors, le baron de Poyanne, lieutenant général du roi en Navarre et Béarn, se rendit à Mauléon le 9 octobre et occupa le château. Le même mois, le roi ordonna sa démolition. Les travaux commencèrent le 27 novembre et furent effectués par "corvées du peuple" avec 350 à 400 hommes chaque jour. La démolition dura six mois et coûta 4 274 livres (Démolition..., 1825).
Le seigneur de Poyanne, chevalier des Ordres du Roi, son lieutenant-général au royaume de Navarre et province de Béarn, maréchal de camp de ses armées, gouverneur des villes et châteaux de Dax, Navarrens et St-Sever et commandant au pays de Lannes : Aux Officiers royaux de la Vicomté de Soule, suivant le commandement de Sa Majesté fait par sa lettre écrite à St-Germain-en-Laye le 25 février dernier… de faire diligemment démolir le château de Mauléon de manière à ce qu’il n’y reste aucune forteresse ou logement, à prendre les frais de la démolition sur les matériaux, Sa Majesté ayant fait don du surplus au sieur Safredy, exempt des gardes de son corps. …
Le nouveau comte de Troisvilles
À la mort de Louis XIII, en mai 1643, Troisvilles perdit son protecteur mais pas son crédit à la Cour puisqu’il obtint de la régente, en octobre de la même année, l’érection de sa terre de Troisvilles en comté. Le nouveau comte était devenu le personnage le plus important et le plus détesté du pays. Enfin, en 1660, il fit construire, suivant les plans de Mansart et sur l’emplacement de la maison noble d’Elissabé, le palais que nous connaissons aujourd’hui. Mais auparavant, la Soule allait connaître encore vingt années d’agitation causées par le décret royal de 1639, triste héritage du règne de Louis XIII, vingt années de procès, jusqu’au soulèvement sanglant de Matalas en 1661.
Les États de Soule et Troisvilles devant le Conseil d’État
Les États de Soule avaient demandé un prêt de 60 000 livres et avaient envoyé à Paris Arnaud d’Oihenart, avocat à la Cour du Parlement de Bordeaux, et Pierre de Bonnecaze, syndic du Tiers État, pour protester contre l’aliénation du domaine royal et obtenir son rachat (Jaurgain, 1910). Leurs démarches aboutirent à un premier succès : le Conseil d’État ordonna l’annulation de la vente et le remboursement au seigneur de Troisvilles de 73 000 livres. C’est alors que, par dépit, les partisans de Troisvilles provoquèrent des désordres et attaquèrent les officiers royaux, en particulier le procureur du Roi.
Cependant, le succès des Souletins fut de courte durée, car les députés n’ayant pas réuni la somme requise à temps, Troisvilles obtint, le 13 avril 1644, l’annulation de l’acte précédent. La bataille se poursuivit donc entre les États de Soule et Troisvilles — les premiers cherchant à préserver leur indépendance, le second poursuivant son ambition de devenir vicomte de Soule. Dans un premier temps, un décret maintint les officiers royaux en poste, permettant à Troisvilles de nommer ses propres officiers de justice. Armand de Belsunce, gouverneur de Soule, ordonna alors l’arrestation du juge désigné par le comte. Enfin, en 1646, Troisvilles obtint la faculté de rendre justice par ses propres juges, bien que les appels se fassent devant la Cour de Licharre. Chaque année, un nouveau décret annulait le précédent, et le mécontentement grandissait à Soule.
Le comte de Toulongeon, nouveau gouverneur
Les États de Soule devaient trouver un protecteur dont l’influence pourrait contrebalancer celle de Troisvilles. Ils pensèrent l’avoir trouvé en la personne du comte de Toulongeon, frère du duc de Gramont et membre du Conseil privé du roi. En avril 1646, Armand de Belsunce lui céda ses charges de capitaine-châtelain de Mauléon et de gouverneur de Soule. La petite guerre de la justice reprit, cette fois entre Troisvilles et Toulongeon, chacun nommant ses officiers de justice et arrêtant ceux de l’adversaire, laissant le Conseil d’État libre de soutenir l’un ou l’autre. En 1657, un nouveau décret donna raison à Troisvilles, ajoutant toutefois que les habitants de Soule pouvaient racheter le domaine royal s’ils le souhaitaient.
Les Souletins ruinés par le procès
Ces querelles de procédure, les dépenses considérables engendrées par le procès et la vente du domaine royal avaient ruiné les Souletins. Ils devaient rembourser les prêts et payer le rachat de la vicomté. De plus, ils se rendirent vite compte que leur nouveau gouverneur leur coûtait cher. En 1648, il décida que le château, rasé par Louis XIII, devait être reconstruit aux frais du pays. Ainsi, ayant déjà payé 4 000 livres pour la démolition de leur château, les Souletins devaient financer sa reconstruction — un fardeau lourd à porter.
Mais ce n’était pas tout : Toulongeon, qui avait acheté sa charge de gouverneur pour 3 120 livres, exigea du Tiers État le versement annuel de 320 livres. Jusqu’alors, Armand de Belsunce se contentait des revenus du domaine royal comme émoluments, mais avec son aliénation, il n’y avait plus de revenus. Soule se trouva donc lourdement endettée. Selon Béla (Clément-Simon, 1894), la noblesse avait payé 84 000 livres et le Tiers État devait verser 92 500. Louis de Froidour (éd. 1928) note :
"Le Seigneur comte de Toulongeon non seulement a fait rétablir le château mais a également fait bâtir une maison à Licharre où s’établit une belle demeure."
Il s’agit de la maison de Guicharnaud de Sponde, que le gouverneur fit reconstruire dans le style de Mansart et vendit le 2 février 1676 à Armand-Jean II de Troisvilles, avec la gouvernance de la vicomté de Soule (Jaurgain, 1910). Cette maison devint ensuite le petit palais de Troisvilles, puis Montréal, avant de devenir la sous-préfecture et, enfin, la mairie de Mauléon.
Avis de Louis de Froidour
Témoin impartial de l’époque, Louis de Froidour visita Soule en 1671, nommé par Colbert comme intendant chargé de l’inspection des forêts. Observateur attentif et curieux, il rédigea un mémoire décrivant la région (1928). À propos de ces événements, il écrit :
"Deux choses ont ruiné les Souletins : la première est un prêt qu’ils avaient souscrit pour une somme considérable afin de rembourser le comte de Troisvilles pour la somme qu’il avait payée pour s’approprier le domaine. Le pays plaida longtemps devant le Conseil pour pouvoir le rembourser, sans aucun résultat, comme beaucoup de communautés de ces provinces, pour ne pas tomber entre les mains d’un seigneur particulier et n’avoir d’autre seigneur que le Roi. Mais même si leur demande était légitime, elle fut rejetée ; les fonds furent mal employés et entièrement consommés par les députés qui allèrent à Paris. La deuxième cause est que ceux qui avaient servi de garants pour le pays lors du prêt furent obligés de payer, et durent exercer leur recours contre le pays lui-même."
Poussé à cet extrême, le peuple se révolta sous la conduite du curé de Moncayolle.
Les débuts de Matalas
Selon le rapport du 9 juillet 1661 de Jacques de Brosser, lieutenant de robe longue du pays de Soule, et Arnaud de Abbadie Costère, procureur du roi (Verbal del..., A.D.P.A. 3J 82), les habitants du Tiers État, de 4 à 5 000 hommes armés, allèrent de paroisse en paroisse, battant le tambour, prenant des prisonniers et pillant des maisons. Les deux officiers royaux notent que le 3 juillet 1641, les trois ordres avaient décidé d’envoyer 7 ou 8 députés pour obtenir les fonds nécessaires au rachat de la vicomté — 80 000 livres à payer : un quart par le clergé et la noblesse, trois quarts par le Tiers État. Les démarches durèrent plusieurs années, les Souletins ayant fait appel devant le Parlement de Bordeaux, mais le 8 avril 1659, le Tiers État fut condamné à payer les sommes dues. Faute de diligence et montrant un esprit de rébellion manifeste, le comte de Toulongeon fut chargé de contraindre au paiement.
C’est alors que Bernard de Goyheneche, curé de Moncayolle, surnommé Matalas, répandit le bruit qu’il n’était pas nécessaire de payer, affirmant qu’un jugement de la Cour des Aides l’interdisait même. Lors d’une assemblée du peuple le 1er mai 1661 au Silviet, Goyheneche persuada les degans et presque tout le peuple de ne pas payer les dettes et de destituer le syndic.
Matalas le Justicier
Le 13 juin, feignant savoir qu’on voulait l’arrêter, Matalas sonna le tocsin à Moncayolle et dans les paroisses voisines. Il convoqua une nouvelle assemblée, promettant au peuple des lettres patentes royales les exemptant de la dette. Ce mois-là, Goyheneche demanda les originaux des rapports déposés contre lui, menaçant de brûler plusieurs maisons de Mauléon en cas de refus. L’évêque d’Oloron, venu à Soule calmer les esprits, fit remettre les documents, que Matalas brûla aussitôt.
Le nouvel évêque de Mauléon, Arnaud François de Maytie, neveu d’Arnaud II, consacré le 27 avril 1661, tenta de rétablir la paix. À Chéraute, Goyheneche et ses hommes démolirent la maison de Me Pierre d’Arthez, avocat au Parlement, et le 29 juin, menacèrent la prison de Saint-Palais, où plusieurs Souletins étaient détenus pour dettes. Maytie intervint et obtint la libération des prisonniers.
Initialement perçu comme un défenseur des paysans opprimés, une sorte de Robin des Bois, Matalas, grisé par le succès, imposa une dictature sur les esprits. Il fit démolir une nouvelle maison à Chéraute où les réformés se réunissaient pour le culte. À la tête d’environ 3 000 hommes, il se rendit à Montory et terrorisa 15 à 16 chefs de famille, les obligeant à jurer en l’église de vivre en catholiques sous peine de voir leurs maisons brûlées.
La Dictature de Matalas
Jaurgain (1910 et 1884) et Menjoulet (op. cit.) consultèrent le manuscrit de Jacques de Béla Journal de l’insurrection des Basques sous la conduite de Matalas, qui en détaille la suite. Matalas saisit Jacques de Bustanoby, pasteur réformé de Mauléon, et voulut le jeter du pont de Mauléon, quand l’évêque d’Oloron intervint, sauvant sa vie et lui offrant refuge.
Matalas imposa ensuite des taxes — trois livres par maison, 100 pour Mauléon et 100 pour l’évêque — et installa son gouvernement à Tardets, déplaçant le marché local à Viodos. Le Parlement de Bordeaux envoya M. de Arche comme commissaire. L’évêque, le bailli, le procureur du Roi et six degans le supplièrent de ne pas envoyer de troupes. En septembre, Goyheneche occupait le domec de Chéraute, retenant prisonniers, notamment Arnaud d’Elissagary, prêtre, et Olivier d’Etchecopar, notaire royal. Le lieutenant général du roi en Guyenne envoya alors M. Calvo à la tête de 400 cavaliers pour mettre fin à la rébellion. Le 11 octobre, il engagea une première bataille au moulin d’Undurein : plusieurs paysans furent tués et beaucoup faits prisonniers. Le lendemain, un affrontement plus important à Chéraute causa la mort d’environ 150 Souletins, à cheval.
Froidour, commissaire de l’État français, rapporte l’intervention :
"Don Joseph Calvo résida là pendant un mois, plus pour piller et faire ses affaires que pour capturer Matalas, comme il aurait pu le faire dès le premier jour. De nombreux habitants se rassemblèrent, avec la jeunesse et quelques paysans des environs, sous les ordres du vicomte de Saint-Martin, gentilhomme béarnais commandant le château de Pau et lieutenant du comte de Toulongeon à Soule, pour attaquer Matalas à Gentein. Ils le capturèrent ainsi que quatre ou cinq autres, laissant les autres fuir. Il fut jugé avec les autres ; il fut condamné à être décapité, un degan pendu, son neveu et un autre paysan condamnés aux galères, et ainsi se termina la guerre, le Roi ayant accordé une amnistie générale."
La fin de Matalas
Le procès de Matalas commença le 16 octobre. Le 5 novembre, le Parlement de Bordeaux le condamna à être décapité et écartelé. Son neveu Jean de Goyheneche, Bernard de Behety et Jean de Cachau furent condamnés aux galères à perpétuité ; Roquehort, degan du Val Senestre, à la pendaison ; d’autres partisans de Matalas au supplice de la roue (Jaurgain, 1884). L’exécution de Jean de Goyheneche eut lieu le 8 novembre 1661. Le curé de Moncayolle fut d’abord dégradé par l’évêque d’Oloron dans la chapelle de l’oratoire de Mauléon et fit une rétractation publique. Conduit dans une charrette avec Roquehort, il fut exécuté à la sortie de Licharre et sa tête placée sur une des portes de Mauléon. La population s’en empara le 1er janvier 1662. Arnaud de Maytie, ayant cherché à apaiser les esprits, fit inhumer le corps de Matalas devant le maître-autel de Saint-Jean de Berraute, rendant hommage posthume à ce Souletin.
Conclusion du contentieux
L’insurrection populaire dirigée par Goyheneche fut donc la conséquence et la triste conclusion des événements qui agitèrent Soule pendant plus de 20 ans, causés par le funeste édit de 1639 qui aliénait le domaine royal et portait atteinte aux libertés des Souletins. Indéniablement, Matalas fut suivi par une foule de paysans dont le cri de guerre était : Herria, Herria (Le Peuple, Le Peuple). Malheureusement, ils crurent qu’il avait la faveur du roi et furent entraînés à leur perte. La sédition, une « jacquerie », visait les nobles, les riches, « ceux qui portent chapeau », et principalement les réformés. Même des agents de l’État comme Froidour jugèrent la répression bien plus cruelle que la sédition.
Les procès des compagnons de Matalas continuèrent après l’exécution du chef. De nombreux Souletins s’étaient réfugiés en Espagne, mais les États de Soule et l’évêque d’Oloron demandèrent le pardon des insurgés. Louis XIV l’accorda par lettres publiées à Licharre le 4 juillet 1662, sauf pour les deux exécutés et les trois condamnés aux galères. Ainsi s’acheva ce triste épisode, mais, sous le règne du Roi-Soleil, cela coûta encore 2 000 livres supplémentaires aux États, pour le prix des lettres royales.
Annulation du décret de 1639
Les tristes événements que venait de connaître Soule ne mirent pas fin à la querelle entre les comtes de Troisvilles et de Toulongeon. Le 2 juillet 1662, le gouverneur de Soule obtint un arrêt de la Cour de Licharre ordonnant que la justice fût rendue aux habitants selon le Fueros du pays et non par les officiers du comte de Troisvilles. Ce dernier ne se laissa pas abattre, usa de ses influences à la Cour et, le 29 novembre 1663, un arrêt du Conseil d’État confirma son titre de comté de Troisvilles et y rattacha, outre la justice des paroisses de Montory, Haux, Laguinge, Restoue et Athérey, celles de Tardets, Abense, Alos, Ossas, Sibas, Etchebar, Lichans et Licq. Le même arrêt interdisait au gouverneur de Soule et à ses successeurs, ainsi qu’aux juges de la Cour de Licharre, de troubler le comte dans la jouissance de ses revenus et l’administration de la justice (Jaurgain, 1910).
On voit comment, par un simple décret promulgué à Paris, Louis XIV pouvait faire table rase du Fueros de Soule, respecté pendant des siècles par ses prédécesseurs, tant anglais que français. En contrepartie, le comte de Troisvilles devait payer 6 000 livres au comte de Toulongeon. Les grands seigneurs en tirèrent profit, mais pas le reste des Souletins. Enfin, en 1669, Louis XIV racheta le domaine royal, annulant ainsi le funeste édit de 1639. Soule avait connu trente ans de procès, misère, désordres et humiliations… pour rien.
Soule vue par un témoin du XVIIe siècle
À cette époque, à Versailles, Colbert s’intéressait vivement à l’essor de la marine royale et souhaitait trouver en France le bois nécessaire à la construction des navires. Il fit donc visiter les forêts des Pyrénées pour leur exploitation intensive. Froidour, que nous avons déjà évoqué, grand maître des eaux et forêts du Languedoc, vint ainsi à Soule en 1671. Nous avons déjà mentionné son avis sur la répression qui suivit la révolte de Matalas. Froidour est un observateur qui sait saisir les caractéristiques d’un pays, et son mémoire sur Soule (1928) est précieux pour connaître notre région au XVIIe siècle.
Il indique d’abord que le pays est très peuplé et que les Souletins vivent dans des maisons d’apparence agréable, en pierre ou en maçonnerie, couvertes de tuiles. Les chemins menant aux maisons sont bordés d’arbres alignés, ce qui embellit le paysage. Mais la terre est pauvre et nécessite beaucoup de travail et de fumier pour devenir fertile. On y cultive surtout le blé et le millet en alternance, quelques vignes et des pommiers. La boisson la plus courante est le cidre. Les Souletins sont très sobres et vivent principalement du millet, dont ils font une sorte de bouillie avec du lait. Les produits remarquables sont les fromages secs de brebis et les jambons, classés parmi les meilleurs du royaume après ceux de Lahontan, connus sous le nom de « jambons de Bayonne ».
Les seuls moyens pour les paysans de gagner de l’argent sont la vente de quelques bœufs en Espagne, de la laine de brebis aux négociants d’Oloron et de cochons en Espagne et à Bayonne. Ils cultivent le lin nécessaire à leur usage, et il n’existe aucun paysan, aussi pauvre soit-il, qui ne possède une douzaine de toiles fines, blanches comme neige, rayées de fil vert. L’activité principale au XVIIe siècle est l’élevage : on est riche quand on possède des troupeaux. Froidour s’étend longuement sur le pâturage.
Pâturage et transhumance
Depuis la Saint-Jean, début des grandes chaleurs, les troupeaux sont envoyés en montagne où ils restent jusqu’aux premières neiges. À intervalles réguliers, il existe des sortes d’étables appelées kaiolar, où les bergers et les troupeaux passent la nuit. Seuls quelques gentilshommes ont le droit de les posséder, mais tous les bergers peuvent y accéder moyennant un petit paiement. Le roi et les dix potestats ont le droit d’y faire passer du bétail étranger. Quand la neige arrive, les troupeaux redescendent vers les montagnes basses, puis vers la plaine. En hiver, les troupeaux quittent le pays pour la Gascogne et les Landes, et au printemps, ils reviennent, reprenant le cycle de la transhumance.
Le Dr Blot pouvait écrire en 1984 :
"Le Basque est agriculteur depuis relativement peu de temps, si l’on tient compte de sa longue tradition pastorale, remontant à plus de 5 000 ans. Toute la culture basque a ainsi ses racines dans l’élevage ; elle en est imprégnée, et ce mode de vie ancestral a survécu, dans certains endroits, presque inchangé jusqu’à nos jours."
Caractère et travaux des Souletins
Comme tous les Basques, les Souletins sont méfiants envers les nouveautés, jaloux de leurs droits, courageux et travailleurs. Cela explique qu’il n’y ait pas de gueux dans toute Soule et que personne ne mendie. Beaucoup vont travailler la terre en Espagne ou en Labourd, où la majorité des hommes, consacrés à la pêche, passent tout l’été en mer.
Concernant l’organisation sociale, Froidour nous apprend que rien n’a changé depuis le XVe siècle et que le tableau présenté par le Fueros reste valable. Bien que le Fueros indique que tous les Souletins sont francs, il existe une distinction entre la noblesse et le Tiers État. Alors que dans le reste des provinces françaises la noblesse est liée au sang et à la personne, ici elle est réelle, c’est-à-dire attachée à la possession de certaines maisons nobles. Quant au Tiers État, il participe directement à la vie politique, chaque habitant ayant voix délibérative à la Cour d’Ordre.
Les Agotes (« cagots »), leur origine
Il existe une catégorie sociale dont nous n’avons pas encore parlé et qui ne peut être évoquée qu’avec tristesse et honte : les cagots ou agotes (en basque, agotak). À la base du système social, ils constituèrent jusqu’au XVIIIe siècle une classe à part, en marge de la population locale. On en trouvait à Soule, ainsi que dans le reste de la Vasconie, au Béarn, en Gascogne, en Navarre et en Aragon. Moins nombreux que dans la Basse-Navarre, ils se situaient à Aïnharp, Chéraute, Ordiarp, L’Hôpital-Saint-Blaise, Domezain, etc. (Michel, 1947 a). Leur origine est incertaine. Francisque Michel et la plupart des auteurs basques, comme Oihenart et Martín Vizcay, les considéraient descendants des Wisigoths d’Espagne, repoussés par les envahisseurs arabes au VIIIe siècle, ou de Francs prisonniers ou blessés restés sur place après le départ du duc Arimbert ou de Charlemagne. On les décrit généralement comme grands, blonds aux yeux bleus. Une chanson souletine du début XIXe siècle dit :
"Parmi tous les hommes, le cagot est réputé le plus beau :
Cheveux blonds, peau blanche et yeux bleus.
Je l’ai vu parmi les bergers : le plus beau.
Pour être beau, faut-il être forcément cagot ?"
Condition des « cagots »
D’autres les ont considérés comme lépreux ou descendants de lépreux. Pendant des siècles, on crut que la lèpre était héréditaire. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas le cas, mais la maladie leur était attribuée, justifiant leur exclusion. Ces petits groupes, peut-être d’origines diverses selon les époques, furent considérés comme parias et rejetés, leur contact et leur regard étant redoutés. Ils étaient assignés à certains métiers : charpentiers, tuiliers, et généralement métiers du bois. Ils vivaient dans leur propre quartier et ne pouvaient se mêler aux autres. Ils entraient à l’église par une porte spécifique et avaient une fontaine dédiée. Même au cimetière, une zone spéciale leur était réservée. Oihenart écrivait en 1637 :
"On dit qu’ils sont lépreux et contagieux, que sur leur visage et dans leurs gestes se manifeste quelque chose qui les rend misérables et odieux et que leur haleine pue. Je n’y crois pas et crains que cette opinion repose davantage sur les préjugés populaires que sur des faits vérifiés. Je ne nie pas qu’ils soient objet de mépris et considérés comme étrangers dans leur propre pays, sans accès aux charges ni aux honneurs publics. Ils ne peuvent profiter des biens communs aux autres habitants. Le mariage et toute relation avec les autres leur sont interdits, et ils doivent, sous peine de coups, sortir chaussés et avec un morceau de tissu rouge sur leurs vêtements."
Cela rappelle la condition imposée aux Juifs par les nazis et le port de l’étoile jaune.
Réhabilitation des « cagots »
Malgré tout, les agotes gardèrent leur dignité et réclamèrent leurs droits à la justice. En 1514, les agotes de Navarre firent appel au pape Léon X, qui leur donna raison. Mais les Basques résistèrent farouchement aux pouvoirs politiques et religieux qui voulaient mettre fin à cette discrimination. Sous le règne de Louis XIV et grâce à Colbert, toujours avide d’argent, les agotes obtinrent finalement la reconnaissance de leurs droits civiques. En 1684, sur proposition de Du Bois de Baillet, intendant du Béarn, le roi leur offrit la liberté contre deux louis par personne libérée. Les plus riches payèrent pour les plus pauvres. En 1688, le Parlement de Pau leur ouvrit l’accès aux charges publiques et à tous les métiers, permit les mariages mixtes et la liberté d’habitation. L’ilité de la population persista, mais peu à peu, les Basques finirent par accepter ceux que le pouvoir politique avait réhabilités (Reicher, 1958).
Les Gitans (bohémiens, buhameak)
Malheureusement, les agotes n’étaient pas les seuls parias de la Vasconie : une autre catégorie sociale connut une existence tout aussi misérable et fut totalement exclue de la communauté : les Gitans. Leur situation était moins grave car plus récente : les Gitans apparurent en Vasconie au XVe siècle, probablement venus d’Espagne, d’où ils furent expulsés en 1492. Ils inspirèrent ilité et mépris aux populations locales, notamment en raison de leur mode de vie très différent des Basques. Contrairement aux agotes, ils ne revendiquèrent jamais leur appartenance au pays et ne souhaitaient pas être assimilés. Ils se consacraient à la vannerie et à la chaudronnerie, mendiaient souvent, et les femmes pratiquaient la chiromancie. Mais on disait qu’ils vivaient de vols et d’oisiveté. Au XVIe siècle, François Ier les expulsa de Soule et du Labourd. Certains se réfugièrent en Basse-Navarre et quelques-uns revinrent en Soule. En 1721, les États de Soule promulguèrent des dispositions contre eux (Actes, T. I, f° 7) : il était interdit de leur offrir l’hospitalité, et les habitants de chaque village devaient se réunir au son de la cloche pour les chasser du pays. Enfin, ils devaient être conduits, aux frais de la paroisse, à la prison du château de Pau. Plus tard, ils furent expulsés à nouveau en 1802 et déportés en Afrique du Nord.
Le souvenir des Gitans demeure dans la maskarada souletine. Après les personnages traditionnels représentant la société basque, vient le buhamejaun, ou seigneur des Gitans, accompagné de sa tribu : « Il porte un fusil, un fagot et un sabre, comme s’il devait donner des coups partout et tout piller » (Sallaverry, 1899).
Suite de la Contre-Réforme
La Contre-Réforme entreprise par l’évêque d’Oloron, Arnaud I de Maytie (1599-1622), fut poursuivie par ses successeurs : son neveu Arnaud II de Maytie (1622-1646), puis, après deux évêques au court épiscopat, par le neveu de ce dernier, Arnaud III François de Maytie (1660-1681). Ainsi, trois hommes de la même famille de Mauléon occupèrent le siège épiscopal d’Oloron au XVIIᵉ siècle.
De nombreuses églises avaient été pillées et partiellement incendiées durant les guerres de religion du XVIᵉ siècle. Le travail de ces prélats consista à encourager leur reconstruction. De cette époque datent les tribunes dans lesquelles, selon la coutume, les hommes étaient placés pendant les offices, ainsi que tous ces magnifiques retables dorés qui ornent même la plus modeste église de Soule. On note également les clochers-calvaires, si caractéristiques des églises de Soule. Avec leurs trois pointes couronnées de trois croix, ils ont longtemps été appelés « clochers trinitaires ». E. Lamben (Goyheneche, 1959) proposa de les appeler plutôt « clochers-calvaires », car la croix n’a jamais été le symbole de la Trinité mais de la Crucifixion, et, de plus, la croix centrale étant plus haute, il est impossible de concevoir qu’une personne de la Trinité ait prééminence sur les autres. En revanche, sur les représentations du Golgotha, la croix du Christ est toujours plus haute que celles des deux larrons martyrs à ses côtés.
Arnaud II de Maytie rétablit également l’ancienne collégiale de Sainte-Engrâce, que les troupes calvinistes du capitaine Sénégas avaient tenté d’incendier. Le mobilier et les archives avaient brûlé, mais l’église, grâce à la solidité de ses murs et à l’épaisseur de sa voûte, avait résisté aux flammes. L’évêque y nomma douze chanoines et un abbé.
Fondation du couvent de Mauléon
Poursuivant l’œuvre de ses prédécesseurs, Arnaud III François de Maytie fonda le couvent de Mauléon. Les habitants de Mauléon souhaitaient depuis longtemps voir s’établir les capucins parmi eux et, conformément à une délibération du conseil municipal, avaient demandé à l’évêque d’Oloron de leur donner satisfaction. Il ne pouvait refuser et se rendit à Paris pour obtenir les lettres patentes royales correspondantes. Le 3 mai 1669, les capucins de Pau plantèrent la croix à Mauléon, « et tout le pays témoignait vouloir contribuer à la construction d’une église et d’un couvent avec une charité incroyable » (« E.H.R.B. », 1901).
Le couvent fut construit sur la rive droite du Saison, au pied d’une côte menant à la Ville Haute, sur la route de Chéraute, à l’emplacement occupé aujourd’hui par le collège Saint-François. Dans son testament rédigé à Barcus le 2 décembre 1678, le marquis de Moneins légua 750 livres aux capucins de Mauléon pour la construction de leur église (Jaurgain, 1884-5). Quant à Maytie, il légua à sa mort sa bibliothèque et son portrait. Les capucins occupèrent le couvent jusqu’à la Révolution, où il fut confisqué et les religieux dispersés.
La sorcellerie
La vie religieuse au XVIIᵉ siècle n’était pas exempte de traces de paganisme dans les mentalités. Cela n’échappa pas à Froidour, qui écrit : « Les Souletins sont très dévots, mais, si l’on en croit les capucins récemment établis à Mauléon, il y a quantité de sorciers et sorcières » (Op. cit.). On connaît la vague de sorcellerie qui traversa toute la Vasconie, du Nord au Sud, à cette époque, mais on insiste particulièrement sur les procès dramatiques du Labourd où se distingua le sinistre De Lancre. Toutefois, la Soule connut également ces malheurs. Dès 1599, la Cour de Licharre dut traiter le cas de deux femmes accusées de sorcellerie (Veyrin, Op. cit.). Le phénomène se propagea dans tout le pays, et les rancunes personnelles se traduisirent par des calomnies et des dénonciations.
"La peur des supplices causait telle impression que les prétendus sorciers se présentaient pour se confesser coupables et demander les exorcismes de l’Église, essayant de se soustraire, par l’absolution d’un prêtre, à la sévérité de la justice civile" (Menjoulet, Loc. cit.).
Heureusement pour la Soule, le peuple ne dut pas affronter un obsédé comme Lancre, mais un homme instruit et bienveillant, Athanase de Belapeyre, vicaire général d’Oloron et donc de Soule. Il appartenait à la famille Béla, déjà mentionnée, dont plusieurs membres se distinguèrent dans l’histoire de la Soule.
"Ils venaient à moi pâles, tremblants… n’osant dire qu’ils n’étaient pas criminels, et je devais les persuader de leur innocence" (Menjoulet, Loc. cit.).
Finalement, le roi intervint : par un décret du 19 octobre 1671, l’année de la visite de Froidour en Soule, il annula toutes les procédures pour sorcellerie, fit libérer les détenus, et, avec l’apaisement de la peur, les dénonciations cessèrent, ramenant le calme.
Changements institutionnels
Bien que la Soule continua à se gouverner selon son Fueros, son administration connut plusieurs changements visant à une centralisation accrue (voir supra « Organisation forale »).
L’armorial de 1696
Grisé par ses victoires, Louis XIV n’arrêtait pas de s’engager dans des guerres ; celle de la Ligue d’Augsbourg ruinait les finances de la France. Il fallait de l’argent à tout prix, et avec le peuple déjà accablé d’impôts, on ne savait que trouver pour en obtenir davantage. C’est ainsi qu’apparut l’Armorial. En 1696, un édit royal obligea tous ceux possédant un blason à l’enregistrer, moyennant 20 livres par tête. Afin de maximiser le revenu, il fut demandé aux officiers chargés de l’enregistrement des armoiries de les accorder à tous ceux
"qui par leur naissance, leurs charges ou emplois, leurs services ou leurs vertus avaient droit à les porter." L’enregistrement était obligatoire et les officiers pouvaient accorder des armoiries à toute personne ayant un statut social quelque peu élevé… Cela mena à l’imposition de l’enregistrement à une multitude de gens qui n’avaient pas d’armoiries et s’en souciaient peu (Labrouche, 1883).
Ayant placé la Soule sous la juridiction du Parlement de Navarre en novembre 1691, tout en restant dépendante de la Généralité de Bordeaux pour les finances, les Souletins furent obligés de s’enregistrer dans l’Armorial de Béarn. La résistance des Béarnais fut plus forte qu’ailleurs. Sur les 637 blasons compris dans l’Armorial de Béarn, 118 furent déclarés et 519 imposés d’office (Dufaut de Maluquer et Jaurgain, 1887-88).
Quant aux Souletins, ils montrèrent une fois de plus leur esprit d’indépendance. Aucun noble ou bourgeois ne fit enregistrer ses armoiries ; on ne trouve guère que quatre Souletins dans l’Armorial, tous blasonnés d’office : trois comme chanoines de Sainte-Marie d’Oloron et le quatrième comme procureur du roi dans la sénéchaussée de Basse-Navarre (Op. cit.). Ceux qui comptaient sur la vanité des Français pour remplir les caisses de l’État échouèrent totalement en Soule. Il faut préciser que l’édit de 1696, qui préconisait l’enregistrement des armoiries individuelles, était contraire aux Fueros de Soule, car la noblesse souletine était liée à la terre, non aux personnes. Ainsi, c’était la maison qui possédait les armoiries et donnait à son propriétaire le droit de les porter ainsi que d’entrer aux États. En refusant d’enregistrer leurs armes, les nobles souletins indiquaient clairement qu’ils ne reconnaissaient l’autorité de personne pour altérer leurs anciennes institutions.
Fondation de l’hôpital de Mauléon
Au début du XVIIIᵉ siècle, aucun bâtiment en Soule n’accueillait les malades. L’hôpital Saint-Jean de Berraute à Mauléon, ainsi que celui d’Ordiarp, fondés au Moyen Âge pour recevoir les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle, étaient en ruines. Cependant, les revenus de celui d’Ordiarp n’étaient pas négligeables, s’élevant alors à 3 ou 4 000 livres par an (Dubarat, 1887), mais leur administration était entre les mains de personnes incapables ou sans scrupules qui les détournaient de leur objectif principal : l’aide aux pauvres.
Le syndic de Soule s’en inquiéta et adressa en 1708 une requête au roi afin que soient nommés des administrateurs chargés de vérifier les comptes de l’hôpital. Le 25 février 1709, le roi donna son accord et une commission fut constituée, comprenant : l’évêque d’Oloron, le gouverneur de Soule ou le lieutenant de robe longue, le procureur du roi, le prieur d’Ordiarp, plus deux députés d’Ordiarp et un de chaque paroisse percevant les revenus de la commanderie.
Les nouveaux administrateurs constatèrent que l’hôpital d’Ordiarp était tellement détérioré qu’il ne pouvait accueillir de malades. Il fallait donc en construire un nouveau. Ils décidèrent de l’ériger à Mauléon, qui leur parut le lieu le plus approprié pour recevoir les malades de toute la Soule, et le roi approuva ce changement par lettres patentes du 7 janvier 1715.
Procès contre l’hôpital et le diocèse de Bayonne
Nous avons déjà vu que, à ses débuts, la commanderie d’Ordiarp dépendait de l’hôpital de Roncevaux. Au cours des incessants conflits entre la France et l’Espagne, les biens de l’abbaye de Roncevaux et ceux du diocèse de Bayonne étaient menacés ou confisqués. Un accord fut trouvé entre les deux pays en 1712, et la commanderie d’Ordiarp fut cédée au diocèse de Bayonne.
Celui-ci se trouva avec deux propriétaires : un effectif, l’hôpital de Mauléon, et un nominal, le diocèse de Bayonne. La perception des revenus étant, pour l’Église de l’époque, une préoccupation plus importante que le soulagement des pauvres, le diocèse entreprit contre l’hôpital de Mauléon un procès qui dura une quinzaine d’années. Finalement, un jugement définitif prononcé par Louis XV, le 11 mai 1733, maintint l’hôpital de Mauléon dans la possession et la jouissance des biens d’Ordiarp. Il convient de préciser que, jusqu’à la Révolution, l’hôpital vécut principalement de ces revenus.
Le nouvel édifice prit le nom d’Hôpital Général de Mauléon. Avec le temps, il devint hospice, asile de vieillards, hôpital à nouveau, mais toujours sur le lieu de sa création, entre le chemin de Tardets et le Saison, près de l’église paroissiale de l’époque, Saint-Jean de Berraute. Les nouveaux bâtiments ne furent achevés qu’en 1737, et les soins aux malades furent confiés à des religieuses : d’abord les Sœurs de la Sagesse, puis, à partir de 1775, les Sœurs de la congrégation de Nevers, qui sont restées à Mauléon près de deux siècles.
Restructuration et déclin des États
Entre 1730 et 1733, plusieurs ordres royaux contraignants diminuèrent le pouvoir du Tiers État au profit de la Noblesse et de l’intendant, sapant la foralité de Soule (voir supra « Organisation forale »).
Mauléon en 1759
Au XVIIIᵉ siècle, Mauléon comptait déjà deux quartiers principaux : la Ville Haute, ou partie ancienne, et la Ville Basse, ou quartier du Pont. Le marché se tenait tous les mardis dans la Ville Haute, ce qui déplaisait aux habitants de la Ville Basse. Une enquête (A.D.P.A., C 122) effectuée en 1759 par M. Sallenave de Pau, sur ordre de l’Intendant de la Généralité, concernant les prétentions des habitants de la Ville Basse, montrait qu’ils souhaitaient que le marché se tienne chaque semaine ou au moins tous les quinze jours, et que deux foires annuelles aient lieu.
Ce rapport est intéressant car il offre un tableau de Mauléon en 1759. Dans sa description de la ville, Sallenave évoque :
"un quartier situé sur le flanc d’une montagne, au sommet de laquelle se trouve un vieux château très détérioré, et un autre au bord de la rivière, à côté duquel se situe la communauté de Licharre, dont il n’est séparé que par une croix au milieu d’une petite place (la 'Croix Blanche'). Dans cette petite place de Licharre se trouvent le palais du seigneur de Trois-Villes (aujourd’hui l’hôtel de ville) et une maison appartenant au seigneur de Méharon (le palais Maytie), lieutenant de robe longue de la Cour de Licharre. Mauléon et Licharre sont séparés par un pont en pierre sur la rivière appelée Suson (sic)."
Jusqu’en 1755, l’accès à la Ville Haute n’était pas facile. Une seule rampe pavée, très rudimentaire et longue, y conduisait. À partir de cette date, une nouvelle voie fut ouverte à l’autre extrémité de la ville, menant directement à une grande place où se tiennent les marchés. Il y a également une place très vaste, entourée des principales maisons, au milieu de laquelle jaillit une fontaine abondante. Au XVIIIᵉ siècle, les habitants de la Ville Haute étaient plus nombreux que ceux de la Basse, mais ces derniers étaient plus aisés et soumis à davantage d’impositions. On constate ainsi que certains éléments de la société mauleonaise remontent loin dans le temps.
Soule et les évêques d’Oloron
Les relations entre la Soule et les évêques d’Oloron ne furent pas toujours excellentes, sauf lorsque le siège mauleonais était occupé par des Mauleonais, les Maytie, de 1598 à 1681. Saint-Jean de Berraute, l’église paroissiale de Mauléon, appartenait à l’ordre de Malte, tout comme ses annexes de Libarrenx et Larrebieu. En 1709, Joseph de Révol, évêque d’Oloron, lors de la visite de ses paroisses, ordonna que des réparations soient effectuées. Les chevaliers firent appel contre cet ordre, et un long procès s’ensuivit (Menjoulet, Op. cit.).
Le même évêque entreprit, en 1708, la fondation d’un séminaire pour la formation des prêtres de son diocèse. Pour lui procurer des fonds, il rattacha la collégiale de Sainte-Engrâce au nouvel établissement. Deux places gratuites furent réservées dans le séminaire aux étudiants de Soule, dont l’un devait être de préférence de la paroisse de Sainte-Engrâce. Naturellement, tous les chanoines ne furent pas d’accord avec ces mesures, encore moins la commune de Sainte-Engrâce… et un nouveau procès s’ensuivit. L’évêque l’emporta, et en 1724, la collégiale souletine et le Grand Séminaire furent réunis. Plus tard, un autre procès opposa le séminaire d’Oloron à la commune de Sainte-Engrâce, qui trouva un défenseur acharné en la personne de Jean-Philippe de Béla, issu de cette illustre famille de Soule. Béla et Sainte-Engrâce durent céder, et les revenus de la collégiale continuèrent d’alimenter le budget du séminaire (Op. cit.).
Le chevalier de Béla
Revenons à Jean-Philippe de Béla, qui mena une vie des plus aventureuses. Né à Mauléon le 8 juillet 1709, il fut baptisé dans la chapelle Saint-Jean de Licharre le 11 du même mois. Son parrain fut Philippe de Béla, baron de Chéraute, et sa marraine Jeanne d’Abense. Il était fils de Jacques de Béla, avocat au Parlement, et de Constance de Hudelot, et arrière-arrière-petit-fils de Jacques de Béla, auteur des Tablettes et du Commentaire de la Coutume de la Soule (Regnier, 1985).
Béla quitta Mauléon à l’âge de 18 ans, le 15 novembre 1727, pour s’enrôler dans l’armée, dans le détachement de l’Artillerie Royale stationné à Grenoble. Il partit ensuite pour la Suède comme lieutenant du génie et entra au service du roi Stanislas de Pologne. Il mena une vie militaire très active, fut nommé chevalier de Saint-Louis le 15 janvier 1741 (d’où son titre de chevalier de Béla), et chambellan de Stanislas, duc de Lorraine. En 1745, il reçut l’ordre de créer un régiment composé de Basques, qui devint le Royal Cantabre. À la suite d’un duel et de diverses calomnies, Jean-Philippe fut emprisonné six mois et le Royal Cantabre dissous en 1749.
Le chevalier de Béla retourna alors en Soule. Il acquit la maison noble du Domecq à Libarrenx, entra aux États de Soule le 27 avril 1767, et aux États du Béarn le 12 janvier 1778 par l’abbaye laïque de Hours. Il acheta également une maison à Sainte-Engrâce, ce qui lui valut le poste de syndic de cette paroisse. Il consacra alors le meilleur de son temps à l’étude de son pays. Il écrivit ses Mémoires militaires, publiées en 1876 par Ducéré, une histoire du régiment Royal Cantabre, mais son œuvre principale est Histoire des Basques, en trois volumes (Manusc. Bibl. Nationale, Paris). Sous la Terreur, Béla fut emprisonné et mourut à Paris le 15 mars 1796, à l’âge de 87 ans (V. SANADON, Barthélemy Jean Baptiste).
Fondation du collège de Mauléon
Un frère du chevalier Béla, Jean de Béla-Lassalle, se distingua également par son amour pour la patrie. Le 8 septembre 1775, il mourut à Paris en léguant aux États de Soule une rente annuelle de plus de 10 000 livres, prélevée sur la mairie de Paris, destinée à fonder un collège pour garçons et une maison d’éducation pour filles à Mauléon (Larrieu, 1891).
Les États acceptèrent ce legs et se mirent sans tarder à l’œuvre. La construction d’une maison pour le gouverneur (ancien couvent des Dominicaines) avait débuté en 1772. Pendant ce temps, le palais de Mont-Real (actuel Hôtel de Ville) fut mis en vente, acheté pour le gouverneur et attribué à la future construction du collège. La rente ne fut cependant affectée aux États de Soule qu’après le décès des trois usufruitiers, dont le chevalier Béla (Ithurbide, 1934).
Le 1er avril 1788, il fut décidé de confier l’éducation des garçons aux Barnabites de Lescar et celle des filles aux Sœurs de Nevers. Les Barnabites ne se mirent pas d’accord avec les États, et la fondation fut encore retardée. Malgré cela, le besoin d’un collège se faisait sentir, et la Soule le réclama dans ses cahiers de doléances. Les États décidèrent alors d’établir deux recteurs de humanités (latin et grec) rémunérés 600 livres chacun, et un maître d’écriture, les trois logés au collège. Une somme de 200 livres fut également accordée aux Sœurs de Nevers pour l’éducation gratuite des filles.
Nous savons, par une lettre du district de Mauléon du 19 janvier 1792, que le collège fonctionnait à cette date (Batcave, 1897). Cette lettre répondait à une demande d’information de l’Assemblée législative de novembre 1791, visant à connaître l’état de l’enseignement en France.
