Territoires

Zuberoa. Histoire

Le vicomté de Soule (Zuberoa)

On ignore dans quelles circonstances est né le vicomté de Zuberoa. Il est probable que l’isolement de ce « pays » au cœur de la chaîne pyrénéenne ait contribué à la constitution de ce seigneurie, qui bénéficia d’une autonomie et d’une alodialité (en franc-alleu) de fait. Selon Jaurgain, Guillaume Fort, vicomte, en partie du Lavedan (il partageait cette charge avec son frère García), fut investi du vicomté de Zuberoa vers 1023 par Sanche Guillaume, duc de Gascogne. Il est le premier vicomte connu (La Vasconie, I, 87-90 ; II, 457-481).

Rattachement au diocèse d’Oloron

Raymond Guillaume, appelé « Salamace », deuxième vicomte de Zuberoa, succéda à son père vers 1040. Quelques années plus tard, vers 1058, Centule IV l’Ancien, vicomte de Béarn, fut tué par les Souletins et les Béarnais s’apprêtèrent à envahir Zuberoa. Raymond Guillaume décida alors de se retirer dans ses terres du Lavedan. Pour ce faire, il devait passer par le diocèse d’Oloron. L’évêque de ce lieu, son cousin Étienne de Lavedan, profita de l’occasion pour l’obliger à séparer Zuberoa du diocèse de Dax, le réintégrant dans son diocèse d’origine. Quelques années plus tard, les Souletins firent la paix avec leurs voisins béarnais et Raymond Guillaume put retourner dans son vicomté. Vers 1078, il signa un traité avec Centule V le Jeune, vicomte de Béarn, par lequel il s’engageait à le défendre contre tous sauf le roi de Pampelune et le comte de Gascogne (Jaurgain, op. cit.), reconnaissant ainsi sa suzeraineté.

Luttes avec les Béarnais

Guillaume Raymond, dit Guillaume Fort II, devint, à la mort de son père vers 1085, le troisième vicomte de Zuberoa. Le 18 septembre 1086, Guillaume Geoffroy, duc de Gascogne, céda à Centule V ses droits de souverain sur Zuberoa, et le vicomte de Béarn invita Guillaume Fort à lui rendre hommage à Navarrenx. Devant son refus, Centule envahit Zuberoa et accorda le fuero d’Oloron aux habitants de Montory. À la mort de Centule V en 1090, Guillaume Fort conclut une alliance avec le vicomte de Dax afin de reconquérir les biens dont s’était emparé le vicomte de Béarn. La lutte fut sanglante et dura jusqu’en 1105, mais Guillaume Fort retrouva ses biens. Voir Béarn.

Relations avec la Navarre

Avec Gassion, 4ᵉ vicomte de Zuberoa, fils de Guillaume Fort II, qui lui succéda vers 1120, les liens avec la Navarre se renforcèrent. Il se mit au service d’Alphonse le Batailleur, roi de Pampelune et d’Aragon (1104-1134), auquel il rendit hommage à Morlaas, avec le comte de Bigorre, en 1122. Celui-ci lui accorda le seigneurie de Belorado en 1125, faisant de lui un ricohomme (Jaurgain, op. cit.). Les ricohommes étaient les premiers dignitaires du royaume, au-dessus des chevaliers, membres du Conseil royal et chargés de commander la cavalerie composée de gentilshommes.

Alphonse le Batailleur fit ériger un château à Zuberoa ; E. Goyhenetche (1979, 70 et 132) pense qu’il s’agit de Mauléon. Dans ce cas, il faudrait interpréter qu’il fortifia le château déjà existant, probablement construit sur l’emplacement d’un ancien oppidum, lui-même édifié sur une structure protohistorique. Gassion fut le père d’Auger I, 5ᵉ vicomte de Zuberoa, qui lui succéda et laissa, à sa mort, le vicomté à sa fille Navarra, 6ᵉ vicomtesse de Zuberoa et épouse d’Auger de Miramont. C’est à cette époque que Zuberoa passa sous souveraineté anglaise.

Aliénor d’Aquitaine

Le duc d’Aquitaine restait le souverain des pays situés entre la Loire et les Pyrénées. À Guy-Geoffroy (1058-1086) succédèrent Guillaume IX le Troubadour (1086-1127) et Guillaume X (1127-1137). Ce dernier, qui avait désigné sa fille Aliénor comme héritière, avait demandé avant de mourir aux rois de France de la marier. Ainsi, en 1137, Aliénor épousa Louis, héritier du royaume de France, apportant en dot le Poitou, l’Aquitaine et la Gascogne, et trois mois plus tard, Aliénor devint reine de France. Mais lors de sa croisade en Palestine, des dissensions apparurent entre les époux et, en 1152, Louis VII fit annuler le mariage. La même année, Aliénor épousa Henri Plantagenêt, comte du Maine et d’Anjou, duc de Normandie, et deux ans plus tard, il fut couronné roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II (Dupuy, 1973 ; Pernoud, 1965). Voir Aliénor d’Aquitaine.

Rivalité franco-anglaise

Ainsi, Zuberoa, l’Aquitaine et la Gascogne devinrent, pendant trois siècles, vassaux de l’Angleterre. Les domaines du nouveau couple constituaient un État englobant la moitié de la France. Les rois de France et d’Angleterre, jusqu’alors rivaux, devinrent ennemis. En effet, vassal du roi de France pour ses possessions continentales, Henri Plantagenêt était, en tant que roi d’Angleterre, l’égal de son souverain en dignité et pouvoir. De cette situation ambiguë naquit un état de guerre quasi permanent jusqu’en 1453. Grâce à sa position géographiquement périphérique, Zuberoa souffrit moins des conséquences de cette rivalité franco-anglaise que d’autres régions, sans pouvoir toutefois rester totalement à l’écart des conflits et conserver son indépendance.


Tableau des vicomtes de Zuberoa et ducs d’Aquitaine

Vizcomtes de Zuberoa Ducs d’Aquitaine
c. 1023-1040 Guillaume Fort  
c. 1040-1085 Raimundo Guillaume 1058-1086 Guy Geoffroy
c. 1085-1120 Guillaume-Raimundo (G. Fort II) 1086-1127 Guillaume IX le Troubadour
c. 1120-1130 Gassion 1127-1137 Guillaume X
c. 1130-1150 Auger I 1137 Aliénor
c. 1150-1170 Navarra 1154-1189 Henri II
c. 1170-1178 Bernard Sancho 1189-1199 Richard I C. de León
1178-1200 Raimundo Guillaume II 1199-1216 Jean Sans Terre
1200-1230 Raimundo Guillaume III 1216-1272 Henri III
1230-1244 Raimundo Guillaume IV  
1244-1257 Raimundo Guillaume V  
1257-1261 Auger III 1272-1307 Édouard I
1296-1307 Auger III  

Renforcement des liens avec la Navarre

Dans ses premières années, l’administration anglaise respecta les institutions locales et les vicomtes continuèrent à gouverner Soule comme avant elle. Bernard Sancho, 7ᵉ vicomte de Soule, succéda à sa tante, Navarre, vers 1170 et mourut en 1178. Raymond Guillaume II, son parent éloigné, lui succéda comme 8ᵉ vicomte de Soule. À partir de lui, on voit comment les liens avec la Navarre se resserrent encore davantage, sans doute pour contrebalancer l’influence anglaise (Goyhenetche, Op. cit., 70 et 132). En 1196, il se rendit à Olite pour soumettre à jugement par Sanche le Fort, roi de Navarre, un différend l’opposant à Gaston VI, vicomte de Béarn (Jaurgain, 1898, I, 87-90 ; II, 457-481). Il mourut en 1200 en laissant pour héritier son fils, Raymond Guillaume III, 9ᵉ vicomte de Soule, qui fut témoin de l’hommage rendu à Sanche le Fort par Vivien II, seigneur de Gramont, en 1203. L’année suivante, Alphonse VIII, roi de Castille, envahit Soule et Labourd pour revendiquer les droits de sa femme en Gascogne. En effet, il avait épousé Éléonore, fille du roi Henri II. Une alliance entre le roi de Navarre et Jean sans Terre, roi d’Angleterre, força le roi de Castille à mettre fin à son entreprise et Soule demeura anglaise.

Entre Navarre et Angleterre

Raymond Guillaume III fut succédé par son fils, Raymond Guillaume IV, 10ᵉ vicomte de Soule. Il prêta serment de vassalité à Thibaut Ier, roi de Navarre, en 1234 et lui rendit hommage pour le château de Mauléon, lui promettant de combattre pour lui contre tous ses ennemis, sauf le roi d’Angleterre (Jaurgain, loc. cit.). Il mourut en 1244 et fut le père de Raymond Guillaume V, 11ᵉ vicomte de Soule, qui s’opposera ouvertement au roi-duc Henri III. Jusqu’alors, les Souletins n’avaient pas eu de plaintes contre la tutelle anglaise, assez libérale, qui respectait les coutumes et institutions du pays. Les Anglais étaient loin et préoccupés par d’autres affaires sur le continent. Cependant, les vicomtes, habitués à une indépendance presque absolue, comme ceux du Labourd ou de leurs voisins du Béarn, n’acceptèrent pas facilement ce partage du pouvoir. Celui du Labourd dut céder le premier et, à partir de 1193, les vicomtes furent remplacés par des baillis nommés par le roi. Quant aux vicomtes du Béarn, ils réussirent progressivement à recouvrer leur souveraineté, devenue un fait acquis sous Gaston Fébus (1343-1391) (Tucoo-Chala, 1981). Entre les deux, les vicomtes de Soule résistèrent mais finirent par céder à la longue.

Difficultés anglaises sur le continent

Le domaine continental des Plantagenêts avait diminué, tel une peau de chagrin, sous les assauts des Capétiens. En 1204, Philippe Auguste avait enlevé la Normandie à Jean sans Terre, fils d’Éléonore et de Philippe II ; l’année suivante, l’Anjou et la Touraine. En 1224, c’est Louis VIII qui soumettait le Poitou et la Saintonge ; il ne restait à Henri III que l’Aquitaine. Enfin, en 1242, il tenta de récupérer La Rochelle mais, vaincu à Taillebourg par Louis IX, futur Saint Louis, il se retira et se retrancha à Bordeaux. Raymond Guillaume V participa-t-il à ces combats aux côtés des Anglais ? On ne sait pas, mais il reçut plusieurs convocations pour services militaires en 1242 et 1243. Il fut également invité à rendre hommage à Henri III à Bordeaux en 1243 et à se rendre à la cour de Saint-Sever pour exposer ses plaintes et obtenir justice (Jaurgain, loc. cit.). En fait, son cœur penchait davantage vers la Navarre et, le 13 juillet 1244, il renouvela devant Thibaut Ier l’hommage que son père lui avait rendu dix ans auparavant, allant jusqu’à promettre son aide si le roi d’Angleterre envahissait ses terres (Moret, Annales…, L. 21).

(Le texte original du serment en ancien français reste inchangé dans la traduction.)

Premiers affrontements avec les Anglais

La défaite de Taillebourg et la faiblesse d’Henri III encouragèrent les révoltes des seigneurs gascons et, en 1245, régnait la plus grande anarchie du Garonne aux Pyrénées. Le vicomte de Béarn, Gaston VII, engagea Raymond Arnaud de Tartas, vicomte de Dax, Raymond Guillaume, vicomte de Soule, les seigneurs de Gramont et les Navarrais dans une ligue qui dévasta le Labourd. Le désordre fut tel qu’Henri III réagit et confia en 1248 la mission de rétablir l’ordre à son beau-frère, Simon de Montfort, comte de Leicester, connu pour son caractère inflexible. Il établit une cour de justice à Saint-Sever où il convoqua les seigneurs gascons séditieux. Gramont fut capturé et emprisonné, le vicomte de Soule s’abstint de se présenter et Gaston de Béarn obtint une trêve d’un an (Lober et Laborde, 1927 : 5-34). Raymond Guillaume s’était retranché dans son château de Mauléon. Les hommes du comte l’attaquèrent, le prirent et le vicomte de Soule dut se soumettre, signer la paix avec les Anglais en 1252 et s’engager à verser 10 000 sous morlans de rançon (Jaurgain, loc. cit.).

Le château de Mauléon

Simon de Montfort mit donc fin à la révolte des seigneurs gascons avec grande rigueur et, en 1251, les représentants gascons se rendirent à la Cour d’Angleterre pour se plaindre. Afin de les satisfaire, Henri III retira le gouvernement de Gascogne à Simon en 1252 et le remit à son fils aîné, le prince Édouard, déjà investi du duché d’Aquitaine en 1249. Édouard possédait quelques châteaux bien situés pour assurer la protection de son duché, mais ils étaient insuffisants. D’où sa politique de renforcement de son système défensif par achats, échanges ou confiscations. Le château de Mauléon occupait une position privilégiée entre Navarre, Aragon et Béarn (Trabut-Cussac, 1972), ce qui explique sans doute l’acharnement employé pour le prendre, surtout qu’il ne pouvait accorder qu’une confiance limitée au vicomte de Soule, qui cherchait seulement à échapper à la souveraineté anglaise.

Guerre et traité de 1256

Le 23 octobre 1254, le prince Édouard confia à Guillaume Arnaud de Tardets, bailli du Labourd et homme de confiance des Anglais, l’administration de Soule jusqu’au paiement de la somme due par Raymond Guillaume (Trabut-Cussac, 1972). Le vicomte de Soule n’accepta pas cette tutelle et de nouveaux incidents eurent lieu en 1255. Finalement, un traité de paix fut conclu entre Raymond Guillaume et le sénéchal de Gascogne, Étienne Longue-Épée, le 28 septembre 1256. Chaque partie jurait de respecter la paix, l’une envers l’autre et envers le prince Édouard. De plus, en expiation de ses fautes, le vicomte de Soule s’engagea à envoyer en pèlerinage outre-mer les chevaliers Guillaume Arnaud de Sibas et Bertrand de Uhart ainsi que les jeunes nobles Sancho Arnaud de Ruthie et García Arnaud de Charritte (Bémont, 1914).

Mort de Raymond Guillaume

Malheureusement, la paix dura peu car le prince Édouard était déterminé à posséder, d’une manière ou d’une autre, le château de Mauléon. Le 24 août 1257, à Sauveterre de Guyenne, García Arnaud, seigneur de Naveilles et de Laguinge, s’engagea sous serment à « aider le roi d’Angleterre et son fils, le prince Édouard, à occuper et garder le vicomté de Soule et le château de Mauléon, même par la guerre » (Bémont, op. cit.). C’est là l’un des événements les plus tristes de l’histoire des vicomtes. García Arnaud de Naveilles et le sénéchal Longue-Épée envahirent Soule et s’emparèrent du château de Béloscar d’Aroue. Raymond Guillaume périt, les armes à la main, en défendant sa terre, en 1257 (Jaurgain, loc. cit.).

Nouveau traité de paix

La veuve de Raymond Guillaume V, la vicomtesse Marquesa, et ses enfants poursuivirent la lutte, mais le vicomte de Béarn intervint et une nouvelle paix fut conclue le 11 octobre 1257 à Mauléon.
(Texte original du traité inchangé pour conserver l’exactitude historique.)

Auger cède le vicomté en 1261

Auger, fils de Raymond Guillaume, 12ᵉ et dernier vicomte de Soule de la famille de Mauléon, succéda à son père en 1257 et reprit la guerre contre les Anglais l’année suivante. Le 12 décembre 1258, B. García, seigneur d’Osserain, remit son château à Ispan de Domezain, représentant du prince Édouard, pour toute la durée de la guerre de Mauléon, promettant fidélité au prince et aux siens (Lober et Laborde, Bémont, loc. cit.). Auger défendit son petit État avec tant de courage que le sénéchal Longue-Épée et ses troupes durent l’évacuer (Jaurgain, loc. cit.). Mais le prince Édouard ne renonçait pas à son projet d’occuper le château de Mauléon. En 1260, il se rendit en Gascogne pour traiter certains dossiers et, le 28 octobre 1261, Gaillard del Soler, chargé d’informer le roi Henri III des activités de son fils, écrivit :
« Sachez, très excellent seigneur, que le prince Édouard est en très bon état et prospère, et qu’il a parfaitement réglé ses affaires en Gascogne, Dieu merci. Gaston de Béarn est avec lui et tous deux se dirigent vers le château de Mauléon » (A.D.P.A., E 355).

Le 3 novembre, le prince Édouard se trouvait en personne devant Mauléon, où il convoqua ses troupes. Suite à cette démonstration militaire et aux appels du pape, qui lui permirent de sauver la face, Auger se soumit à la force et céda son vicomté au prince Édouard le 3 novembre 1261, en échange des villages de Laharie, Saubusse, Saas et Angoumé et de la terre de Marensin (Bémont, loc. cit.).

La Guyenne
Zuberoa passa donc sous l'administration directe du roi-duc. Pendant ce temps, Henri III avait signé avec Saint-Louis, en décembre 1259, le traité de Paris, par lequel il abandonnait toute prétention sur la Normandie, l’Aunis et l’Anjou, et reconnaissait son vasselage au roi de France pour la Gascogne. C’est à partir de ce moment que le domaine attribué aux Anglais prend le nom de Guyenne. Quant à Auger de Mauléon, nous le retrouverons au service du roi de Navarre. Le 27 août 1274, il assiste, en tant que chevalier et riche homme, à l’assemblée des États de ce pays (Jaurgain, Op. cit., t.II). Édouard avait succédé à son père Henri III sur le trône d’Angleterre en 1272. Au cours des deux années suivantes, il effectua personnellement un état des lieux de son domaine gascon, qui lui révéla qu’il était mal protégé et que son autorité faiblissait, notamment là où elle était peu visible (Trabut-Cussac, Op. cit.). Il jugea nécessaire de renforcer les capacités défensives de ses forteresses et entreprit les travaux pour y parvenir. C’est ainsi qu’il ordonna de multiples réparations et fortifications du château de Mauléon.

Les bastides
Mais les forteresses seules ne suffisaient pas à protéger le duché dans les régions frontalières. Il fallait également des villes dont les habitants, par leur fidélité et leur activité, serviraient de bases à l’expansion du pouvoir du roi-duc. On créa donc de nouvelles villes ou bastides : Bonnegarde en 1283, Hastingues en 1289, Sorde en 1290 (Trabut-Cussac, 1954). Si Zuberoa faisait partie de la Gascogne anglaise, le Béarn, au contraire, avait fini par constituer, au XIIIe siècle, un État souverain. Ainsi, les bastides créées par le roi-duc apparaissaient comme autant de postes de surveillance de la frontière anglo-béarnaise (Tucoo-Chala, 1973). De leur côté, les vicomtes de Béarn créèrent un grand nombre de bastides entre 1281 et 1357, près des frontières : Bellocq, Labastide-Villefranche, Garlin, Nay, Montaut, Lestelle. Leur création poursuivait le même objectif que celui du roi d’Angleterre :

« assurer le peuplement de points stratégiques importants pour défendre le Béarn contre des invasions toujours possibles » (Tucoo-Chala, Op. cit.).

La bastide de Mauléon
C’est dans ce contexte d’insécurité permanente de la frontière anglo-béarnaise qu’il faut situer la création de deux bastides à Zuberoa : Villeneuve-les-Tardets en 1299 et Mauléon. La première fut créée par Auger de Mauléon, à son retour à Zuberoa et lors de sa tentative d’indépendance. Il espérait encore profiter des rivalités entre les rois de France et d’Angleterre pour se maintenir dans son pays. L’issue révéla qu’il n’avait pas la stature nécessaire pour s’opposer au roi-duc. Quant à la bastide de Mauléon, nous ne connaissons malheureusement pas la date de sa construction. Elle est mentionnée en 1387 par un notaire de Navarrenx : « Lo marcadiu et bastide de Mauléon » (Raymond, 1863), mais sa naissance s’inscrit sans doute dans le mouvement de création de nouvelles villes, entre 1281 et 1360. À cet égard, un document intéressant existe aux Archives départementales de la Haute-Garonne. Daté du 4 juin 1373, il s’agit d’une autorisation accordée aux habitants de Mauléon, dans le diocèse d’Oloron, pour ériger dans l’enceinte de la ville une chapelle qui, dépendant de l’ordre de Saint-Jean, serait annexée à l’église paroissiale. Les frais de construction et d’entretien seraient à la charge des habitants. La requête des habitants, rédigée en roman, est accompagnée de la recommandation favorable de l’évêque et de l’approbation du chapitre (Pasquier, 1927).

L’église de la Ville Haute
Ce document nous confirme donc que la ville de Mauléon est antérieure à 1373. Si ses habitants désiraient une chapelle dans l’enceinte de la ville, c’est parce que Saint-Jean de Berraute, qui servait d’église paroissiale, se trouvait assez loin du bourg. La raison est que cette église appartenait à la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem, bien antérieure à la bastide de Mauléon, comme nous l’avons déjà vu. Quant à la nouvelle église, située au cœur du bourg que les Mauleonais appellent aujourd’hui « Haute-Ville », elle ne sera qu’un annexe de Saint-Jean de Berraute et dépendra, comme celle-ci, de l’ordre de Malte. Dédiée à Notre-Dame, elle fut remaniée au fil des siècles, pour prendre sans doute au XVIIe siècle l’aspect que nous connaissons aujourd’hui, celui d’une église suletine avec clocher-calvaire. Il faut souligner que, malgré la distance, les Mauleonais restèrent fidèles à leur église paroissiale primitive jusqu’à la fin du XIXe siècle, lorsqu’elle fut remplacée par celle existant aujourd’hui à Licharre. À la même époque fut démolie une chapelle, également située à Licharre, au bout de l’allée.

Le plan des bastides
Les habitants d’une bastide s’administrent eux-mêmes, au moyen de « jurats » municipaux, et formaient une communauté de « voisins ». L’autorité vicomtale ou royale était représentée par un bayle (Tucoo-Chala, Loc. cit.). Le plan des bastides était généralement le même. À Mauléon, comme à Tardets et dans d’autres bastides, nous trouvons une grande place centrale rectangulaire, qui est aussi l’artère principale, bordée de maisons dont le premier étage, en saillie, est (ou était) soutenu par des piliers ou des arcades, formant ainsi des galeries couvertes sous lesquelles pouvait se tenir le marché. Les rues débouchaient aux quatre angles de la place, au centre de laquelle se trouvait la halle (Tucoo-Chala, Loc. cit.). Il faut ajouter que ni Tardets ni Mauléon ne privèrent Licharre de sa position de capitale traditionnelle. Mauléon elle-même fut considérée comme un corps étranger dans le pays ; on peut lire dans les Cahiers de doléances, à la veille de la Révolution française, que « Mauléon est aussi étrangère au pays que si elle était en Turquie… » Voir Bastida.

Édouard Ier à Mauléon
Ayant éclaté en 1282 une révolte au Pays de Galles, Édouard se prépara à affronter ses ennemis et la noblesse de Gascogne accourut en nombre pour se placer sous son étendard. Parmi les seigneurs gascons figure un Auger de Mauléon (Trabut-Cussac, Loc. cit.). S’agit-il de notre vicomte ? C’est peu probable, mais c’est sans doute un membre de la famille vicomtale. Édouard Ier visita Oloron en juillet 1287 pour conclure le mariage de sa fille Aliénor avec le roi d’Aragon, Alphonse III, alors âgé de 22 ans. À cette occasion, durant plusieurs mois, il y eut joutes et tournois, danses, banquets et fêtes somptueuses auxquelles participèrent des seigneurs des deux cours. À son retour, le roi d’Angleterre s’arrêta à Mauléon le 19 août, montrant une fois de plus l’intérêt qu’il portait à ce château (Bémont, Op. cit.).

Retour d’Auger à Zuberoa
En 1294, les ilités entre la France et l’Angleterre reprirent. Sous prétexte de la mort d’un marin normand, survenue lors d’une rixe dans les rues de Bayonne, et du sac de La Rochelle par des marins anglo-saxons, les Français envahirent le duché. Le 12 juillet 1294, Édouard convoqua tous les barons de Guyenne, parmi lesquels Auger de Mauléon (Jaurgain, Loc. cit.). Celui-ci, loin d’obéir aux ordres de son souverain, se déclara en faveur de Philippe le Bel, roi de France et de Navarre. Auger profita de cette guerre pour se rétracter des dispositions qui lui avaient été imposées par la force en 1261 et récupérer Zuberoa, qu’il confia à Raimond Arnaud, seigneur de Laas, nommé capitaine-châtelain de Mauléon. En 1303, Édouard Ier et Philippe le Bel signèrent la paix à Paris et le duché d’Aquitaine fut restitué au roi-duc.

Sortie du dernier vicomte de Zuberoa
Auger, qui avait fondé en 1299 la bastide de Villeneuve-les-Tardets, occupait toujours le château de Mauléon et le vicomté de Zuberoa. Conclue la paix avec la France, Édouard Ier put se consacrer à rétablir l’ordre dans son duché. À nouveau, après les multiples instances du pape Clément V et de Philippe le Bel, Auger dut remettre le château de Mauléon et le vicomté à Louis Hutin, roi de Navarre, qui lui donna en échange, le 17 juillet 1307, la seigneurie de Rada. Ensuite, Louis Hutin céda Zuberoa et son château au roi d’Angleterre (Jaurgain, Loc. cit.). Auger se retira en Navarre où il fut nommé, en 1307, alférez mayor, c’est-à-dire porte-étendard royal, de fait première autorité de l’armée navarraise. En 1318 mourut le dernier vicomte de Zuberoa, de la famille de Mauléon. Le titre sera désormais détenu par le souverain effectif, le roi d’Angleterre-duc d’Aquitaine, puis, plus tard, par le roi de France (Jaurgain, Loc. cit.).

Les capitaines-châtelains jusqu’à la guerre de Cent Ans
Nous avons vu comment, en 1307, Auger de Mauléon, dernier vicomte de Soule, dut se soumettre au roi d’Angleterre Édouard II, qui venait de succéder à son père et lui ordonnait de respecter le contrat de 1261. Pour éviter d’obéir directement à Édouard, Auger abandonna sa vicomté à Louis X, roi de Navarre, qui la transmit ensuite au roi d’Angleterre. Édouard II nomma à nouveau des capitaines-châtelains de Mauléon pour le représenter et gouverner la Soule en son nom. En 1307, il s’agissait de García Arnaud de Ezpeleta, puis Fortaner de Batz ; en 1308, Pierre Pelet ; de 1309 à 1319, Odon de Miossens ; et de 1319 à 1350, Raymond de Miossens (Jaurgain, 1885).

Relations avec la Navarre
En 1327, Pierre Raymond de Rabastens, gouverneur du roi de Navarre, réclama la contribution que les Souletins n’avaient pas versée depuis qu’ils étaient sous domination anglaise : à savoir 10 vaches avec une tache blanche sur le front et quatre saumons. La Cour générale de la vicomté se réunit alors pour reconnaître ses obligations et tributs envers les rois de Navarre, et les Souletins payèrent cette contribution, correspondant aux droits de pâturage sur certaines terres communes du royaume de Navarre (Jaurgain, op. cit.). Divers incidents eurent lieu peu après entre les Souletins et les habitants de la vallée de Cize (Basse-Navarre), mais en 1328, le seigneur de Gramont, gouverneur de la merindad d’Ultrapuertos, rétablit la paix et signa une convention avec Raymond de Miossens (Jaurgain & Ritter, 1968).

Causes de la guerre de Cent Ans
Jusqu’alors, la question du duché d’Aquitaine et de l’hommage dû au roi de France avait été le principal motif de rivalité franco-anglaise. Mais à la mort de Charles le Bel en 1328, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, revendiqua des droits sur la couronne de France supérieurs à ceux de Philippe de Valois. Dès lors, le conflit devint dynastique et la guerre de Cent Ans commença (1337–1453). La Soule eut la chance de se trouver éloignée du champ de bataille, étant entourée par la Gascogne, la Navarre, le Béarn et l’Aragon, et ne partageant aucune frontière avec la France. Quant au Béarn, ses vicomtes cherchèrent à le maintenir neutre le plus longtemps possible. Finalement, Gaston II de Foix, vicomte de Béarn, se rangea du côté du roi de France. Pour le récompenser de ses services, Philippe VI lui accorda, en novembre 1339, Mauléon et la vicomté de Soule, à condition qu’il parvienne à les arracher aux Anglais.

Les débuts de la guerre (1337–1360)
En 1337, Philippe VI prononça la confiscation de la Guyenne, et Édouard III répondit en défiant « celui qui se dit roi de France », se proclamant lui-même roi de France en 1340. Dans un premier temps, les Français subirent de lourdes défaites : Philippe VI fut battu à Crécy en 1346, et son fils, Jean le Bon, qui lui succéda en 1350, fut écrasé à Poitiers en 1356 par le Prince Noir, fils aîné du roi d’Angleterre, et emmené prisonnier à Londres. Le traité de Brétigny en 1360 accorda à Édouard III un quart du royaume, après quoi il renonça à la couronne de France et transforma son nouveau domaine continental en principauté pour le Prince Noir.

Une révolte des Souletins
Entre-temps, Raymond Guillaume de Caupenne succéda à Raymond de Miossens comme châtelain de Mauléon en 1350. En 1357, une révolte des Souletins éclata à propos d’un impôt, le droit d’auberge, qu’ils refusèrent de payer, mais les incidents furent rapidement réprimés. Le principal instigateur de la révolte, Arnaud Guillaume de Olhaiby, fut emprisonné et ses biens confisqués (Jaurgain, loc. cit.). En 1377, Édouard III ordonna un recensement général des maisons de la Soule et des impôts qu’elles devaient payer. Ce recensement est connu sous le nom de Recensement Gothique (Ciérbide éd., 1994).

Soule et Béarn
En Gascogne comme en France, les petits seigneurs profitaient de la guerre pour constituer des bandes de routiers (hors-la-loi) qui dévastaient le pays. La Soule ne put les éviter et subit les pertes qui en résultèrent. De plus, face à l’incapacité du souverain anglais à les protéger, de nombreux villages se tournèrent vers le vicomte de Béarn, Gaston III Fébus, pour lui demander de garantir leur sécurité. Il accepta de placer une garnison dans les villages, mais en contrepartie, exigea le paiement de l’entretien des soldats ainsi qu’une somme représentant le prix de la protection. L’opération fut avantageuse pour le Béarnais, non seulement financièrement, mais aussi politiquement, car elle esquissait un début de transfert de souveraineté dont il espérait tirer profit ultérieurement (Tucoo-Chala, op. cit.). Ainsi, le 11 juillet 1375, les Souletins, accablés par les pillages incessants, envoyèrent une délégation auprès du vicomte de Béarn pour lui demander sa protection contre paiement (A.D.P.A., E 302, fol. 82). L’accord fut conclu le 5 septembre : Gaston acceptait de protéger Mauléon contre le paiement de 4 000 francs d’or, et une garnison béarnaise fut installée dans le château. N’ayant pas payé la totalité des 4 000 francs prévus, le châtelain, accompagné d’une délégation de bourgeois, se rendit publiquement à Orthez pour demander pardon. Fébus, peu clément, les fit emprisonner et les condamna à une amende (Tucoo-Chala, loc. cit.).

La protection de Gaston Fébus
Mais il fallait encore davantage pour dissuader les Souletins. Le 2 octobre 1382, Guiraud de La Mothe, commandeur de Saint-Jean de Berraute, et Arnaud Sanz, curé de Chéraute, se rendirent à Orthez et déclarèrent, au nom de tous les bourgeois, être au service du vicomte de Béarn (Menjoulet, op. cit.). Le 3 janvier 1383, plusieurs habitants de la Soule se placèrent sous la protection de Gaston Fébus, le reconnaissant également comme une sorte de souverain de fait, sinon de droit. Cette décision se révéla judicieuse et cette protection ne fut pas vaine. En 1386–1387, un conflit impliquant les rois de France et d’Angleterre mobilisa les souverains de Castille et du Portugal, chacun envoyant des renforts en péninsule Ibérique. Charles III de Navarre autorisa le passage par Roncevaux de 2 000 lanciers du duc de Bourbon. Gaston Fébus apprit que les Français, ayant traversé le col de Roncevaux, prévoyaient de dévaster la Soule, territoire anglais. Après avoir reçu Louis de Bourbon à Orthez et organisé des festivités somptueuses, il obtint de lui qu’il épargnât la Soule (Tucoo-Chala, loc. cit.).

Les Beaumont
Charles de Beaumont, noble et alférez royal de Navarre, fils naturel de l’infant Louis de Navarre, succéda à Raymond Guillaume de Caupenne dans le gouvernement de la Soule en 1385, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1432 (Jaurgain, 1885). Cette nomination démontre les liens étroits existant alors entre la Navarre et l’Angleterre. Henri VI, roi d’Angleterre, nomma son oncle Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, châtelain de Mauléon le 12 février 1434, mais il n’exerça jamais personnellement cette fonction et mourut en 1446. Louis de Beaumont, qui succéda à son père dans le gouvernement de la Soule, porta initialement le titre de lieutenant et châtelain de Mauléon. Jean de Foix, comte de Candale, fut choisi pour remplacer le duc de Gloucester en 1446, mais ne vint jamais à Mauléon et mourut en Angleterre en 1485 (Jaurgain, op. cit.). Louis de Beaumont, connétable de Navarre et lieutenant du duc de Gloucester, continua à gouverner la Soule comme il le faisait depuis la mort de son père Charles de Beaumont. Henri VI lui accorda l’usufruit du château de Mauléon par lettre du 16 mai 1447 (Jaurgain, loc. cit.). Louis de Beaumont fut le dernier châtelain de Mauléon nommé par le roi d’Angleterre. Sous son administration, la Soule fut ravagée par les rivalités entre Beaumont et Agramont ; c’est également sous son mandat que la domination anglo-gasconne fut remplacée par la domination française.

Les Luxe et les Gramont
Aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, et sans que l’on connaisse bien les raisons, deux factions rivales, celle des Gramont (ou Agramontais) et celle des Luxe (ou Luxétans), se livrèrent à une guerre sanglante, d’abord en Basse-Navarre, puis en Soule et en Haute-Navarre. Tout servait de prétexte à des assassinats, pillages et incendies, et chaque chef de clan entraînait avec lui une série de parents et d’alliés. Le premier document connu concernant ces factions date de 1316. Amanieu VIII, seigneur d’Albret, vint présider la Cour Générale du Pays de Mixe et décida que :

« Les seigneurs de Gramont et de Luxe, s’ils décident d’avoir des compagnons d’armes, fourniront leurs noms au bal du seigneur et seront responsables des désordres qui pourraient survenir »

(Jaurgain, loc. cit.).

Les camps en Soule
En 1370, l’héritière de Luxe épousa Arnaud Sancho, seigneur de Tardets, qui fut fait chevalier le 9 mai 1380 par le roi de Navarre, Charles III le Noble (Nogaret, 1931). Les seigneuries de Luxe et de Tardets furent dès lors unies, et la guerre entre Agramontais et Luxétans s’étendit à la Soule. Les souverains de Navarre tentèrent à plusieurs reprises, en vain, de réconcilier les factions dont les luttes minaient leur autorité. Le 2 avril 1384, le roi de Navarre, Charles II le Mauvais, visita Saint-Jean-Pied-de-Port où comparurent devant lui les principaux belligérants : pour les Agramontais Arnaud Raimundo I de Gramont, riche homme de Navarre ; pour les Luxétans, Arnaud Sancho de Tardets, baron de Luxe, riche homme de Navarre, et Martín Sancho de Domezain, également riche homme (Aguergaray, 1973).

La chapelle Saint-Antoine
« Les comparants déclarèrent se soumettre au jugement que rendrait plus tard le roi à Pampelune, sous peine de trahison et de 1 000 marks d’argent chacun »

(Aguergaray, op. cit.).

Le roi le fit ainsi à Pampelune le 23 février 1385 et les seigneurs acceptèrent le traité de paix. Afin que ce traité perdure dans le temps, le roi ordonna la fondation d’une chapelle qui serait appelée la Chapelle de la Paix sous l’invocation et le nom de Saint-Antoine, où une chapellenie perpétuelle serait chantée et célébrée par lui et par les rois ses prédécesseurs, ainsi que pour les morts des partis agramontais et luxétans victimes des luttes auxquelles le traité mettait fin. Voici donc l’acte fondateur de la chapelle Saint-Antoine de Musculdy (Aguergaray, loc. cit.), aux confins de la Soule et de la Basse-Navarre. Malheureusement, cette paix fut rompue quelques années plus tard et la guerre entre les deux camps dura jusqu’au XVIᵉ siècle.

Les luttes en Navarre
En favorisant Luis de Beaumont, le parti de Luxe devint le parti Beaumontais, et le conflit s’étendit à la Haute-Navarre. À la mort de Charles III en 1425, surgit la question dynastique qui radicalisa le conflit en identifiant chaque camp à la cause du Prince de Viana ou à celle de Jean d’Aragon. Charles III laissa pour héritière Blanche, mariée à Jean d’Aragon. Elle eut trois enfants : Blanche, Éléonore, mariée à Gaston de Foix, vicomte de Béarn, et le Prince de Viana. En attendant la majorité de ce dernier, Jean d’Aragon prit la régence. Les luttes commencées en Haute-Soule en 1450 durèrent de nombreuses années. Les Beaumontais, dirigés par Luis de Beaumont, comte de Lerín, et la famille de Luxe défendirent la cause du Prince, tandis que les Agramontais, dirigés par les Gramont, soutinrent Jean d’Aragon. Voir Agramontais et Beaumontais, Bando, Luxe, etc.

La chanson de Bereterretx
Cette chanson date, selon Jaurgain (1899), de cette époque. Cette complainte souletine relate, de manière émouvante, l’assassinat d’un jeune homme par les partisans du comte Luis de Beaumont. Selon la tradition, la victime appartenait à la maison de Bereterretx de Larrau, ce qui correspond aux indications géographiques fournies par la ballade : la vallée d’Andoze se situe entre Larrau et Licq, Bosmendia (Bostmendiette) est une montagne séparant Larrau de Lacarry, et la maison de Bustanoby se trouve dans cette dernière localité. Enfin, le quartier d’Ezpeldoi(pe) est situé à Etchebar, près d’Athérey. Une stèle discoïdale datant du XVᵉ siècle s’élève encore à l’endroit où fut tué le malheureux Bereterretx (Colas, op. cit.). Sur l’une des faces de cette pierre, un personnage représente sans doute le corps de la pauvre victime, les bras étendus. Au-dessus, on peut lire les caractères J.H.S. Ma, pour Jésus Marie, accompagnés du soleil et du croissant lunaire. Sur l’autre face, deux arcs bandés, chacun avec une flèche, indiquent probablement comment Bereterretx fut tué (Colas, loc. cit.). Voir Bereterretx, Cantar de.

Le Grand Schisme d’Occident : évêques à Mauléon
En cette période cruelle, troublée par la guerre entre la France et l’Angleterre, et surtout par la guerre civile qui ensanglantait le pays de Soule, l’Église connut également une division en deux camps lors du Grand Schisme d’Occident durant près de 40 ans. En 1378, voulant les cardinaux transférer le Papauté d’Avignon à Rome, ils élurent un pape italien à Rome, Urbain VI ; mais les cardinaux français en élurent un autre à Avignon, Clément VII. En choisissant chacun leur pape, les pays chrétiens se divisèrent en deux. Finalement, le concile de Constance obtint l’unité autour de Martin V, en 1417. Comme le reste du Béarn, la France et la Navarre, Oloron était pour l’obédience d’Avignon, tandis que la Soule, faisant partie du même diocèse, était pour l’obédience de Rome sous l’Angleterre. Il y eut donc deux évêques, l’un résidant à Oloron et l’autre à Mauléon. Haristoy (op. cit.) fournit la liste des évêques d’obédience romaine ayant résidé à Mauléon : Orgier Villesongues, douteux, 1378 ; Pierre de Montbrun, administrateur, 1404 ; Pierre Salet, 1412. Mais ce point n’est pas bien connu ; Menjoulet (op. cit.), beaucoup moins affirmatif, écrit :

« Peut-être même nos évêques du parti de Rome auraient-ils établi leur résidence ordinaire à Mauléon depuis Guillaume d’Assat... et Pierre Salet, bien qu’ayant le titre canonique d’évêque d’Oloron, ne possédait une juridiction reconnue que sur cette portion de son diocèse (Soule) ».

Fin de la Guerre de Cent Ans
Après le traité de Brétigny, consacrant la victoire des Anglais, Charles V (1364-1380) remit de l’ordre en France et, avec l’aide de Du Guesclin, récupéra la majeure partie des territoires perdus. Sous Charles VI (1380-1422), retour de balancier et victoire anglaise à Azincourt (1415). Finalement, Charles VII, réfugié à Bourges, put se faire sacrer roi de France à Reims (1429), grâce à Jeanne d’Arc. Peu à peu, il reconquit le royaume et, à partir de 1438, la guerre se déroula principalement en Gascogne. En 1442, Charles VII s’empara de Saint-Sever et de Dax, et en 1450, la guerre se généralisa en Gascogne. Enfin, en 1453, après la victoire française de Castillon, les Anglais ne conservèrent que Calais sur le continent. Charles VII, le Victorieux, mit fin à la guerre de Cent Ans.

Le siège de Mauléon
En 1443, Charles VII confia la charge de lieutenant général de Guyenne et de Gascogne à Gaston IV de Foix, vicomte de Béarn. Celui-ci n’avait pas oublié qu’un siècle plus tôt, le roi de France, Philippe VI, avait accordé la vicomté de Soule à Gaston II de Foix s’il parvenait à la reprendre aux Anglais. Il fallut attendre tout un siècle, mais le moment était venu. En juillet 1449, Gaston de Foix, accompagné de 600 à 700 lances et de 10 000 arbalétriers, vint mettre le siège devant Mauléon. Les habitants de la ville se rendirent rapidement, mais Luis de Beaumont, connétable de Navarre, tenant du château, refusa de se rendre.

Fin de la domination anglo-gasconne (1449)
Face à cela, le roi de Navarre, à la tête de 6 000 hommes, accourut au secours de son connétable. Mais, voyant la puissance de l’armée du comte de Foix, qui était son gendre, il demanda à négocier avec lui. Lors de l’entrevue, il lui fit part de son mécontentement, ayant promis au roi d’Angleterre de conserver cette place, raison pour laquelle il y avait placé son connétable. Le comte de Foix lui répondit qu’il était le lieutenant du roi de France et que c’était sur son mandat qu’il avait mis le siège devant Mauléon, mais qu’il servirait son beau-père autrement, sauf contre le roi de France. Après l’avoir entendu, le roi de Navarre comprit qu’il ne pourrait convaincre son gendre et retourna dans son pays. Alors, les défenseurs du château, voyant partir leur dernier secours, se rendirent vers la mi-septembre. Le comte de Foix promit la vie aux assiégés à condition qu’ils ne reprennent pas les armes contre la France pendant un an. Le seigneur de Luxe, du parti anglais, alla à son tour rendre hommage au roi de France. Une page se tournait pour la Soule, dont l’histoire allait désormais être liée à celle de la France.

Soule béarnaise
Après trois siècles de domination anglo-gasconne, la Soule connut un demi-siècle de domination béarnaise avant de passer définitivement sous celle de la France. Gaston IV de Foix-Béarn avait conquis le château de Mauléon en 1449 au nom de Charles VII, roi de France, rappelant qu’en novembre 1339, Philippe VI avait accordé à Gaston II de Foix le château et la vicomté de Soule à condition qu’il les reprît aux Anglais (A.D.P.A., E 355 et Flourac, 1889). Le vicomte de Béarn se préparait à garder avec zèle la conquête que son prédécesseur n’avait pu réaliser un siècle plus tôt et nomma comme capitaine-châtelain Guimón Dessa. Dès le début de la conquête de Guyenne et de Gascogne par les Français, Gaston s’était rallié à eux et, en 1442, comme récompense de son comportement sous les murs de Dax, il fut fait chevalier par le roi lui-même. L’année suivante, Charles VII lui confia la charge de lieutenant général de Guyenne et de Gascogne, et enfin, en 1458, le fit pair de France. Jusqu’à sa mort en 1461, le roi lui manifesta sa grande amitié et le vicomte de Béarn resta maître de Soule.

Répercussions de la guerre civile de Navarre
Entre-temps, les luttes entre Beaumont et Agramont reprirent avec vigueur tant en Haute-Navarre qu’en Soule. À la mort de la reine Blanche de Navarre, Jean d’Aragon refusa de laisser la couronne à son fils Charles, le Prince de Viana. En 1450, la guerre reprit entre père et fils. Louis de Beaumont, qui venait de perdre le gouvernement de Soule, prit la tête du parti des Luxe, défendant la cause du Prince, tandis que les Agramont défendaient celle de Jean d’Aragon (Jaurgain, 1909 et Narbaitz, 1878). Le Prince fut vaincu et fait prisonnier en 1451. Deux ans plus tard, il fut libéré, laissant comme otages les fils de Louis de Beaumont. En 1455, Jean d’Aragon le déshérita et décréta que la couronne passerait à sa fille Éléonore, épouse du comte de Foix-Béarn. Les deux factions s’affrontèrent encore avec plus de fureur et, selon un vieux manuscrit cité par Menjoulet (op. cit.), on ne vit en Soule « que ruines, dévastation, massacres et extorsions ; le pays s’effondra et n’eut plus ni ordre de justice ni ordre de gouvernement ». En 1461, le Prince de Viana mourut ; sa sœur Blanche, également déshéritée malgré son âge supérieur à celui d’Éléonore, fut remise au comte de Foix qui l’enferma au château d’Orthez, où elle mourut peu après. Éléonore hérita alors de la Navarre mais dut attendre la mort de son père, en 1479, pour être couronnée ; son règne fut bref puisqu’elle mourut quinze jours après son couronnement.

Soule et Louis XI
À son avènement, Louis XI, qui s’était rebellé contre son père, manifesta de l’ilité envers les conseillers et amis du roi défunt. Ainsi fit-il preuve d’ilité envers le comte de Foix, en lui ordonnant, le 15 décembre 1461, de livrer Mauléon et la Soule à ses envoyés. De plus, le jour de son couronnement, le 15 août 1461, il avait juré « d’aimer et d’augmenter son royaume en réunissant les domaines qui lui avaient été séparés, aliénés ou ségrégués ». Gaston se soumit, malgré lui, aux exigences du roi, qui incorpora ainsi la Soule à la couronne de France. Cependant, Gaston fit valoir qu’il avait dépensé plus de 50 000 écus pour la conquête de la Soule et invoqua les droits accordés par les lettres de Philippe VI de 1339. Il lui fut promis que sa réclamation serait examinée (Courteault, 1926). Louis XI manifesta bientôt de meilleurs sentiments envers Gaston IV et maria sa sœur, Madeleine de France, à Gaston, fils et héritier du comte de Foix et d’Éléonore de Navarre. Puis, il conclut une alliance avec Jean II d’Aragon ; la rencontre entre les deux souverains et le comte de Foix-Béarn eut lieu en Soule, le 3 mai 1462, sur le pont d’Osserain, alors passage le plus fréquenté entre Navarre, Béarn et Soule. À la place de Guimón Dessa, Louis XI confia le poste de capitaine-châtelain de Mauléon et de gouverneur de Soule à Guicharnaud de Lescun, puis à Arnaud de Salies. Sous le gouvernement de ce dernier, Mauléon fut frappée, en 1463, par une épidémie de peste qui fit de nombreuses victimes, mémoire transmise par les grands-parents de Pierris de Casalivetery et consignée dans son journal (Jaurgain, 1908). Il y eut tant de morts, nous dit-on, que personne ne pouvait habiter la ville, où l’herbe poussait dans les rues et les maisons.

Entre France et Béarn
En France, dès le début de son règne, Louis XI vit se dresser contre lui les grands seigneurs féodaux. En 1465, ceux-ci formèrent la Ligue dite, sans grand succès, du Bien Public, mais Gaston de Foix-Béarn resta fidèle au roi, qui le nomma lieutenant général en Guyenne et Gascogne. Le 5 mai 1465, Louis XI lui donna 10 000 écus d’or et lui céda, en gage de cette somme, Mauléon et la Soule. Gaston promit de restituer les deux au roi de France le jour où la somme due lui serait remise (A.D.P.A., E 355 et 1 j 158). Quatre ans plus tard, nouvelle actualité : pour séparer son frère Charles des princes mécontents et le gagner à sa cause, Louis XI lui offrit en patrimoine la province de Guyenne. Le 18 septembre 1469, il lui ajouta « en supplément et accroissement du patrimoine, le château, la terre et la seigneurie de Mauléon, avec tous et chacun de leurs appartenances et dépendances, sans autre réserve ni retenue » (Jaurgain, 1885). En février 1470, la vicomté de Soule fut prise, avec protestation du comte de Foix (Arch. Dep., loc. cit.), et Bernard de Sainte Colomme nommé gouverneur de Soule. L’année suivante, nouveau changement : en février 1471, le duc de Guyenne, reconnaissant les droits séculiers du comte de Foix sur Mauléon et la Soule et se conformant à la cession de 1465, remit à Gaston la possession de la vicomté (Courteault, 1927). Gaston IV avait toujours rêvé de posséder la Navarre. Après la mort de Charles, Prince de Viana, et de sa sœur Blanche, son épouse Éléonore avait hérité. Lui-même, avec son épouse, avait été nommé lieutenant général du royaume par son beau-père, Jean II d’Aragon. La Navarre n’était séparée du Béarn que par la Soule, dont il était enfin le maître. Son rêve était sur le point de se réaliser lorsqu’il mourut le 10 juillet 1472.

Madeleine de France, régente
Ayant perdu avant son père, en 1470, le fils aîné du comte de Foix, Gaston, Prince de Viana, Gaston IV institua héritier universel son petit-fils François Phoebus, fils du Prince de Viana et de Madeleine de France. À la mort de Gaston IV, les États du Béarn choisirent Madeleine comme tutrice de leurs enfants et régente des domaines des Foix-Béarn. Elle déploya toutes ses énergies pour tenter de mettre fin aux funestes rivalités entre Beaumont et Luxe qui ensanglantaient tant la Soule que la Navarre. Le 26 août 1477, Roger de Gramont entouré des seigneurs des lignages de Gramont, Haux et Olhaby, d’une part, et Jean de Luxe accompagné des seigneurs des maisons de Luxe, Tardets, Ahaxe et de son allié, le seigneur de Domezain, d’autre part, se réunirent dans la chapelle du château de Pau, en présence de la régente, et jurèrent, sur le missel et un fragment de la vraie croix, d’observer l’accord qu’elle leur avait imposé (Jaurgain et Ritter, 1968). Des négociations eurent également lieu entre Louis XI et sa sœur Madeleine, en vue du retour à la couronne de France de la Soule, pays qui avait tant changé de mains depuis plus de vingt ans. Malgré les efforts de Madeleine pour défendre les droits de ses enfants, elle dut céder à son frère et la Soule retourna à la France (Courteault, 1926). Le 6 janvier 1479, Louis XI confia la châtellenie de Mauléon et le gouvernement de la Soule à Étienne Makanam, qui succéda à Bernard de Sainte-Colomme. La première année, il versa la somme de 16 041 livres à Madeleine de France pour la rançon de Mauléon (op. cit.).