Célèbre chanteur de jota navarra, né à Murillo el Fruto (Navarre) le 23 janvier 1908, il mourut à Fuendejalón (Saragosse) le 31 décembre 1939. On peut dire que Lanas créa la jota navarra actuelle, en sélectionnant et en perfectionnant les anciennes, en écartant celles de ronde, et en en composant d’autres qui acquirent rapidement une grande renommée. C’est pourquoi sa figure reste celle du chanteur de jota mythique et inébranlable.
Il passa son enfance dans son village natal, allant à l’école et gardant les vaches. Il souffrit d’une méningite qui le laissa boiteux, et apprit le métier de maréchal-ferrant qu’il exerça à Carcastillo, Milagro, Tudela, etc. C’est surtout dans cette dernière ville qu’il attira l’attention des amateurs, guitaristes et chanteurs de jota, grâce à sa belle voix, son style et sa gorge exceptionnelle. Il s’installa à Pampelune, reçut une formation musicale dans le cercle Los Amigos del Arte et fréquenta l’Orfeón Pamplonés. Vers 1930, il chantait des jotas de rondalla anciennes, enregistra quelques disques, et, grâce à ses amis et protecteurs, apprit à s’accompagner à la guitare et à connaître les styles typiques. Ainsi préparé, il se présenta à un concours de jota à Saragosse ; malgré la concurrence de chanteurs célèbres, il triompha et gagna le surnom de El Ruiseñor Navarro (« Le Rossignol navarrais »).
L’entrepreneur d’une compagnie de spectacles dont Raquel Meller était la vedette lui proposa de se joindre à la troupe. Il accepta et, vêtu du costume typique du chanteur navarrais — pantalon et chemise blanche, ceinture et foulard rouges, espadrilles —, il débuta à Pampelune avec un immense succès, succès qu’il renouvela dans toutes les capitales où il se produisit. Engagé par le Círculo Vasco-Español du Mexique, il chanta à l’été 1935 au Théâtre-Palais des Beaux-Arts, accompagné d’une rondalla navarra dirigée par Arzoz, musicien d’origine tafallaise. Il y connut un triomphe retentissant. De retour à Madrid, où il vivait avec sa femme et ses deux filles, il avait signé un contrat pour l’année suivante, mais la guerre civile espagnole l’empêcha de repartir. Il demeura dans la capitale, subissant mille vicissitudes et privations qui minèrent sa santé.
À l’été 1939, après un voyage à La Corogne, il retourna dans son village natal pour se rétablir, sans succès. Ne pouvant plus travailler depuis quelque temps, mais désireux de reprendre sa carrière artistique, il se rendit en décembre de cette année-là à Saragosse. Il s’arrêta deux jours à Arguedas et, à la demande de ses amis et admirateurs, chanta au cinéma du village : ce fut sa dernière prestation. De là, il se rendit chez des parents à Fuendejalón, où il mourut.
À l’initiative du journal El Pensamiento Navarro de Pampelune, et grâce à l’aide de Los Amigos del Arte, des municipalités de Tudela et Tafalla, et des autorités de Navarre, les restes de Raimundo Lanas furent rapatriés. Le 15 mai 1949, ils furent inhumés au cimetière de Murillo el Fruto sous un simple mausolée, œuvre du sculpteur Ulibarrena.
Beaucoup des jotas interprétées par Lanas étaient de sa propre création ; il en remit certaines à la mode et imposa de nouveaux styles. L’ampleur de sa tessiture et la pureté de ses trilles lui valurent à juste titre le surnom de Ruiseñor Navarro. Ses jotas les plus célèbres furent : Y voy por la carretera, La hiedra, Lagunera, Las cadenas et Dice que me ha de matar. La plupart figurent sur le disque Vasconia, un pueblo que canta [Regal, 33 1/3 t.p.m.]. Il enregistra de nombreux disques, conservés précieusement par des particuliers et des stations de radio.
En octobre 1977, à Saint-Sébastien, devant cinq mille personnes, un hommage lui fut rendu. Quelques jours plus tard, les chanteurs de ce festival se rendirent à Murillo el Fruto et chantèrent sur sa tombe, dans une profonde émotion. Devant la pierre froide, une voix chaude et pure entonna sa jota favorite, celle qui, dans sa simplicité, avec La hiedra, l’avait conduit à la gloire :
« Je prends ma canne et ma charrette et je vais sur la route. Il n’y a pas d’auberge où je ne m’arrête, ni de femme qui ne m’aime. »
